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Bitcoin : Jack Mallers veut redonner de la valeur au travail

Jack Mallers ne présente plus seulement Bitcoin comme un actif rare ou un réseau de paiement. Pour le fondateur de Strike, le sujet touche directement au temps humain. Selon lui, l’argent représente le travail, l’énergie et les heures que chacun échange contre un salaire. Une monnaie qui perd du pouvoir d’achat obligerait donc mécaniquement à consacrer davantage de temps au même niveau de vie. Bitcoin proposerait l’équation inverse grâce à une offre plafonnée à 21 millions d’unités. Une thèse séduisante, surtout avec une inflation américaine encore à 3,4 %. Elle mérite aussi quelques nuances.

Le temps et l’énergie d’un travailleur s’écoulent dans un sablier contenant un bitcoin
Jack Mallers présente Bitcoin comme un moyen de préserver dans le temps la valeur du travail humain.

Jack Mallers ne présente plus seulement Bitcoin comme un actif rare ou un réseau de paiement. Pour le fondateur de Strike, le sujet touche directement au temps humain. Selon lui, l’argent représente le travail, l’énergie et les heures que chacun échange contre un salaire. Une monnaie qui perd du pouvoir d’achat obligerait donc mécaniquement à consacrer davantage de temps au même niveau de vie. Bitcoin proposerait l’équation inverse grâce à une offre plafonnée à 21 millions d’unités. Une thèse séduisante, surtout avec une inflation américaine encore à 3,4 %. Elle mérite aussi quelques nuances.

Bitcoin représenterait du temps stocké

« L’argent est notre temps et notre énergie sous une forme abstraite. »

Jack Mallers a développé cette idée lors du lancement de la nouvelle émission télévisée de Bitcoin Magazine. Son raisonnement part moins du prix du BTC que de la fonction même de la monnaie.

Lorsqu’une personne travaille huit heures, elle ne conserve pas physiquement ces huit heures. Elle reçoit en échange une somme d’argent qu’elle pourra dépenser plus tard. La monnaie devient ainsi une manière de transporter dans le temps la valeur d’un effort passé.

Cette lecture rejoint directement le fonctionnement présenté dans notre guide complet consacré à Bitcoin. Une des particularités du réseau réside dans sa politique monétaire prédéterminée : personne ne peut décider demain d’émettre arbitrairement dix millions de BTC supplémentaires.

Pour Mallers, c’est là que le lien avec le travail apparaît.

Lorsque la monnaie utilisée pour stocker le fruit du travail perd de sa valeur, la personne doit consacrer davantage d’heures à atteindre un même objectif : acheter une maison, financer des vacances ou simplement dégager du temps pour une activité personnelle.

À l’inverse, une monnaie qui conserve mieux son pouvoir d’achat préserverait davantage le temps déjà consacré à la gagner.

Son propos ne dit donc pas que Bitcoin verse un salaire.

Il dit que la qualité de la monnaie détermine la quantité de travail futur nécessaire pour maintenir le pouvoir d’achat obtenu grâce au travail passé.

L’inflation donne du poids à l’argument de Mallers

Le contexte américain rend cette lecture particulièrement actuelle.

Le Bureau of Labor Statistics a annoncé le 11 septembre que les prix à la consommation avaient progressé de 3,4 % sur un an en août. Sur le seul mois, le CPI a gagné 0,4 %, après seulement 0,1 % en juillet. L’inflation sous-jacente ralentit à 2,4 % sur un an, mais elle augmente encore de 0,3 % sur le mois.

Consulter les chiffres officiels de l’inflation américaine

Cela ne signifie pas qu’un salaire perd automatiquement 3,4 % de sa valeur réelle chaque année. Si les rémunérations augmentent plus rapidement que les prix, le pouvoir d’achat peut progresser. S’il augmente moins vite, il recule.

C’est précisément cette deuxième situation que vise Mallers.

Bref Crypto observe régulièrement la sensibilité du BTC à ce dossier. Bitcoin réagit même davantage au CPI qu’aux décisions de la Fed durant les premières minutes suivant certaines publications macroéconomiques.

L’ironie est intéressante : Bitcoin est présenté par ses défenseurs comme une réponse à la dépréciation monétaire, alors que son prix à court terme dépend fortement de la façon dont la Réserve fédérale combat cette même inflation.

Un CPI élevé peut renforcer intellectuellement le récit Bitcoin.

Il peut simultanément faire baisser le BTC parce qu’il augmente le risque de taux d’intérêt plus élevés.

C’est arrivé à plusieurs reprises.

Il faut donc distinguer deux horizons : la thèse monétaire de long terme de Bitcoin et son comportement financier à court terme.

Mallers parle essentiellement du premier.

Les traders vivent quotidiennement avec le second.

Les 21 millions changent la comparaison

Bitcoin apporte effectivement quelque chose de radical à ce débat : son offre maximale est connue.

21 millions de BTC.

Lors du lancement du réseau en 2009, les mineurs recevaient 50 BTC par bloc. Après quatre halvings, la subvention est désormais de 3,125 BTC par bloc. Elle continuera à diminuer approximativement tous les quatre ans jusqu’à ce que l’émission devienne négligeable.

Cette politique n’est pas décidée à chaque réunion par une banque centrale.

Elle est inscrite dans le protocole.

C’est précisément cette différence que Mallers oppose aux monnaies traditionnelles.

Elle ne signifie pas que le dollar est imprimé sans aucune contrainte. La Fed conduit sa politique monétaire avec un mandat de stabilité des prix et d’emploi maximal, et maintient un objectif d’inflation de long terme de 2 %. Elle augmente aussi les taux ou réduit son bilan lorsque les pressions inflationnistes deviennent trop fortes.

Bitcoin retire néanmoins la discrétion humaine sur l’offre finale.

Cette caractéristique possède une conséquence simple : un détenteur de BTC sait quelle part maximale du stock total son bitcoin peut représenter.

Un détenteur de dollars ne connaît pas aujourd’hui la quantité totale de dollars qui circulera dans vingt ou trente ans.

Cela ne garantit pas que Bitcoin conservera son pouvoir d’achat.

Une offre rare ne suffit pas. Il faut aussi de la demande.

Un objet dont personne ne veut peut être extrêmement rare et ne rien valoir.

L’histoire de Bitcoin depuis 2009 repose justement sur la combinaison de ces deux phénomènes : une offre programmée et une demande qui s’est considérablement élargie.

Particuliers, entreprises, ETF, fonds, banques et même certains États participent désormais à un marché qui n’existait pratiquement pas il y a seize ans.

L’iPhone montre ce que Mallers veut dire

Une comparaison récente permet de rendre l’idée beaucoup plus concrète.

Bref Crypto a calculé que l’iPhone 18 Pro à 1 199 dollars représente aujourd’hui environ 0,015 BTC.

En 2010, quelques semaines après la sortie de l’iPhone 4, le même smartphone aurait nécessité plusieurs milliers de bitcoins selon les cotations très rudimentaires disponibles à l’époque.

La différence est immense.

Le dollar raconte une histoire beaucoup moins spectaculaire. L’iPhone 4 coûtait 599 dollars sans engagement auprès d’AT&T en 2010. Un iPhone 18 Pro démarre à 1 199 dollars en 2026.

Bien sûr, les deux appareils ne sont pas équivalents. Le téléphone moderne possède beaucoup plus de stockage, de puissance de calcul et de fonctionnalités.

Mais l’exercice mesure quelque chose que le cours BTC/USD ne montre pas aussi intuitivement : le nombre d’unités monétaires nécessaires pour acquérir un bien concret.

C’est exactement le terrain sur lequel Mallers veut placer la discussion.

Si quelqu’un avait travaillé pour recevoir un certain montant en dollars en 2010 et conservé ces dollars, leur pouvoir d’achat évoluerait avec l’inflation.

S’il avait converti une partie de ce revenu en Bitcoin et réussi à le conserver jusqu’en 2026, son pouvoir d’achat aurait connu une progression gigantesque.

Il faut néanmoins résister à une conclusion trop facile.

Cette évolution est observée après coup.

Un salarié payé en BTC en novembre 2021 pouvait également voir la valeur en dollars de son épargne s’effondrer durant le bear market de 2022. Bitcoin peut préserver énormément de valeur sur certaines périodes et en détruire beaucoup sur d’autres.

Le temps de Mallers peut donc être récompensé.

Il peut aussi subir 50 % de volatilité en quelques mois.

« Bitcoin récompense le travail » n’est pas littéral

La formule mérite justement d’être clarifiée.

Le protocole Bitcoin ne récompense pas le travail d’un médecin, d’un enseignant, d’un agriculteur ou d’un développeur.

Il ne sait même pas que ces métiers existent.

Au niveau technique, Bitcoin récompense principalement un type de travail très précis : celui des mineurs qui consacrent des machines, de l’énergie et du capital à sécuriser le réseau.

Ils exécutent du Proof of Work.

Lorsqu’un mineur trouve un bloc valide, il reçoit la subvention de bloc et les frais payés par les utilisateurs. C’est une récompense directe et mesurable pour une activité nécessaire au fonctionnement de Bitcoin.

Pour tous les autres, l’idée de Mallers est économique et philosophique.

Le salarié travaille.

Il reçoit une monnaie.

Il peut décider de convertir cette monnaie en BTC.

Si Bitcoin conserve ou augmente son pouvoir d’achat, le produit de son travail passé a été mieux préservé.

La différence est importante, car elle évite de présenter Bitcoin comme une machine produisant automatiquement du rendement.

Détenir un BTC ne génère aucun dividende natif.

Il n’y a pas de bénéfice trimestriel à partager, pas de coupon et pas de taux d’intérêt intégré au protocole.

Le détenteur dépend essentiellement de l’évolution du pouvoir d’achat du BTC.

Cela rend la proposition de Mallers plus exigeante que le slogan ne le laisse entendre.

Bitcoin ne promet pas : « travaille et tu seras récompensé ».

Il propose plutôt : « si tu choisis de stocker le fruit de ton travail dans cet actif, personne ne pourra augmenter arbitrairement son offre maximale ».

Le marché décide ensuite du reste.

La dette américaine renforce sa thèse

Mallers replace également son raisonnement dans la situation budgétaire américaine.

Il juge le niveau actuel de dette insoutenable et considère que les États-Unis disposent de choix difficiles : taux élevés, inflation, réduction des dépenses ou création monétaire.

Cette inquiétude dépasse largement le cercle des maximalistes Bitcoin.

Bref Crypto relevait déjà que BlackRock considère la dette américaine comme l’un des moteurs potentiels du prochain grand récit Bitcoin.

Le mécanisme mérite néanmoins d’être formulé précisément.

Une hausse de la dette publique ne crée pas automatiquement de nouveaux dollars et ne fait pas automatiquement monter Bitcoin.

Le Trésor finance une grande partie de ses besoins en émettant des obligations achetées par des investisseurs.

Le problème se déplace lorsque le coût du service de cette dette devient très élevé, que les rendements obligataires montent et que les marchés commencent à douter de la trajectoire budgétaire.

Bitcoin bénéficie alors d’une comparaison simple.

Washington peut émettre davantage de dette.

Bitcoin ne peut pas émettre plus de 21 millions de BTC.

C’est là que l’actif gagne une dimension monétaire différente de celle d’une action technologique.

Un BTC ne représente aucune créance sur une entreprise. Il ne dépend pas d’un gouvernement pour déterminer sa quantité finale.

Mallers voit cette rareté comme une meilleure unité pour stocker l’énergie économique produite par les individus.

C’est aussi la raison pour laquelle ses commentaires dépassent la question habituelle : « Jusqu’où Bitcoin peut-il monter ? »

Sa question est différente.

Dans quoi conserver plusieurs années de travail ?

Le dollar apporte stabilité et liquidité à court terme.

Bitcoin apporte une rareté monétaire radicale, avec une volatilité beaucoup plus élevée.

Le choix entre les deux n’est pas aussi simple qu’une opposition entre « bonne » et « mauvaise » monnaie.

L’IA complète l’équation de Jack Mallers

La partie la plus originale de son intervention ne concerne d’ailleurs pas uniquement Bitcoin.

Mallers associe le BTC à l’intelligence artificielle.

Son idée tient en deux mouvements.

Bitcoin protégerait mieux le temps déjà consacré au travail.

L’IA réduirait le temps nécessaire pour effectuer certaines tâches futures.

D’un côté, une monnaie rare.

De l’autre, une technologie capable d’automatiser une partie du travail répétitif.

L’objectif final serait de rendre du temps à l’être humain pour créer, apprendre, inventer ou simplement vivre.

Mallers utilise un exemple historique : les frères Wright ont développé l’avion au début du XXe siècle, alors que les États-Unis fonctionnaient sous un régime d’étalon-or.

Le fait historique est correct. Les États-Unis étaient officiellement sous étalon-or depuis 1900.

Le lien de causalité l’est beaucoup moins.

Rien ne permet d’établir que l’étalon-or a provoqué l’invention de l’avion. Les États-Unis de cette période connaissaient également des crises bancaires et des problèmes monétaires importants.

L’exemple fonctionne donc mieux comme illustration de la philosophie de Mallers que comme démonstration économique.

Même prudence avec l’IA.

Automatiser du travail n’entraîne pas automatiquement davantage de temps libre. Cela peut aussi supprimer certains emplois, modifier la distribution des revenus ou augmenter les attentes de productivité.

La technologie produit des gains d’efficacité.

La société décide ensuite comment les répartir.

C’est probablement la limite la plus importante de la vision Bitcoin + IA défendue par Mallers : ni une monnaie ni un modèle d’intelligence artificielle ne déterminent seuls la façon dont la richesse et le temps seront distribués.

Bitcoin protège-t-il réellement notre temps ?

La réponse dépend de la période choisie.

Sur seize ans, difficile de contester l’explosion du pouvoir d’achat de Bitcoin.

Des milliers de BTC étaient autrefois nécessaires pour acheter certains biens qui coûtent aujourd’hui une fraction d’un bitcoin.

Sur trois ans ou cinq ans, le résultat dépend fortement du point d’entrée.

Sur trois mois, Bitcoin peut fonctionner exactement à l’opposé de l’image d’une réserve stable.

Cette volatilité n’annule pas la thèse de Mallers.

Elle en fixe la limite.

Une personne qui reçoit son salaire vendredi et doit payer son loyer lundi ne possède pas le même horizon qu’un investisseur capable de conserver ses bitcoins pendant dix ans.

C’est particulièrement important lorsqu’on parle de « travail ».

Le salaire n’est pas uniquement de l’épargne à protéger contre la dépréciation monétaire. Il finance nourriture, logement, transport, santé et besoins immédiats.

Bitcoin peut être une couche d’épargne.

Il est beaucoup plus difficile de prétendre qu’il constitue déjà une unité de compte stable pour l’ensemble de la vie quotidienne.

Mallers pose pourtant une question qui dépasse largement le cours du BTC.

Nous travaillons en échange d’une monnaie parce que cette monnaie doit nous permettre de déplacer notre effort dans le temps.

Si huit heures de travail permettent aujourd’hui d’acheter quelque chose qui nécessitera douze heures demain, la qualité de la monnaie mérite effectivement d’être interrogée.

Bitcoin propose une réponse extrême : fixer l’offre et retirer aux institutions la possibilité de la modifier.

Est-ce suffisant pour préserver le fruit du travail ?

Le marché continue d’y répondre chaque jour.

À environ 77 000 dollars en septembre 2026, Bitcoin reste très loin d’être une monnaie stable. Mais depuis 2009, son pouvoir d’achat s’est transformé dans des proportions difficiles à trouver ailleurs.

La force du propos de Jack Mallers n’est donc pas de promettre que Bitcoin rendra tout le monde riche.

C’est de déplacer le débat.

Au lieu de demander seulement combien vaut Bitcoin en dollars, il propose de demander combien de temps de notre vie une unité monétaire est capable de conserver.

Et cette question-là ne disparaît pas lorsque le prix du BTC baisse.

Sources citées1
Auteur

Yves Kitsongo

Yves Kitsongo est rédacteur spécialisé en cryptomonnaies et blockchain pour <em data-start="1835" data-end="1851">BrefCrypto.com</em>, alliant une formation en droit public et une expertise analytique pour décrypter les enjeux juridiques, économiques et sociétaux des actifs numériques, avec un focus particulier sur l’Afrique.