L’Australie poursuit Telegram devant la Cour fédérale pour des manquements présumés dans la suppression de contenus liés au terrorisme. Le régulateur eSafety affirme que certains contenus illégaux sont restés accessibles pendant plusieurs semaines, malgré des signalements d’utilisateurs. Telegram risque une sanction pouvant atteindre 54,6 millions de dollars australiens. À ce stade, il s’agit toutefois d’accusations qui devront être examinées par la justice.
L’Australie accuse Telegram de réactions trop lentes
Cette pression s’ajoute aux dossiers déjà ouverts autour de Pavel Durov et de Telegram. L’eSafety Commissioner a engagé la procédure le 30 juillet 2026, après une enquête menée pendant un an. L’autorité estime que Telegram n’a pas respecté les obligations prévues par l’Online Safety Act et par les normes australiennes applicables aux services de messagerie.
Selon le communiqué officiel d’eSafety, certains contenus publics auraient été maintenus en ligne jusqu’à trois semaines après leur signalement par des utilisateurs australiens. L’accusation ne porte donc pas uniquement sur la présence initiale de ces publications. Elle vise surtout le délai de réaction après que Telegram en a été informé.
L’autorité reproche aussi à la plateforme de ne pas avoir supprimé assez rapidement certains comptes, groupes et chaînes liés à la diffusion répétée de contenus interdits. Elle considère que retirer une seule publication ne suffit pas lorsque le même réseau continue à en distribuer d’autres.
Telegram aurait également échoué à détecter des contenus connus
L’affaire ne concerne pas seulement les plaintes individuelles. eSafety affirme que Telegram n’a pas correctement détecté des contenus extrémistes déjà connus des systèmes de modération. Certaines publications auraient circulé pendant près de trois mois avant leur retrait.
Le régulateur estime qu’une grande plateforme doit être capable d’identifier les contenus déjà répertoriés, sans attendre un nouveau signalement pour chaque copie. Cette approche repose notamment sur des outils de détection automatisée, des bases de données partagées et une surveillance plus active des espaces publics.
Telegram est particulièrement exposé à cette critique en raison de la taille de ses chaînes. Ses groupes peuvent accueillir jusqu’à 200 000 membres, tandis que certaines chaînes de diffusion ne disposent pas de limite équivalente. Un seul compte peut donc transmettre rapidement un contenu à une audience très large.
La liberté d’expression ne supprime pas les obligations légales
Telegram défend depuis longtemps une conception large de la liberté d’expression et de la confidentialité. La plateforme est appréciée pour ses groupes, ses chaînes publiques et son fonctionnement moins centralisé que celui de plusieurs réseaux sociaux traditionnels.
Mais cette identité ne l’exempte pas des lois nationales. En Australie, les plateformes doivent prendre des mesures raisonnables pour prévenir, détecter et limiter la diffusion de contenus illégaux. Le régulateur reproche également à Telegram de ne pas avoir clairement interdit ces contenus dans toutes les parties de ses conditions d’utilisation.
Ce débat rejoint la tension plus large entre centralisation, contrôle et souveraineté numérique. Plus une plateforme revendique la liberté et la confidentialité, plus les autorités exigent de garanties lorsque des contenus publics deviennent illégaux ou dangereux.
Au moment de l’annonce, Telegram n’avait pas publié de réponse officielle détaillée sur la procédure australienne. La société n’avait pas non plus répondu immédiatement à la demande de commentaire de Cointelegraph. Une publication consacrée à la liberté d’expression a toutefois été diffusée sur son compte officiel, sans traiter précisément les accusations.
Une affaire qui dépasse largement l’Australie
La procédure australienne s’ajoute à une pression réglementaire croissante sur Telegram. Plusieurs gouvernements examinent désormais la manière dont la plateforme gère les activités illégales, les réseaux criminels et les contenus extrémistes accessibles dans ses espaces publics.
Le débat porte sur une frontière difficile. Une modération trop faible peut permettre à des groupes dangereux d’utiliser une infrastructure mondiale. À l’inverse, des obligations trop larges peuvent encourager une surveillance excessive et fragiliser la confidentialité des utilisateurs ordinaires.
La distinction entre conversations privées et contenus publics sera donc essentielle. Les accusations australiennes visent principalement des contenus partagés publiquement, ainsi que la réaction de Telegram après des signalements. Elles ne prouvent pas que l’ensemble de la messagerie est illégal ou que tous ses utilisateurs sont surveillés.
La Cour devra maintenant déterminer si Telegram a réellement violé la loi australienne. La sanction maximale évoquée atteint 54,6 millions de dollars australiens, mais le montant final dépendra des infractions reconnues et de la décision judiciaire.
Ce dossier s’inscrit aussi dans un moment où les grandes plateformes cherchent à étendre leurs usages, comme le montre la transformation de X en plateforme de paiement avec X Money. Plus ces services deviennent centraux, plus les régulateurs veulent imposer des responsabilités claires sur les contenus, les paiements et la sécurité.
En bref
- L’Australie poursuit Telegram devant la Cour fédérale.
- Le régulateur dénonce des retraits tardifs de contenus illégaux.
- Telegram risque jusqu’à 54,6 millions de dollars australiens.
