Plus de 40 % des transactions crypto en Afrique subsaharienne impliqueraient désormais des stablecoins. Derrière cette progression, les usages deviennent très concrets : recevoir un salaire de l’étranger, payer un fournisseur, envoyer de l’argent à sa famille ou conserver une valeur proche du dollar. L’avenir des stablecoins africains pourrait donc se décider sur une question beaucoup moins spectaculaire que leur technologie : sont-ils réellement plus simples à utiliser ?
Actu crypto Afrique : l’usage prend le dessus sur la spéculation
L’expérience sud-africaine montrait déjà que les stablecoins locaux peinent parfois à rivaliser avec le dollar numérique. À l’échelle du continent, la tendance générale reste pourtant forte.
Maksym Sakharov, cofondateur et CEO de WeFi, estime dans une analyse publiée par ITWeb Africa que l’adoption progresse essentiellement parce que les utilisateurs trouvent des solutions à des problèmes déjà existants.
Coûts élevés des transferts. Règlements qui prennent plusieurs jours. Monnaies locales sous pression. Difficulté d’accéder au dollar.
Les stablecoins se glissent dans ces failles.
Un freelance nigérian payé par un client américain n’a pas nécessairement envie de « faire de la crypto ». Il veut recevoir son argent. Une PME qui achète des marchandises hors de son pays cherche principalement un règlement fiable. Une famille qui reçoit des fonds de la diaspora regarde d’abord combien arrive réellement au bout de la chaîne.
Cette distinction explique une bonne partie de la croissance du marché.
Les stablecoins représentaient déjà 43 % du volume des transactions crypto en Afrique subsaharienne en 2024, selon des données de Yellow Card rapportées par African Business. Nigeria et Afrique du Sud figurent parmi les marchés qui tirent cette activité.
USDT et USDC ne sont donc plus uniquement les parkings temporaires utilisés entre deux trades.
Ils deviennent progressivement des dollars numériques utilisés dans la vie économique.
Le dollar numérique répond à des problèmes très africains
Les cas d’usage ne seront pas identiques partout.
Dans un pays confronté à une monnaie instable, conserver de l’USDT peut servir principalement de couverture face à la dépréciation. Dans un marché plus stable, l’intérêt peut se situer davantage dans les paiements internationaux ou les règlements B2B.
Le Nigeria offre un mélange des deux.
Sa grande économie numérique, son commerce international et sa diaspora créent une demande importante pour des transferts rapides. L’arrivée récente du cNGN sur Celo ajoute même une autre dimension : les stablecoins africains commencent à tester des modèles basés sur les monnaies locales plutôt que seulement sur le dollar.
La bataille sera rude.
Un stablecoin local doit convaincre qu’il apporte davantage qu’une version blockchain d’une monnaie que certains utilisateurs cherchent justement à fuir lorsque l’inflation ou la dépréciation s’accélère.
Les stablecoins en dollars disposent ici d’un avantage évident.
Selon ITWeb Africa, les corridors les plus susceptibles d’accélérer sont ceux où le problème de paiement est immédiatement visible : importateurs réglant leurs fournisseurs, travailleurs numériques recevant des revenus étrangers, familles transférant de l’argent et commerçants cherchant des règlements prévisibles.
Les données de Chainalysis montrent également le poids particulier des petits utilisateurs africains. Entre juillet 2024 et juin 2025, plus de 8 % de la valeur crypto transférée en Afrique subsaharienne provenait de transactions inférieures à 10 000 dollars, contre environ 6 % dans le reste du monde.
Ce marché reste donc beaucoup plus retail que certaines grandes places financières occidentales.
C’est une force pour l’adoption. C’est aussi une exigence : les outils doivent fonctionner avec des smartphones abordables, des réseaux imparfaits et des systèmes de paiement locaux extrêmement différents.
La technologie ne suffira pas
Posséder un stablecoin ne sert pas à grand-chose si l’utilisateur ne peut pas facilement le convertir en nairas, rands, shillings ou francs CFA.
Voilà pourquoi la liquidité, les rampes fiat et les connexions au mobile money deviennent aussi importantes que la blockchain utilisée.
Cette exigence apparaît également dans le partenariat entre Onafriq et Privy autour des paiements en stablecoins, où l’infrastructure technique cherche à disparaître derrière le service rendu.
Sakharov cite également la garde des fonds, les mécanismes contre la fraude, la protection du consommateur et la responsabilité des intermédiaires. Les régulateurs africains ne peuvent pas simplement observer la croissance du secteur. Ils doivent déterminer qui répond lorsque les choses tournent mal.
L’Afrique du Sud a déjà commencé à traiter les stablecoins comme une question de stabilité financière. Le pays envisage notamment un contrôle renforcé de certains flux transfrontaliers liés aux actifs numériques.
La demande ne disparaîtra pas pour autant.
La véritable concurrence se jouera donc entre les services capables de rendre les stablecoins invisibles. L’utilisateur devrait pouvoir recevoir, convertir et dépenser une valeur numérique sans devoir comprendre le réseau, la garde ou les mécanismes de règlement qui fonctionnent en arrière-plan.
Si l’expérience reste complexe, l’adoption restera limitée aux utilisateurs déjà familiers avec la crypto. Si elle devient aussi simple qu’un paiement mobile, les stablecoins pourront gagner parce qu’ils répondent à un besoin quotidien. Leur avenir africain dépendra moins de la promesse technologique que de la qualité du produit final.
En bref
- Les stablecoins représentaient 43 % du volume crypto en Afrique subsaharienne en 2024.
- Leur adoption repose sur les salaires, les transferts, les paiements B2B et la protection contre la dépréciation.
- Les rampes fiat, le mobile money et la simplicité d’utilisation détermineront leur progression.
