Le 16 mars 2026, la Bank of Zambia a demandé à toutes les entreprises et personnes proposant des services liés aux actifs virtuels dans le pays de s’enregistrer auprès d’elle. La mesure ne concerne pas uniquement les sociétés physiquement établies à Lusaka ou ailleurs sur le territoire. Elle s’applique également aux acteurs non-résidents qui fournissent des services crypto aux particuliers ou entreprises zambiens. Ils avaient jusqu’au 27 mars 2026 pour effectuer cette démarche.
Puis le véritable verrou est arrivé.
Depuis le 30 mars 2026, les institutions financières réglementées par la Bank of Zambia ne doivent plus faciliter de transactions vers ou depuis un prestataire de services sur actifs virtuels qui n’est pas enregistré auprès de la banque centrale.
Ce n’est pourtant pas encore une licence crypto.
La Bank of Zambia le précise elle-même : cet enregistrement constitue une étape préliminaire destinée à cartographier le secteur, identifier les entreprises actives et préparer un cadre réglementaire complet. Il ne signifie ni approbation officielle du prestataire ni validation de ses pratiques commerciales.
C’est ce qui rend la crypto en Zambie particulièrement intéressante en 2026.
Le pays a quitté la situation simple des années précédentes, lorsque la banque centrale pouvait résumer sa position à un avertissement : les cryptomonnaies ne sont pas une monnaie ayant cours légal, elles ne sont pas émises par la Bank of Zambia et leur utilisation reste risquée.
Cette position juridique n’a pas disparu. Le kwacha et le ngwee demeurent les seuls moyens ayant cours légal en Zambie en vertu du Bank of Zambia Act de 2022.
Mais le reste a changé.
La banque centrale reconnaît désormais explicitement le potentiel des technologies crypto. Son plan stratégique 2024-2027 cite la réduction des coûts de transaction, la rapidité des transferts de valeur et la résilience des systèmes décentralisés parmi leurs avantages potentiels. Dans le même document, elle annonce la création d’un cadre réglementaire pour les crypto-actifs et les stablecoins autour de trois objectifs : innovation responsable, stabilité financière et inclusion financière.
Dans le même temps, la Zambie possède déjà une infrastructure numérique considérable.
Le pays comptait 12,33 millions de comptes mobile money actifs fin 2024, contre à peine 521 098 en 2016. La valeur des paiements mobile money avait atteint 486,3 milliards de kwachas en 2024, contre 3,6 milliards huit ans plus tôt. Puis, en 2025, la valeur des transactions a encore augmenté de 83,4 % et leur nombre de 65,5 %.
MTN MoMo affirme aujourd’hui compter plus de cinq millions d’utilisateurs en Zambie. Airtel Money est lui aussi profondément installé dans le marché.
Bitcoin, USDT et les autres actifs numériques arrivent donc dans un pays qui n’a plus besoin de découvrir le paiement électronique.
Le vrai débat est ailleurs.
Comment connecter les cryptomonnaies à cette infrastructure sans affaiblir le kwacha ? Comment réglementer un exchange étranger qui n’a aucun bureau en Zambie mais sert des clients zambiens ? Comment gérer des stablecoins en dollars alors que la banque centrale vient justement de renforcer l’obligation de régler les transactions domestiques en monnaie nationale ? Et que devient le projet de monnaie numérique de banque centrale étudié depuis plusieurs années ?
La Zambie se trouve exactement à ce carrefour.
En bref
- Bitcoin et les cryptomonnaies ne sont pas des monnaies ayant cours légal en Zambie. Le kwacha et le ngwee disposent seuls de ce statut.
- Depuis mars 2026, les VASP fournissant des services en Zambie doivent s’enregistrer auprès de la Bank of Zambia, y compris lorsqu’ils sont établis à l’étranger.
- Cet enregistrement n’est pas encore une licence crypto et ne constitue pas une approbation du prestataire par la banque centrale.
- Depuis le 30 mars 2026, les institutions réglementées par la Bank of Zambia ne doivent plus faciliter les transactions impliquant des VASP non enregistrés.
- Le Financial Intelligence Centre traite déjà les VASP comme des reporting entities dans le dispositif AML/CFT zambien.
- L’évaluation nationale des risques publiée en 2025 juge le risque de blanchiment et de financement du terrorisme lié aux VA/VASP « medium high », notamment en raison de l’absence d’un cadre robuste de licence et de l’existence de prestataires non identifiés.
- La Bank of Zambia prépare un cadre réglementaire spécifique aux crypto-actifs et stablecoins.
- Le mobile money est déjà massif : 12,33 millions de comptes actifs étaient recensés fin 2024 et les transactions ont encore fortement progressé en 2025.
- La banque centrale explore également les usages possibles d’une CBDC, sans qu’un kwacha numérique destiné au public ait été lancé à ce jour.
- Depuis fin décembre 2025, la Bank of Zambia impose également, sauf exemptions, que les règlements domestiques soient effectués en kwachas.
La crypto en Zambie sort de la zone grise
Pendant plusieurs années, parler de la crypto en RDC et dans d’autres marchés africains obligeait souvent à distinguer une absence d’interdiction explicite d’une véritable autorisation réglementaire. La Zambie se trouvait dans cette situation. Ce n’est plus complètement vrai depuis mars 2026.
La Bank of Zambia a commencé à faire quelque chose de très concret : identifier les entreprises qui servent réellement les utilisateurs zambiens.
Ce détail change le marché.
Un exchange étranger pouvait auparavant considérer la Zambie comme un pays accessible parmi des dizaines d’autres, sans nécessairement disposer d’un cadre local spécifiquement adapté à la crypto. La banque centrale demande désormais à ces prestataires de se faire connaître lorsqu’ils fournissent des services aux résidents ou entreprises du pays.
Du simple avertissement à l’enregistrement
La position historique de la Bank of Zambia était beaucoup plus simple.
Dans une publication consacrée aux cryptomonnaies et aux systèmes frauduleux, la banque centrale rappelait que les cryptomonnaies n’étaient pas des monnaies ayant cours légal en Zambie. Elle soulignait également qu’elle n’avait émis aucune cryptomonnaie et ne supervisait pas alors le marché crypto comme elle supervisait les institutions financières traditionnelles.
Le message était classique : prudence, absence de protection réglementaire et risque assumé par l’utilisateur.
Le Bank of Zambia Act de 2022 a consolidé la place du kwacha. Son article 18 établit que le kwacha et le ngwee constituent les seuls moyens ayant cours légal dans la République. Le droit d’émettre la monnaie nationale appartient à la banque centrale.
Bitcoin ne devient donc pas un deuxième kwacha.
USDT non plus.
Cette absence de legal tender status ne signifie cependant pas que posséder un actif numérique soit automatiquement une activité criminelle. Elle signifie notamment qu’un bitcoin n’a pas le même statut juridique que la monnaie nationale et que l’État n’est pas tenu de le considérer comme instrument monétaire officiel.
C’est une différence importante.
Mars 2026 change le décor
Le tournant intervient le 16 mars 2026.
La Bank of Zambia annonce qu’elle travaille avec d’autres régulateurs et parties prenantes à l’élaboration d’un « comprehensive regulatory framework » destiné aux Virtual Asset Service Providers opérant dans le pays.
Puis elle demande leur enregistrement.
Cinq grandes activités sont visées : l’échange entre actifs virtuels et monnaie fiduciaire, l’échange entre différents actifs virtuels, le transfert de crypto-actifs, leur conservation ou administration ainsi que certains services financiers liés à l’émission ou à la vente d’un actif virtuel.
Autrement dit, la définition couvre pratiquement le cœur de l’industrie.
Un exchange BTC/Kwacha entre dans le périmètre.
Un custodial wallet peut y entrer.
Un intermédiaire qui transfère des crypto-actifs pour le compte d’utilisateurs aussi.
Même une société étrangère qui ne possède pas de bâtiment à Lusaka peut être concernée si elle offre effectivement ses services à des Zambiens.
Cette dernière disposition est particulièrement importante dans une industrie naturellement transfrontalière.
La blockchain ne connaît pas les frontières administratives. Le régulateur, lui, commence à les recréer autour du client.
La date du 27 mars
Les prestataires concernés avaient jusqu’au 27 mars 2026 pour transmettre leurs informations.
La banque centrale présente cette opération comme un travail de cartographie.
Elle veut connaître la taille du secteur, les activités proposées, l’identité des acteurs et les risques associés. Les informations recueillies doivent également servir à construire un cadre réglementaire basé sur le risque et permettre des consultations avec les entreprises enregistrées.
Cela paraît administratif.
En réalité, c’est la première brique d’une supervision beaucoup plus large.
On ne peut pas réglementer efficacement un secteur dont on ignore le nombre d’acteurs, l’origine, les volumes et les services offerts.
La Zambie commence donc par le registre avant la licence.
Enregistré ne veut surtout pas dire licencié
C’est probablement la phrase la plus importante pour un utilisateur.
La Bank of Zambia affirme explicitement que cette procédure ne constitue pas une licence ou une approbation officielle permettant de considérer le VASP comme validé par la banque centrale.
Un prestataire enregistré peut donc être connu du régulateur sans bénéficier du même statut qu’une institution financière pleinement licenciée.
Cette nuance doit apparaître partout où l’on parle de plateformes crypto en Zambie.
« Enregistré auprès de la Bank of Zambia » ne doit pas être transformé en :
« exchange garanti par la Bank of Zambia ».
Encore moins en :
« vos dépôts sont protégés par la banque centrale ».
Ce serait faux.
Le registre répond aujourd’hui d’abord à un besoin de surveillance et de préparation réglementaire.
Le régime complet viendra ensuite.
Le 30 mars crée le vrai rapport de force
Trois jours après la date limite d’enregistrement, la Bank of Zambia ajoute un mécanisme beaucoup plus puissant.
À compter du 30 mars 2026, les institutions qu’elle réglemente ne doivent plus permettre des transactions vers ou depuis des VASP non enregistrés.
La logique mérite qu’on s’y attarde.
La banque centrale ne peut pas arrêter la blockchain Bitcoin.
Elle ne peut pas empêcher techniquement deux utilisateurs disposant de leurs clés privées d’effectuer une transaction on-chain.
Elle possède en revanche une grande influence sur l’endroit où Bitcoin rencontre le système financier officiel.
La banque.
Le fournisseur de paiement.
Le réseau financier local.
Les entrées et sorties en kwachas.
C’est là que la réglementation devient efficace.
Un exchange étranger dépend toujours du dernier kilomètre
Prenons un exchange basé hors de Zambie.
Ses serveurs peuvent être installés à Dubaï, Londres ou ailleurs. Les bitcoins qu’il conserve peuvent circuler mondialement. Son application peut être téléchargée depuis Lusaka.
Cela ne signifie pas qu’il peut totalement ignorer la Bank of Zambia.
À un moment donné, son client veut probablement déposer des kwachas ou retirer des fonds vers le système financier local.
Le point de contact apparaît.
Si l’exchange n’est pas enregistré et qu’une banque ou un autre acteur réglementé ne peut plus traiter avec lui, le fonctionnement devient beaucoup plus difficile.
C’est une méthode de contrôle comparable à celle que d’autres autorités appliquent aux industries numériques : réglementer l’accès aux rails locaux plutôt que prétendre contrôler chaque transaction mondiale.
Le Kenya construit lui aussi un contrôle beaucoup plus direct des intermédiaires crypto et des stablecoins. La Zambie part d’un point différent, mais le mouvement général se ressemble : en 2026, les autorités africaines ne se contentent plus d’avertissements. Elles identifient les acteurs et construisent leurs points de contrôle.
Le FIC était déjà en avance
La Bank of Zambia n’est pas partie de zéro.
Le Financial Intelligence Centre, ou FIC, avait déjà intégré les Virtual Asset Service Providers dans son architecture de lutte contre le blanchiment.
Ses lignes directrices de 2022 expliquent que les VASP sont considérés comme des reporting entities dans le cadre du Financial Intelligence Centre Act. Le texte donne également une définition large des actifs virtuels et des services concernés.
Cela signifie que la Zambie disposait déjà d’un dispositif AML/CFT applicable au secteur avant même l’arrivée d’une licence crypto complète.
Ce point est important juridiquement.
« Pas encore de régime complet de licence crypto » ne veut pas dire « aucune règle ».
Les obligations anti-blanchiment peuvent déjà s’appliquer.
La Travel Rule existe déjà dans les textes AML
Les règles publiées en Zambie intègrent même des exigences ressemblant à la Travel Rule du GAFI.
Les prestataires doivent notamment tenir compte des informations relatives à l’émetteur et au bénéficiaire lors de certains transferts d’actifs virtuels, adopter des politiques lorsque les données nécessaires manquent et conserver des informations pendant une période définie.
C’est très loin d’un Far West réglementaire.
Le problème identifié par les autorités se situe davantage dans la couverture effective du marché.
Quels acteurs sont présents ?
Les connaît-on tous ?
Respectent-ils effectivement les obligations ?
Qui les supervise ?
Que faire d’un prestataire étranger ?
Voilà pourquoi l’enregistrement 2026 devient logique.
Le risque VASP est classé « medium high »
La deuxième National Risk Assessment publiée par les autorités zambiennes en 2025 consacre pour la première fois un volet aux actifs virtuels et aux VASP.
Son diagnostic est assez clair.
Le risque de blanchiment et de financement du terrorisme associé aux VA/VASP est classé « medium high ». Les autorités justifient notamment cette évaluation par l’absence d’un cadre robuste de licence et d’enregistrement ainsi que par la présence de prestataires actifs dans le pays mais non identifiés et donc non réglementés.
C’est pratiquement la justification réglementaire de ce qui arrivera quelques mois plus tard.
En mars 2026, la banque centrale leur demande de se déclarer.
La chronologie se tient.
Le Parlement reconnaît encore un vide
Le débat parlementaire du 8 avril 2026 confirme que la transition n’est pas terminée.
Le gouvernement reconnaît alors qu’il n’existe pas encore de cadre complet permettant de superviser et surveiller les actifs virtuels et leurs prestataires. Il indique que le FIC joue un rôle de superviseur de dernier ressort et procède déjà à l’enregistrement et à la surveillance des VASP en attendant l’architecture définitive.
Le ministère des Finances annonce également son intention de revoir le Financial Intelligence Centre Act afin d’y intégrer plus explicitement les actifs virtuels et d’autres enjeux de transparence financière.
Nous sommes donc devant un système en construction, pas devant une loi crypto arrivée à son état final.
Deux niveaux de contrôle se superposent
La Zambie commence à faire apparaître deux couches.
La première concerne le risque financier et monétaire : Bank of Zambia, systèmes de paiement, stabilité financière, interaction avec les banques et futur cadre pour crypto-actifs et stablecoins.
La seconde concerne l’intégrité financière : FIC, KYC, signalement, blanchiment, financement du terrorisme et identification des transactions suspectes.
À terme, une entreprise crypto opérant en Zambie pourrait donc devoir répondre simultanément à plusieurs autorités selon son activité.
Ce n’est pas inhabituel.
Un exchange peut être à la fois une plateforme technologique, un intermédiaire financier, un conservateur d’actifs et un point de passage entre monnaie nationale et actifs virtuels.
La régulation finit naturellement par se répartir entre plusieurs institutions.
Les stablecoins sont explicitement dans le viseur
Le plan stratégique 2024-2027 de la Bank of Zambia va plus loin que le terme général de « crypto ».
Une initiative est nommée directement : « Develop and implement a Regulatory Framework on Crypto Assets and Stable Coins ».
Le pluriel est intéressant.
La banque centrale ne traite pas les stablecoins comme un simple sous-produit de Bitcoin.
Elle semble reconnaître qu’ils posent leurs propres questions.
Ce sont précisément les actifs que Bref Crypto suit dans son dossier consacré aux stablecoins et à leur montée dans les paiements.
USDT ou USDC ne fonctionnent économiquement pas comme Bitcoin.
Un bitcoin fluctue librement.
Un stablecoin dollar cherche à conserver une valeur proche du dollar américain.
Dans un pays où la politique de change et l’usage du kwacha constituent déjà des sujets sensibles, cette différence devient déterminante.
Les stablecoins attaquent directement la frontière monétaire
Si un Zambien détient du bitcoin pendant cinq ans, la question relève en grande partie de l’investissement et de la conservation d’actifs.
S’il commence à recevoir son salaire en USDT, facturer ses clients en USDT, épargner en USDT et payer ses fournisseurs en USDT, le sujet change.
Une monnaie privée indexée sur le dollar commence alors à remplir plusieurs fonctions monétaires dans l’économie locale.
Unité de compte.
Réserve temporaire de valeur.
Instrument de transfert.
Moyen de règlement.
Voilà pourquoi les stablecoins intéressent directement une banque centrale.
Ils rapprochent la crypto du domaine monétaire beaucoup plus rapidement que de nombreux tokens spéculatifs.
Le kwacha vient justement d’être renforcé
La Zambie a parallèlement adopté des Currency Directives en 2025, entrées en vigueur le 26 décembre de cette année-là.
Leur principe est clair : sauf exemptions, les règlements relatifs aux transactions domestiques doivent être effectués en kwachas.
La logique officielle consiste notamment à renforcer l’utilisation de la monnaie nationale et améliorer le fonctionnement du marché des changes.
On voit immédiatement la tension avec un éventuel essor des stablecoins.
Que se passe-t-il si une entreprise zambienne souhaite facturer une autre entreprise zambienne directement en USDT ?
Que devient un paiement domestique effectué dans une unité indexée sur le dollar ?
Le futur cadre crypto devra répondre précisément à ce type de question.
La technologie, elle, permet déjà la transaction.
Le droit monétaire peut décider qu’elle n’est pas acceptable comme règlement domestique.
Bitcoin et USDT n’ont donc pas le même problème réglementaire
Bitcoin peut être traité comme actif.
USDT peut également être traité comme actif.
Mais l’un d’eux est conçu précisément pour suivre une monnaie étrangère.
Dans une économie qui cherche à défendre l’usage de sa monnaie nationale, cette caractéristique pèse lourd.
L’Afrique du Sud débat elle aussi du rôle des stablecoins dans les flux et paiements transfrontaliers. La Zambie, avec ses nouvelles directives sur le kwacha, possède un angle encore plus direct : elle construit son cadre stablecoin au moment même où elle réaffirme que la monnaie nationale doit redevenir la référence des règlements intérieurs.
Ce n’est pas une coïncidence anodine.
La régulation peut aussi protéger le marché
Le discours réglementaire ne se limite néanmoins plus à la menace.
La Bank of Zambia reconnaît noir sur blanc plusieurs bénéfices potentiels des technologies crypto : réduction des coûts, transferts plus rapides et meilleure résilience grâce à l’absence de point de défaillance unique.
C’est une évolution notable.
Une banque centrale qui envisage seulement l’interdiction ne construit généralement pas un cadre autour de « l’innovation responsable ».
La Zambie semble plutôt chercher une ligne médiane.
Autoriser certains usages.
Identifier les acteurs.
Limiter les risques.
Maintenir le kwacha au centre du système.
Le résultat dépendra énormément des textes définitifs.
Une mauvaise réglementation pourrait simplement déplacer les flux
Il existe néanmoins une limite.
Un exchange custodial dépend fortement du système financier officiel.
Deux wallets non custodial beaucoup moins.
Si les règles deviennent excessivement coûteuses ou restrictives, une partie des utilisateurs peut migrer vers des marchés P2P, des applications décentralisées ou des contreparties situées hors du pays.
Le régulateur perd alors une partie de la visibilité qu’il cherchait justement à obtenir.
C’est l’un des dilemmes fondamentaux de la régulation crypto.
Trop peu de règles laisse les consommateurs exposés.
Trop de restrictions peut renforcer l’informel.
Le plan stratégique de la Bank of Zambia semble en être conscient puisqu’il associe trois objectifs qui peuvent parfois se contredire : innovation, stabilité financière et inclusion.
L’équilibre sera difficile.
Mobile money et stablecoins se rapprochent
La crypto en Zambie arrive dans un pays où les paiements numériques ont déjà gagné la bataille du quotidien.
12 328 755 comptes mobile money étaient actifs fin 2024.
En 2016, ils n’étaient que 521 098.
La croissance dépasse donc 2 700 % en huit ans.
Dans le même temps, la valeur totale des paiements mobile money est passée de 3,6 milliards de kwachas en 2016 à 486,3 milliards en 2024. Les volumes sont passés de 105,9 millions de transactions à environ 2,99 milliards.
Puis 2025 accélère encore.
Selon l’Annual Report 2025 de la Bank of Zambia, le mobile money enregistre la plus forte croissance parmi les principaux canaux numériques : +83,4 % en valeur et +65,5 % en volume sur un an.
L’histoire crypto zambienne ne peut donc pas être écrite sans MTN MoMo et Airtel Money.
Le mobile money domine déjà les paiements numériques
Le mobile money a réussi là où les cryptomonnaies promettent souvent encore de réussir : faire entrer des millions de personnes dans un système numérique de transfert.
Le client n’a pas besoin de compte bancaire classique.
Il possède un téléphone.
Il ouvre un wallet.
Il dépose des kwachas chez un agent.
Il transfère.
Il paie.
Il retire.
Tout cela fonctionne avec une expérience utilisateur devenue familière.
C’est pourquoi la relation entre Bitcoin, mobile money et paiements africains est plus intéressante que la vieille opposition « banque contre blockchain ».
L’Afrique possède déjà une infrastructure financière hybride.
La crypto cherche maintenant à se connecter dessus.
MTN MoMo dépasse cinq millions d’utilisateurs
MTN indique que son service MoMo compte plus de cinq millions d’utilisateurs en Zambie.
Le portefeuille permet notamment d’envoyer et recevoir de l’argent, payer des factures et accéder à des services de remittance internationale, d’épargne ou de crédit.
Ce chiffre suffit à comprendre l’enjeu.
Une startup crypto peut créer un wallet parfaitement conçu.
Elle doit encore convaincre plusieurs millions de personnes de l’installer, de comprendre une seed phrase, d’apprendre à déposer des fonds et d’identifier les bons réseaux blockchain.
MoMo possède déjà les clients.
Voilà pourquoi la connexion entre crypto et mobile money est probablement plus réaliste que le remplacement du mobile money par la crypto.
Airtel Money complète le marché
Airtel affirme être l’un des principaux acteurs télécoms et mobile money du pays.
Ses services permettent également paiements, transferts, accès à des services financiers et remittances internationales.
Le duel MTN/Airtel donne à la Zambie une infrastructure de distribution que peu de projets crypto pourraient reconstruire seuls.
Des agents existent déjà.
Les utilisateurs sont identifiés.
Les commerçants acceptent déjà les paiements mobiles.
Les rails bancaires et mobile money sont progressivement interconnectés.
Pour un stablecoin, tout cela représente une infrastructure potentielle de dernier kilomètre.
Le National Financial Switch a préparé le terrain
La Zambie travaille depuis plusieurs années à améliorer l’interopérabilité de ses paiements.
Le National Financial Switch relie différents acteurs et plusieurs types de transactions. Fin 2024, 34 participants y étaient connectés, dont 29 pour les flux de monnaie électronique.
Selon la Bank of Zambia, cette infrastructure a réduit certains coûts de transaction d’environ 30 % et contribué à l’augmentation des volumes numériques.
Encore une fois, cela change l’analyse crypto.
Une blockchain ne part pas dans un désert financier.
Elle arrive au-dessus d’un réseau numérique en train de devenir de plus en plus interopérable.
Le stablecoin n’a pas besoin de remplacer MoMo
Imaginons un travailleur zambien installé à Johannesburg.
Il veut envoyer 200 dollars à sa famille à Lusaka.
Dans le scénario traditionnel, plusieurs intermédiaires peuvent intervenir entre l’expéditeur et le wallet final : société de remittance, banque, réseau correspondant, conversion de devise puis mobile money.
Dans un scénario stablecoin, les 200 dollars peuvent être convertis en USDT ou USDC, transférés sur une blockchain puis reconvertis en kwachas à l’arrivée.
Le bénéficiaire n’a même pas nécessairement besoin de voir le stablecoin.
Il reçoit des K sur son wallet.
La blockchain devient une infrastructure de règlement en arrière-plan.
C’est exactement le genre de modèle que Bref Crypto analyse lorsque les paiements numériques et stablecoins cherchent à se connecter aux rails africains.
Le produit gagnant ne sera peut-être pas celui qui convaincra tout le monde d’utiliser un wallet crypto.
Ce sera peut-être celui qui fera oublier que la blockchain est là.
Pourquoi USDT intéresse davantage les paiements
Bitcoin peut traverser les frontières.
Son prix peut également changer fortement pendant le temps où l’utilisateur détient ses fonds.
USDT et USDC visent une autre fonction : maintenir une valeur proche du dollar.
Pour les remittances, cette caractéristique compte.
Une personne qui envoie 100 dollars veut généralement que le bénéficiaire reçoive une valeur proche de 100 dollars.
Elle ne souhaite pas nécessairement spéculer sur BTC pendant l’opération.
Voilà pourquoi les stablecoins sont de plus en plus présents dans les infrastructures de paiement crypto.
Mais le dollar numérique pose un problème au kwacha
Voilà également pourquoi la Bank of Zambia les cite directement dans son futur cadre.
Si USDT sert simplement de pont pendant quelques secondes entre une monnaie étrangère et le kwacha, son impact monétaire reste limité.
Le stablecoin entre.
Il traverse.
Il ressort.
Le bénéficiaire détient finalement des K.
Si les utilisateurs commencent en revanche à conserver durablement leur argent en USDT et à effectuer directement leurs transactions intérieures dans cette unité, le scénario devient très différent.
Le stablecoin cesse d’être une infrastructure.
Il devient une monnaie de substitution de fait.
La dollarisation numérique n’exige aucun billet
C’est l’une des principales nouveautés introduites par les stablecoins.
Historiquement, dollariser partiellement son épargne supposait généralement d’accéder à de véritables dollars, à un compte en devises ou à une autre infrastructure financière.
Avec un stablecoin, un téléphone peut suffire.
L’utilisateur détient une représentation numérique du dollar.
Elle peut circuler le dimanche.
La nuit.
Entre deux pays.
Sans banque correspondante pour chaque transfert.
Cette simplicité explique l’intérêt du marché.
Elle explique aussi l’attention des banques centrales.
Le Nigeria fournit déjà un exemple beaucoup plus avancé de l’usage des stablecoins dans une économie africaine. La Zambie n’en est pas à ces volumes, mais elle prépare ses règles avant que le phénomène prenne éventuellement la même dimension.
Le kwacha a connu une forte pression inflationniste
Le contexte macroéconomique compte également.
Selon la Banque mondiale, l’inflation en Zambie a atteint environ 15 % en 2024, puis 13,9 % en 2025.
Ces chiffres ne suffisent évidemment pas à prouver qu’un Zambien achètera de l’USDT.
Ils expliquent néanmoins pourquoi une unité numérique indexée sur le dollar peut trouver un public dans un environnement où le pouvoir d’achat de la monnaie locale est régulièrement discuté.
C’est un phénomène observé dans plusieurs marchés émergents.
Lorsque la monnaie locale est stable, le stablecoin peut surtout servir au trading ou aux paiements internationaux.
Lorsqu’elle devient plus volatile, il peut également servir d’outil d’épargne à court terme.
Les remittances donnent un cas d’usage concret
Les remittances reçues représentent environ 1,3 % du PIB zambien, selon les données les plus récentes de la Banque mondiale.
Ce n’est pas une proportion extraordinaire comparée à certains autres pays africains.
Elle représente néanmoins un flux économique important.
Et surtout, la Zambie est insérée dans une région où les personnes, marchandises et capitaux circulent beaucoup : Afrique du Sud, Zimbabwe, RDC, Tanzanie, Malawi, Botswana, Angola, Namibie, Mozambique.
Les paiements transfrontaliers régionaux ont donc une importance qui dépasse les seules remittances de la diaspora.
Les mineurs, commerçants et entreprises ont aussi des besoins transfrontaliers
La Zambie est un important producteur de cuivre.
Ses entreprises achètent des équipements, vendent des marchandises, importent, exportent et gèrent des flux en devises.
Tous ces usages ne vont évidemment pas migrer vers USDT.
Les systèmes bancaires restent centraux pour le commerce institutionnel.
Mais la présence croissante d’entreprises numériques, de freelances, de petits importateurs et de PME crée une catégorie de flux pour lesquels un stablecoin peut sembler plus simple que certains circuits traditionnels.
Un fournisseur chinois accepte USDT.
Un client africain possède des kwachas.
Une fintech effectue la conversion.
C’est exactement ce type de chaîne que le futur cadre réglementaire devra décider d’autoriser, encadrer ou restreindre.
Les frais de conversion restent décisifs
La blockchain ne garantit pas un transfert moins cher.
C’est un point souvent oublié.
Envoyer 100 USDT sur un réseau peu coûteux peut coûter quelques centimes ou quelques dollars.
Mais si l’utilisateur paie ensuite 5 % pour acheter les tokens et encore 5 % pour revenir en kwachas, l’innovation n’a rien résolu.
Le coût pertinent est le coût complet :
kwacha → stablecoin → blockchain → stablecoin → kwacha.
Ajoutez éventuellement les frais mobile money.
Ajoutez le spread.
Ajoutez les frais de retrait.
Ajoutez le risque de mauvais taux.
Un service n’est compétitif que si l’ensemble reste inférieur ou plus pratique que l’alternative traditionnelle.
Le mobile money possède un avantage gigantesque : le cash
Une blockchain transfère remarquablement bien une valeur numérique.
Elle ne distribue pas automatiquement des billets dans un village.
Les agents mobile money le font.
C’est leur avantage le plus sous-estimé.
Un bénéficiaire reçoit des K sur son téléphone.
Il se rend chez un agent.
Il retire.
Pour que Bitcoin ou USDT soit réellement utile à grande échelle, il doit soit convaincre l’économie de rester entièrement numérique, soit accéder à ce réseau de conversion.
Le second scénario paraît beaucoup plus probable à court terme.
Un pont crypto-mobile money doit pourtant être réglementé
C’est ici que les nouvelles règles zambiennes prennent tout leur sens.
Une entreprise ne peut pas simplement arriver avec :
« Nous convertissons USDT vers MoMo ».
Plus le volume augmente, plus elle touche à des activités sensibles.
Conversion de devises.
Transfert de valeur.
KYC.
Conservation éventuelle d’actifs.
Paiements.
Flux internationaux.
AML.
Fiscalité.
Protection du consommateur.
Les cinq catégories d’activités visées par l’enregistrement VASP de mars 2026 couvrent précisément une grande partie de cette chaîne.
P2P ne signifie pas absence de risque
Le trading P2P peut permettre à deux utilisateurs de connecter la crypto au mobile money sans intégration officielle entre les deux systèmes.
A possède 100 USDT.
B veut les acheter.
B envoie les kwachas via mobile money.
La plateforme libère les USDT depuis l’escrow.
MTN ou Airtel n’héberge pas les tokens.
Le mobile money ne voit qu’un paiement en monnaie locale.
C’est techniquement simple.
C’est aussi un terrain de fraude.
Faux justificatifs.
Paiement révoqué lorsque cela est possible.
Compte utilisant une identité volée.
Transaction réalisée en dehors de l’escrow.
Faux agents.
Phishing.
Litige entre les participants.
Voilà pourquoi une interface accessible n’est jamais suffisante pour conclure qu’une transaction est sûre.
Self-custody et custodial wallet
La conservation des cryptomonnaies ajoute une deuxième distinction.
Sur un exchange custodial, l’entreprise contrôle généralement les clés nécessaires pour déplacer les fonds.
L’utilisateur contrôle un compte.
Sur un portefeuille non custodial, l’utilisateur contrôle directement la clé privée.
Cela change la nature du risque.
Exchange : risque de contrepartie, piratage, gel de compte, insolvabilité ou restriction réglementaire.
Self-custody : risque de perte de seed phrase, phishing, malware, mauvaise adresse ou erreur irréversible.
Il n’existe pas de solution magique.
Les deux modèles déplacent simplement la responsabilité.
Une seed phrase n’est pas un mot de passe ordinaire
Une phrase de récupération permet généralement de reconstruire les clés d’un portefeuille.
Celui qui la possède peut donc souvent déplacer les actifs sans disposer du téléphone initial.
C’est pourquoi personne n’a besoin de la seed phrase pour « vérifier un compte ».
Ni la Bank of Zambia.
Ni un agent MTN.
Ni Airtel.
Ni un prétendu service client d’un exchange.
Une demande de seed phrase doit être traitée comme une tentative potentielle de vol.
Les arnaques peuvent profiter de la nouvelle réglementation
Ironie du calendrier : plus la réglementation devient connue, plus les escrocs peuvent utiliser son vocabulaire.
« Nous sommes enregistrés Bank of Zambia ».
« Notre licence BoZ vient d’être approuvée ».
« Votre wallet doit être revalidé avant la nouvelle réglementation ».
« Envoyez 50 USDT pour activer votre compte conforme ».
Ces scénarios sont prévisibles.
La nuance vue plus haut devient donc une mesure de sécurité : l’enregistrement VASP de mars 2026 n’est pas une licence ni une approbation commerciale.
Un acteur ne devrait jamais utiliser ce simple enregistrement comme garantie de rendement ou de sécurité des fonds.
La fiscalité reste moins explicite que la surveillance AML
Contrairement à certains pays africains qui ont déjà introduit des taxes directement nommées autour des actifs numériques, les documents fiscaux zambiens accessibles ne permettent pas de résumer la situation par une taxe crypto nationale unique applicable uniformément à chaque transaction.
Les principes généraux de fiscalité peuvent néanmoins s’appliquer selon la nature du revenu, l’activité de l’entreprise ou les gains réalisés.
Il faut donc éviter deux erreurs.
Dire que « la crypto est défiscalisée » simplement parce qu’aucune taxe Bitcoin autonome n’est affichée.
Ou inventer un taux crypto national qui n’existe pas dans les textes examinés.
À mesure que le cadre VASP progresse, la fiscalité pourrait devenir plus précise.
Le registre VASP peut justement fournir des données fiscales
Une fois les entreprises identifiées, l’administration possède beaucoup plus de visibilité.
Qui échange les actifs ?
Qui conserve ?
Qui sert des clients zambiens ?
Quels volumes passent par l’intermédiaire ?
Quels revenus sont générés ?
Quel acteur est résident ?
Le passage d’un marché informel vers un marché déclaré rend presque toujours la fiscalité plus facile à appliquer.
Le registre 2026 n’est donc probablement pas seulement un sujet de stabilité financière.
Il pose aussi les bases d’un secteur davantage mesurable.
Les chiffres d’adoption crypto restent à manier avec prudence
Contrairement au mobile money, pour lequel la Bank of Zambia fournit des statistiques robustes, il est difficile de trouver un nombre officiel actuel de détenteurs de bitcoin ou d’USDT dans le pays.
Il existe des estimations privées.
Elles reposent souvent sur des méthodologies différentes : trafic web, enquêtes, utilisateurs d’applications, données on-chain ou extrapolations.
Aucune ne doit être confondue avec un recensement.
C’est précisément pourquoi l’enregistrement VASP peut améliorer la situation.
Le régulateur cherche explicitement à comprendre « scale, scope and nature » des activités virtuelles opérant dans le pays.
La Zambie ne connaît donc pas encore parfaitement son propre marché crypto.
Elle commence à le mesurer.
Stablecoins, CBDC et souveraineté du kwacha
La troisième partie du dossier zambien se joue moins sur le trading que sur la monnaie elle-même.
D’un côté : Bitcoin.
De l’autre : stablecoins privés indexés sur le dollar.
Et quelque part dans les plans de la banque centrale : la possibilité d’une Central Bank Digital Currency.
Ces trois objets utilisent le mot « numérique ».
Ils représentent pourtant trois philosophies presque opposées.
Bitcoin fonctionne sans banque centrale.
USDT dépend d’un émetteur privé tout en reproduisant approximativement la valeur du dollar.
Une CBDC serait émise sous l’autorité directe de la Bank of Zambia.
La Zambie doit décider quelle place attribuer à chacun.
La Bank of Zambia explore officiellement une CBDC
La National Payment System Vision and Strategy 2023-2027 consacre une partie entière à l’exploration des monnaies et actifs numériques.
La banque centrale y explique vouloir étudier les cas d’usage potentiels d’une CBDC dans le contexte zambien.
Le plan prévoyait notamment du travail autour de la gouvernance, de la réglementation, de l’engagement des parties prenantes et de l’infrastructure.
Il ne s’agit cependant pas d’une annonce de lancement.
En septembre 2026, les sources publiques examinées ne montrent pas qu’une CBDC zambienne de détail ait été mise en circulation auprès du grand public.
La distinction compte.
« Étudier une CBDC » n’est pas « lancer un kwacha numérique ».
Pourquoi créer une CBDC alors que MoMo fonctionne déjà ?
C’est la première question.
La Zambie possède plus de 12 millions de comptes mobile money actifs dans les dernières données détaillées disponibles.
Pourquoi demander à ces utilisateurs de télécharger encore un autre wallet ?
Une CBDC doit apporter davantage qu’une interface numérique.
Sinon, elle reproduit une fonction déjà assurée par les banques et opérateurs mobile money.
Le cas d’usage pourrait se trouver plus profondément dans l’architecture.
Règlement interbancaire.
Paiements publics.
Interopérabilité.
Paiements programmables.
Transactions hors ligne.
Coûts réduits.
Paiements transfrontaliers.
Tout dépend du design.
Une CBDC peut aussi renforcer le kwacha
Le débat prend une autre dimension face aux stablecoins.
Imaginons que les paiements numériques deviennent de plus en plus importants, mais que les utilisateurs choisissent principalement des tokens indexés sur le dollar.
La numérisation de l’économie progresserait.
La monnaie nationale pourrait néanmoins perdre de son importance relative.
Une CBDC offre aux banques centrales une réponse conceptuelle : numériser la monnaie publique plutôt que laisser les monnaies privées étrangères occuper tout l’espace.
Le produit pourrait offrir certaines propriétés d’un actif numérique tout en restant un kwacha.
USDT et CBDC poursuivent des objectifs opposés
USDT existe pour représenter numériquement une valeur proche du dollar.
Une CBDC zambienne représenterait directement la monnaie nationale selon les règles fixées par la Bank of Zambia.
L’utilisateur pourrait préférer USDT précisément parce qu’il ne veut pas être exposé au kwacha.
La banque centrale peut préférer une CBDC précisément parce qu’elle souhaite conserver le kwacha au centre de l’économie.
Le conflit potentiel est évident.
Les Currency Directives rendent cette question encore plus stratégique
Depuis le 26 décembre 2025, le principe posé par la Bank of Zambia est que les transactions domestiques doivent être réglées en kwachas, sauf exemptions prévues.
Voilà le cadre dans lequel arrivera toute future réglementation stablecoin.
La banque centrale ne peut raisonnablement pas promouvoir simultanément une substitution massive du kwacha par USDT pour les règlements intérieurs tout en renforçant l’obligation de régler en monnaie nationale.
Les stablecoins pourraient donc être beaucoup plus facilement acceptés comme instruments de transfert, d’investissement ou d’infrastructure transfrontalière que comme monnaie générale du commerce domestique.
Ce sera l’un des points à surveiller lorsque le cadre définitif paraîtra.
Bitcoin se situe en dehors de cette bataille dollar-kwacha
Bitcoin ne cherche pas à suivre le dollar.
Son offre maximale théorique est limitée par son protocole à 21 millions d’unités.
Il fonctionne sur une blockchain décentralisée dans laquelle la validation des transactions repose sur un réseau mondial de mineurs.
Pour certains utilisateurs, c’est précisément l’intérêt.
Bitcoin ne dépend ni du kwacha ni du dollar.
Son prix est en revanche très volatil.
Une CBDC et un stablecoin essaient généralement d’être pratiques comme unité de règlement.
Bitcoin assume beaucoup moins cette stabilité.
Cela donne trois fonctions différentes
Pour simplifier :
Bitcoin peut servir d’actif monétaire alternatif et de réserve spéculative ou de long terme.
USDT peut servir de dollar numérique pour les transferts et la conservation temporaire de valeur.
Une éventuelle CBDC zambienne servirait de représentation numérique officielle du kwacha.
Les mettre tous dans la catégorie « cryptomonnaies » masque davantage qu’il n’explique.
Le régulateur devra probablement les traiter différemment.
Le terme stablecoin cache lui-même plusieurs modèles
Tous les stablecoins ne sont pas identiques.
USDT et USDC sont principalement adossés à des réserves gérées par des entreprises centralisées.
D’autres tokens utilisent des crypto-actifs comme collatéral.
Certains ont tenté des modèles algorithmiques.
Les risques sont très différents.
Un futur cadre zambien pourrait donc devoir préciser ce qu’il appelle exactement stablecoin.
Quelles réserves sont exigées ?
Quel actif peut servir de garantie ?
Qui audite ?
Quel droit de remboursement possède le client ?
L’émetteur doit-il être agréé localement ?
Un stablecoin étranger peut-il être distribué par un VASP enregistré ?
Comment traiter un token accessible directement via un wallet non custodial ?
Beaucoup reste à écrire.
Une licence VASP ne suffira pas forcément pour un émetteur de stablecoin
La conservation et l’échange d’un stablecoin ne sont pas nécessairement équivalents à son émission.
Une entreprise qui permet d’acheter USDT ne crée pas USDT.
Un émetteur crée la créance ou le token et doit gérer son mécanisme de réserve et de remboursement.
Les risques prudentiels ne sont donc pas identiques.
C’est l’une des raisons pour lesquelles certains pays créent des règles spécifiques aux stablecoins en plus de leur régime général VASP.
La Zambie a déjà indiqué que son travail portera explicitement sur les deux catégories.
Le Financial Intelligence Centre aura aussi son mot à dire
Même si la Bank of Zambia crée un régime prudentiel, les obligations AML/CFT continueront d’exister.
Les lignes directrices VASP du FIC décrivent déjà plusieurs responsabilités concernant l’identification des clients, la surveillance des opérations et les transferts d’actifs virtuels.
Une plateforme future pleinement conforme devra donc probablement combiner les deux univers :
licence ou autorisation sectorielle ;
et conformité anti-blanchiment.
Cela rapproche progressivement la crypto des autres activités financières.
La réglementation pourrait professionnaliser le marché
Un cadre clair apporte des coûts.
Capital minimum éventuel.
Cybersécurité.
Audit.
KYC.
Gouvernance.
Reporting.
Protection des fonds des clients.
Personnel qualifié.
Mais ces exigences peuvent également éliminer une partie des acteurs improvisés.
Un utilisateur pourrait alors distinguer plus facilement une entreprise surveillée d’un simple site web anonyme.
Le défi sera de ne pas fixer des exigences tellement élevées que seuls quelques grands groupes étrangers peuvent les respecter.
La Zambie peut créer un modèle intermédiaire
L’Afrique offre désormais plusieurs modèles.
Afrique du Sud : intégration progressive des prestataires dans un cadre financier très structuré.
Nigeria : succession de restrictions, conflits puis formalisation accélérée.
Kenya : construction d’un régime VASP beaucoup plus explicite.
Ghana : passage rapide vers la réglementation d’un marché déjà important.
Rwanda : stratégie réglementaire très planifiée.
Zambie : enregistrement préalable, obligations AML existantes et cadre crypto/stablecoin encore en construction.
Il n’existe pas une seule méthode africaine.
Le modèle zambien a un avantage : apprendre des autres
La Zambie n’est pas le premier pays africain à réglementer les actifs numériques.
Cela lui donne du retard.
Cela lui donne également des exemples.
Elle peut observer ce qui s’est produit lorsque le Nigeria a tenté de couper fortement les liens entre banques et crypto.
Elle peut regarder comment l’Afrique du Sud a intégré des centaines de prestataires.
Elle peut suivre le Kenya.
Elle peut étudier le règlement européen MiCA.
Elle peut comparer les modèles de stablecoins américains, asiatiques ou du Golfe.
Arriver plus tard n’est pas toujours un handicap réglementaire.
Le futur cadre devra surtout répondre à des questions pratiques
Un bon texte n’a pas besoin de définir Bitcoin sur cinquante pages.
Il doit répondre à des questions opérationnelles.
Une plateforme étrangère peut-elle servir un Zambien ?
Quel capital doit-elle posséder ?
Doit-elle conserver les actifs clients séparément ?
Quels audits sont requis ?
Peut-elle proposer du staking ?
Peut-elle offrir des produits dérivés ?
Quels stablecoins peuvent être listés ?
Comment les réserves d’un stablecoin sont-elles évaluées ?
Quelles règles s’appliquent aux publicités ?
Un influenceur peut-il promouvoir un token ?
Comment traiter les faillites ?
Qu’arrive-t-il aux crypto-actifs d’un client lorsque l’exchange disparaît ?
Voilà ce qui transformera réellement l’industrie.
L’Open Finance peut aussi jouer un rôle
La Bank of Zambia a publié en juin 2026 une position en faveur du développement d’un cadre d’Open Finance destiné à renforcer le secteur financier et favoriser des services plus inclusifs et innovants.
Le sujet peut sembler séparé de la crypto.
Il ne l’est pas complètement.
Plus les systèmes financiers deviennent interopérables via API, identités numériques et partage sécurisé de données, plus une fintech peut connecter plusieurs services sans reconstruire toute l’infrastructure.
Si les VASP réglementés entrent un jour dans cet écosystème, l’expérience crypto pourrait se rapprocher encore davantage du mobile money et des applications bancaires.
La cybersécurité devient alors critique
Plus d’intégration signifie aussi davantage de surfaces d’attaque.
La Bank of Zambia place d’ailleurs la cybersécurité au cœur de son plan stratégique, avec notamment un Security Operations Centre et une stratégie destinée à mieux superviser les cyberrisques dans le secteur financier.
La crypto ajoute des risques particuliers.
Clés privées.
Smart contracts.
Bridges.
Hot wallets.
Phishing.
Drainage de wallets.
Compromission de comptes.
Attaques d’exchanges.
Le régulateur devra intégrer ces risques à ses exigences.
Une plateforme réglementée peut quand même être piratée
La licence n’annule jamais le risque technologique.
Elle peut imposer des contrôles.
Elle peut exiger de meilleurs processus.
Elle peut offrir davantage de recours.
Elle ne transforme pas un système informatique en forteresse parfaite.
L’utilisateur doit donc continuer à distinguer conformité réglementaire et sécurité absolue.
Aucune institution financière sérieuse ne promet cette dernière.
Acheter du Bitcoin en Zambie est-il légal ?
La réponse exige plusieurs nuances.
Bitcoin n’est pas une monnaie ayant cours légal. Le kwacha et le ngwee disposent seuls de ce statut en vertu du Bank of Zambia Act.
La Zambie ne présente toutefois plus son marché crypto comme un phénomène simplement ignoré. Elle impose désormais l’enregistrement des prestataires qui proposent des services d’actifs virtuels dans ou vers le pays.
Pour un utilisateur, cela signifie surtout qu’il faut vérifier le statut du prestataire avec lequel il interagit et ne pas supposer qu’une application disponible en Zambie possède automatiquement une approbation locale.
Peut-on utiliser Bitcoin pour payer en Zambie ?
Bitcoin n’est pas le legal tender national.
Les Currency Directives renforcent par ailleurs le règlement en kwachas pour les transactions domestiques sauf exemptions.
Un transfert technique BTC entre deux wallets reste autre chose qu’une reconnaissance officielle de Bitcoin comme moyen de règlement national.
Pour un commerçant ou une entreprise qui voudrait accepter régulièrement les cryptomonnaies, l’analyse réglementaire devient donc plus complexe qu’une transaction privée occasionnelle.
USDT est-il autorisé ?
USDT n’est pas une monnaie ayant cours légal en Zambie.
La Bank of Zambia prépare précisément un cadre consacré aux crypto-actifs et stablecoins.
Le token peut être techniquement accessible via certaines plateformes ou wallets, mais sa disponibilité ne signifie ni approbation par la banque centrale ni autorisation de régler n’importe quelle transaction domestique en USDT.
Ces trois notions doivent rester séparées :
accessibilité technique ;
statut du prestataire ;
statut monétaire de l’actif.
Peut-on acheter des cryptomonnaies avec MTN MoMo ?
Des mécanismes P2P ou des services tiers peuvent éventuellement utiliser le mobile money comme moyen de règlement en monnaie nationale.
Cela ne signifie pas que MTN MoMo devient lui-même un exchange crypto.
Le service mobile money transfère alors des kwachas.
Les crypto-actifs sont transférés ailleurs, généralement dans l’infrastructure de la plateforme concernée ou directement entre wallets.
Les règles applicables au VASP doivent être examinées séparément.
Même chose pour Airtel Money
Airtel Money peut être utilisé pour des transferts et paiements en monnaie locale.
Une éventuelle utilisation dans une transaction P2P crypto ne transforme pas automatiquement Airtel en fournisseur d’actifs virtuels.
La distinction est la même qu’entre un compte bancaire utilisé pour payer quelqu’un et une banque qui proposerait elle-même un service d’échange BTC/Kwacha.
Le prestataire qui effectue la conversion constitue le maillon réglementaire le plus important.
Comment savoir si une plateforme est autorisée ?
Depuis mars 2026, la première question consiste à vérifier si le VASP a respecté l’obligation d’enregistrement auprès de la Bank of Zambia lorsqu’elle s’applique.
Mais ce registre ne doit pas être présenté comme une licence.
La Bank of Zambia a explicitement averti que l’enregistrement ne constitue ni licence ni approbation officielle.
À terme, le futur cadre réglementaire devrait permettre une distinction beaucoup plus claire entre simple enregistrement et véritable autorisation.
Une entreprise étrangère est-elle concernée ?
Oui, selon l’avis de mars 2026.
L’obligation d’enregistrement vise les prestataires résidents et non-résidents qui offrent des services sur actifs virtuels aux particuliers ou entreprises situés en Zambie, même sans présence physique locale.
C’est l’un des éléments les plus importants du nouveau système.
L’absence de bureau à Lusaka ne suffit donc plus à considérer que la réglementation zambienne ne concerne pas l’entreprise.
Quel est le risque pour un exchange non enregistré ?
Depuis le 30 mars 2026, les entités réglementées par la Bank of Zambia ne doivent plus faciliter les transactions à destination ou en provenance des VASP non enregistrés.
Cela peut rendre l’accès aux rails financiers locaux beaucoup plus difficile.
Le mécanisme ne bloque pas nécessairement chaque transaction crypto mondiale.
Il coupe l’un des ponts les plus importants : celui avec les institutions financières supervisées.
La Zambie possède-t-elle une loi crypto complète ?
Pas encore sous la forme d’un régime entièrement finalisé comparable aux juridictions disposant déjà d’un cadre de licence spécifique et détaillé pour tous les VASP.
Les autorités elles-mêmes reconnaissaient encore en avril 2026 l’absence d’un cadre complet de supervision des actifs virtuels.
La situation a néanmoins évolué rapidement : règles AML existantes, enregistrement BoZ obligatoire et développement d’un régime plus complet.
Le mot le plus juste est donc transition réglementaire.
Quel rôle joue le Financial Intelligence Centre ?
Le FIC s’occupe principalement de l’intégrité financière et du risque de blanchiment ou de financement illicite.
Ses lignes directrices considèrent les VASP comme des entités déclarantes et décrivent plusieurs obligations de conformité.
Le FIC a également participé à l’évaluation nationale du risque lié aux actifs virtuels.
C’est donc un acteur central du futur écosystème crypto zambien.
Pourquoi le risque crypto est-il classé medium high ?
La National Risk Assessment 2025 cite notamment l’absence d’un cadre robuste de licence et la présence de VASP non identifiés et non réglementés.
Le risque VA/VASP en matière de blanchiment et de financement du terrorisme est ainsi évalué medium high.
Cette appréciation ne signifie pas que chaque transaction Bitcoin constitue une activité suspecte.
Elle porte sur la vulnérabilité globale du secteur et les mécanismes de contrôle disponibles.
La Zambie va-t-elle lancer une CBDC ?
La Bank of Zambia explore officiellement les cas d’usage possibles d’une CBDC dans sa stratégie nationale des paiements.
Aucun lancement grand public d’un kwacha numérique n’est toutefois établi dans les sources officielles examinées pour septembre 2026.
Il faut donc parler de recherche et de préparation, pas d’une monnaie numérique déjà disponible.
La CBDC remplacerait-elle MTN MoMo ?
Rien ne permet de l’affirmer.
Un scénario plus réaliste pourrait être une coexistence dans laquelle la CBDC constitue une infrastructure monétaire et les opérateurs privés restent les interfaces utilisées par les consommateurs.
Mais le design final n’est pas encore connu.
MTN MoMo et Airtel Money possèdent déjà un réseau d’utilisateurs et d’agents considérable.
Les remplacer n’est donc pas nécessairement l’objectif le plus rationnel.
Les stablecoins peuvent-ils concurrencer une CBDC ?
Oui, surtout dans certains usages.
Un stablecoin dollar peut être attractif pour les transferts internationaux ou pour un utilisateur qui recherche une exposition au dollar.
Une CBDC en kwachas conserverait quant à elle la monnaie nationale au centre du paiement.
Les deux produits répondent donc parfois à des besoins différents.
Le conflit commence lorsque le stablecoin étranger devient un moyen de paiement domestique massif.
Et Bitcoin ?
Bitcoin pose encore une autre question.
Il ne dépend ni d’un émetteur privé comme USDT ni d’une banque centrale comme une CBDC.
Son offre monétaire et ses règles reposent sur un protocole distribué.
Cette indépendance constitue son principal attrait pour certains utilisateurs.
Elle s’accompagne d’une forte volatilité et d’une responsabilité importante lorsque l’utilisateur conserve lui-même ses clés.
La Zambie peut-elle devenir un marché crypto important ?
Oui, mais pas simplement parce que les habitants pourraient acheter davantage de tokens.
Le pays possède plusieurs ingrédients structurels :
une population de près de 22 millions d’habitants selon les dernières données de la Banque mondiale ;
une infrastructure mobile money extrêmement active ;
des relations commerciales avec plusieurs marchés régionaux ;
une économie minière importante ;
des besoins de paiements transfrontaliers ;
et désormais un régulateur qui commence à donner une forme juridique au secteur.
La prochaine étape dépendra du cadre définitif.
Ce que la réglementation 2026 a déjà changé
Avant mars, une entreprise pouvait être active auprès de clients zambiens tout en restant beaucoup moins visible pour la Bank of Zambia.
Après mars, le message est différent.
Déclarez-vous.
Montrez qui vous êtes.
Expliquez vos activités.
Et si vous restez en dehors du registre, les institutions financières réglementées ne doivent plus servir de pont entre votre activité et le système officiel.
Ce n’est pas encore MiCA.
Ce n’est pas encore un système de licence aussi mature que dans plusieurs autres marchés.
C’est néanmoins beaucoup plus qu’un simple avertissement.
La prochaine étape sera plus difficile
Enregistrer des entreprises est relativement simple.
Les réglementer correctement est beaucoup plus difficile.
Le futur dispositif devra répondre à des situations extrêmement différentes.
Un exchange centralisé qui conserve des milliards d’actifs n’a pas le même profil qu’un développeur d’un wallet non custodial.
Un émetteur de stablecoin n’a pas le même risque qu’un courtier.
Un protocole DeFi sans société clairement identifiable ne ressemble pas à une fintech locale.
Un mineur Bitcoin n’est pas un custodian.
Un développeur qui écrit du code n’est pas nécessairement un intermédiaire financier.
La qualité du futur cadre dépendra donc fortement de sa capacité à distinguer les activités.
La DeFi posera probablement le problème le plus difficile
Un VASP classique possède une société.
Un directeur.
Un bureau.
Des clients.
Un compte bancaire.
Un protocole décentralisé peut posséder des smart contracts accessibles mondialement sans intermédiaire central clairement responsable de chaque transaction.
À qui demander l’enregistrement ?
Au développeur ?
À l’interface web ?
À la DAO ?
À l’utilisateur ?
À l’entreprise qui fournit le service d’accès en kwachas ?
Les régulateurs du monde entier se débattent encore avec cette question.
La Zambie n’y échappera pas.
Les stablecoins seront probablement le premier véritable test
Bitcoin attire beaucoup d’attention médiatique.
Les stablecoins pourraient être plus importants réglementairement.
Parce qu’ils se connectent directement aux paiements.
Parce qu’ils ressemblent davantage à de la monnaie.
Parce qu’ils peuvent déplacer des dollars numériques au-delà des frontières.
Parce qu’ils peuvent être intégrés à des fintechs.
Parce qu’ils pourraient un jour se connecter à MTN MoMo ou Airtel Money.
Et parce que la Bank of Zambia vient précisément de renforcer l’usage domestique du kwacha.
Le choc des deux logiques sera difficile à éviter.
Conclusion
La Zambie n’est plus un marché crypto que sa banque centrale se contente d’observer.
Depuis mars 2026, elle construit son propre périmètre.
Les VASP servant des utilisateurs zambiens, y compris depuis l’étranger, ont été appelés à s’enregistrer auprès de la Bank of Zambia. Depuis le 30 mars, les institutions réglementées ne doivent plus faciliter les transactions vers les prestataires qui restent hors du registre. Et la banque centrale prépare désormais explicitement un cadre pour les crypto-actifs et stablecoins.
Ce n’est pourtant pas encore un régime de licence complet.
Voilà la nuance qui définit la Zambie en septembre 2026.
Le pays reconnaît le secteur sans lui donner un blanc-seing. Il impose un premier niveau de contrôle sans prétendre avoir terminé la réglementation. Il admet les avantages potentiels de la technologie tout en classant les risques VA/VASP à un niveau medium high. Il étudie une CBDC tout en possédant déjà un immense marché mobile money.
Et surtout, le contexte monétaire rend la suite passionnante.
La Bank of Zambia vient de renforcer le kwacha comme monnaie de règlement domestique au moment même où les stablecoins en dollars gagnent du terrain dans les paiements africains.
Les deux tendances finiront forcément par se rencontrer.
Le mobile money constitue le troisième élément de cette équation. Plus de 12,3 millions de wallets actifs étaient déjà recensés fin 2024. Les transactions ont ensuite bondi en 2025. MTN MoMo revendique à lui seul plus de cinq millions d’utilisateurs.
Une fintech capable de convertir réglementairement un stablecoin en kwachas puis de créditer instantanément ce réseau n’aurait pas besoin de construire une nouvelle infrastructure financière nationale.
Elle utiliserait celle qui existe déjà.
C’est peut-être là que se situe le véritable potentiel de la crypto en Zambie : moins dans la création d’une économie parallèle que dans la connexion entre une infrastructure blockchain mondiale et des rails locaux déjà utilisés par des millions de personnes.
La Bank of Zambia semble l’avoir compris.
Son plan stratégique parle à la fois d’innovation responsable, de stabilité et d’inclusion.
Reste maintenant à transformer ces principes en règles suffisamment claires pour qu’une entreprise sache ce qu’elle peut faire, qu’un consommateur sache à qui il confie son argent et qu’un stablecoin puisse être distingué d’un deuxième dollar circulant librement dans l’économie nationale.
La Zambie vient seulement de franchir la première étape.
Mais en Afrique, peu de marchés crypto ont changé de statut réglementaire aussi nettement en quelques mois.
Sources principales
Cette analyse s’appuie prioritairement sur les publications de la Bank of Zambia, notamment son avis du 16 mars 2026 sur l’enregistrement des VASP, son Strategic Plan 2024-2027, son Annual Report 2025 et sa National Payment System Vision and Strategy 2023-2027. Les textes du Financial Intelligence Centre ont été utilisés pour les obligations AML/CFT et l’évaluation des risques. Les données macroéconomiques et de remittances proviennent notamment de la Banque mondiale.
Pour le mobile money, les données officielles de la Bank of Zambia ont été privilégiées aux estimations commerciales. Les chiffres spécifiques communiqués par MTN et Airtel sont présentés comme des données déclarées par ces entreprises et non comme des statistiques indépendantes du régulateur.
Enfin, aucune plateforme accessible depuis la Zambie n’est présentée ici comme « licenciée » uniquement parce qu’elle permet l’ouverture d’un compte ou l’achat d’actifs numériques. La Bank of Zambia insiste elle-même sur le fait que son enregistrement de mars 2026 ne constitue pas une licence ni une approbation officielle.
Les obligations AML/CFT et l’évaluation des risques sont documentées par le Financial Intelligence Centre.
Les données macroéconomiques et de remittances sont complétées par la Banque mondiale.