L’altseason n’est pas encore là
Voir Solana gagner 10 %, Zcash doubler ou plusieurs mid-caps s’envoler suffit parfois à faire ressurgir le mot « altseason ». Les données racontent pour l’instant une histoire moins spectaculaire. Bref Crypto relevait déjà début septembre qu’il s’agissait surtout d’une rotation sélective, pas encore d’une véritable altseason. CoinMarketCap affichait alors 45 points sur son indice. Le 18 septembre, il se situait autour de 42.
La méthodologie de CoinMarketCap est assez exigeante. Pour déclarer une Altcoin Season, 75 % des 100 principales cryptomonnaies éligibles doivent avoir surperformé Bitcoin pendant les 90 derniers jours. Sous 25, CoinMarketCap considère au contraire que le marché se trouve en Bitcoin Season. Entre les deux, nous sommes dans une zone de transition.
Bitcoin conserve également une dominance élevée. Elle atteignait encore 58,84 % le 13 septembre, contre environ 11,6 % pour Ethereum. Cette domination signifie qu’une très grande partie de la capitalisation crypto reste concentrée dans BTC.
Cela n’empêche pas les premiers mouvements de rotation. Solana a gagné environ 11 % le 18 septembre alors que Bitcoin progressait d’environ 6 %. L’open interest des perpetual futures sur les altcoins avait même dépassé celui de Bitcoin début septembre, avec près de 40 milliards de dollars contre 23,9 milliards.
Le capital commence donc à regarder ailleurs. Il ne se disperse simplement pas encore partout.
Le vieux modèle de l’altseason devient moins évident
Les cycles précédents suivaient souvent un scénario relativement lisible. Bitcoin montait en premier. Sa dominance progressait. Une fois le BTC stabilisé, une partie des profits migrait vers Ethereum, puis les grandes capitalisations, les mid-caps et finalement les tokens les plus spéculatifs.
En 2021, cette mécanique avait été suffisamment puissante pour faire monter des projets avec très peu d’utilisateurs, des revenus inexistants et parfois même un produit à peine fonctionnel. L’excès de liquidité faisait une grande partie du travail.
Le marché de 2026 est différent.
Bitcoin possède désormais ses ETF spot. Ethereum aussi. Solana, XRP, Hyperliquid, Chainlink et d’autres actifs disposent ou commencent à disposer de produits financiers capables de recevoir directement du capital institutionnel. Une partie de l’argent qui, auparavant, aurait circulé progressivement dans tout le marché peut désormais rester enfermée dans quelques véhicules réglementés.
Le 18 septembre donne un bon exemple. Les ETF Bitcoin ont attiré 433 millions de dollars en une journée. Ethereum a reçu environ 143,7 millions, Solana 47,6 millions, Hyperliquid 1 million et Chainlink 2,2 millions. XRP enregistrait au contraire une légère sortie.
La semaine entière est encore plus révélatrice. Les fonds Solana ont capté environ 60,7 millions de dollars, tandis que les ETF Ether perdaient 140,6 millions. Hyperliquid terminait avec environ 3,1 millions d’entrées. Ce n’est pas une marée uniforme. C’est une sélection.
Voilà peut-être la grande différence avec l’ancienne altseason. Le marché pourrait encore tourner hors de Bitcoin, mais l’argent n’a plus besoin de descendre mécaniquement jusqu’au millième token de CoinMarketCap.
Il peut choisir.
Et il commence déjà à le faire.
Les « quality alts » ont désormais un avantage réel
Reste à définir ce qu’est un altcoin de qualité. Le mot est souvent utilisé pour désigner simplement un token que l’on apprécie. Ce n’est pas suffisant.
Un projet solide en 2026 devrait idéalement réunir plusieurs caractéristiques : une liquidité importante, une véritable utilisation du réseau, une infrastructure difficile à remplacer, une tokenomics qui ne repose pas sur des émissions permanentes et, lorsque le modèle le permet, des frais ou revenus démontrant qu’une activité économique existe réellement.
La sécurité compte aussi. Une blockchain avec plusieurs milliards de dollars d’actifs mais quelques validateurs, un bridge fragile ou des permissions administratives excessives possède un risque que la capitalisation seule ne raconte pas.
L’accès institutionnel devient une nouvelle variable.
Charles Schwab prépare par exemple l’ouverture de ses millions de comptes de courtage à Solana, Avalanche et Chainlink. Ce n’est évidemment pas une garantie de hausse de SOL, AVAX ou LINK. Cela change néanmoins profondément leur accessibilité par rapport à un token disponible uniquement sur quelques exchanges offshore. Bref Crypto détaillait cette extension de l’offre de Charles Schwab fin août.
Chainlink fournit un autre bon exemple de ce que peut signifier « qualité » sans parler de prix. Le réseau distribue désormais plusieurs données économiques officielles américaines, dont le PIB et l’inflation PCE, directement à des smart contracts sur dix blockchains. Cette intégration avec les données économiques américaines illustre le rôle d’infrastructure que Chainlink cherche à construire.
Le token peut monter ou baisser. L’infrastructure, elle, possède un usage mesurable.
Dans une altseason sélective, cette différence pourrait devenir beaucoup plus importante qu’en 2021.
Wall Street crée déjà sa propre sélection d’altcoins
L’arrivée des ETF transforme aussi la définition d’un « gros altcoin ».
Autrefois, la hiérarchie était largement déterminée par les exchanges crypto, la liquidité on-chain et la capitalisation. Désormais, un deuxième classement apparaît : quels tokens Wall Street peut-il réellement acheter dans un cadre réglementé ?
Hyperliquid illustre parfaitement cette évolution. HYPE est entré le 1er septembre dans le Nasdaq CME Crypto Index, avec un poids initial de 3,36 %. Solana pesait 3,79 % dans le même indice tandis que Bitcoin dominait largement avec 74,36 %. Bref Crypto avait détaillé l’entrée de HYPE dans cet indice institutionnel.
Le signal est intéressant. Hyperliquid était encore considéré il y a peu comme un pur produit de la DeFi crypto-native. Le token se retrouve désormais dans la même architecture indicielle que Bitcoin, Ethereum, XRP et Solana.
Ce passage entre les deux mondes pourrait devenir une énorme barrière à l’entrée pendant la prochaine altseason.
Les actifs disposant de profondeur de marché, de produits dérivés, d’une infrastructure de custody et de véhicules réglementés peuvent recevoir des capitaux beaucoup plus importants. Les autres continueront de dépendre presque exclusivement des traders crypto.
Le résultat risque d’être un marché à deux vitesses.
Quelques altcoins concentreront les flux institutionnels.
Une deuxième catégorie pourra profiter d’usages on-chain solides ou d’une narrative sectorielle puissante.
Puis viendront des milliers de tokens qui tenteront de reproduire le comportement de 2021 sans disposer de la liquidité nécessaire.
C’est là que le mot « altseason » peut devenir trompeur. Une hausse de SOL, ETH, LINK, HYPE, ZEC et quelques protocoles DeFi ne signifie pas nécessairement que l’ensemble du marché alternatif entre dans un bull market.
Le marché peut parfaitement connaître une altseason sans saison pour la majorité des altcoins.
Revenus, utilisateurs et tokenomics vont compter davantage
La disparition progressive du principe « tout monte » possède aussi une raison très simple : l’offre de tokens est devenue immense.
Chaque cycle ajoute de nouvelles Layer 1, Layer 2, protocoles DeFi, memecoins, réseaux IA, tokens RWA, projets gaming, DePIN et applications diverses. Le capital disponible doit donc être réparti entre beaucoup plus d’actifs qu’en 2017 ou 2021.
À liquidité égale, cela réduit mécaniquement la quantité d’argent disponible pour chacun.
Les investisseurs deviennent aussi beaucoup plus attentifs aux émissions. Un token peut afficher une capitalisation séduisante avec seulement 15 % de son offre en circulation. Si des milliards de dollars de tokens destinés aux investisseurs privés et aux équipes doivent être débloqués au cours des prochaines années, la hausse doit absorber cette nouvelle offre en permanence.
Ce problème n’existe pas avec la même intensité sur les actifs déjà largement distribués.
Même réflexion sur les revenus. Le marché commence à demander combien un protocole gagne réellement, pas seulement combien de TVL il peut attirer avec des incentives.
L’histoire récente de Balancer est presque un avertissement. Le protocole possédait une technologie reconnue et plusieurs années d’existence, mais sa nouvelle version n’a pas généré suffisamment de revenus pour justifier la poursuite des dépenses. Une infrastructure techniquement intéressante ne garantit donc même plus sa survie économique.
À l’inverse, les projets capables de produire de vrais frais disposent d’une preuve supplémentaire que leurs utilisateurs sont prêts à payer pour leur service.
Cela ne transforme pas automatiquement leur token en bon investissement. Les revenus peuvent rester entièrement dans l’entreprise ou le protocole sans bénéficier directement au token. La dilution peut également annuler une partie de cette valeur.
La prochaine altseason pourrait justement obliger le marché à faire ces calculs beaucoup plus sérieusement.
Une narrative attire l’attention.
Un produit retient l’utilisateur.
Un modèle économique retient le capital.
La prochaine altseason pourrait être sectorielle
Une autre différence apparaît déjà dans les performances récentes : les mouvements se produisent par thèmes.
Les données de Koryu sur son univers de cryptomonnaies liquides montraient au 18 septembre de très fortes divergences entre secteurs. Les Layer 2 de son échantillon affichaient environ +135 %, la DeFi +53 %, l’IA +32 %, les memecoins +26 %, les Layer 1 +20 % et les RWA +19 %. La méthodologie possède ses propres limites, notamment un univers restreint et un historique récent, mais la dispersion reste instructive.
Le marché ne monte pas uniformément.
Il choisit des narratives.
Les RWA bénéficient de la tokenisation croissante des actions, obligations et fonds. Ondo fournit déjà à Blockchain.com plus de 170 actions et ETF tokenisés supplémentaires, portant son catalogue à plus de 430 actifs traditionnels sur plusieurs réseaux.
La DeFi bénéficie d’un retour des volumes et de produits beaucoup plus sophistiqués.
L’intelligence artificielle possède sa propre vague spéculative et infrastructurelle.
Les privacy coins ont récemment profité du spectaculaire rallye de Zcash.
Puis les memecoins restent capables d’absorber énormément de liquidité lorsque le goût du risque augmente.
Une altseason peut donc se construire comme une succession de mini-saisons.
Deux semaines DeFi.
Puis les Layer 1.
Puis l’IA.
Puis les RWA.
Puis les actifs les plus spéculatifs.
Ce type de rotation obligerait les investisseurs à distinguer une hausse structurelle d’un simple mouvement de quelques séances.
C’est également là que les projets de qualité peuvent bénéficier d’un avantage. Lorsque la narrative se retourne, un actif disposant d’utilisateurs, de liquidité et d’un produit utile garde quelque chose derrière lui.
Le token entièrement construit autour du FOMO garde beaucoup moins.
Bitcoin doit probablement ouvrir la porte
L’ironie est que la prochaine altseason dépend encore largement de Bitcoin.
Le BTC vient de reprendre la zone des 80 000 dollars et tente de sortir d’une structure qui l’a maintenu plusieurs semaines entre environ 71 000 et 82 000 dollars. Une cassure durable des 82 500–83 000 dollars renforcerait sérieusement la thèse d’un nouveau mouvement haussier.
Historiquement, les altcoins se portent souvent mieux lorsque Bitcoin monte suffisamment pour rétablir la confiance, puis ralentit sans s’effondrer.
C’est cette phase intermédiaire qui permet au capital de chercher davantage de rendement ailleurs.
Un Bitcoin qui monte trop vite peut au contraire aspirer la liquidité du marché et maintenir sa dominance élevée. Un Bitcoin qui chute violemment entraîne généralement les altcoins encore plus bas.
La configuration idéale pour une altseason reste donc assez particulière : Bitcoin fort, mais relativement stable.
Nous n’y sommes pas encore complètement.
La dominance reste proche de 59 % et l’Altcoin Season Index demeure loin de 75. La Réserve fédérale vient également de relever ses taux, tandis que les marchés envisagent d’autres hausses. Reuters relevait encore cette semaine d’importantes sorties des fonds actions mondiaux à cause des craintes inflationnistes et monétaires.
La liquidité mondiale ne ressemble donc pas encore à celle de 2021.
Et pourtant, certains altcoins commencent déjà à surperformer.
C’est précisément ce qui rend les prochaines semaines intéressantes.
Cette altseason ne sauvera probablement pas tous les anciens favoris
Le piège classique consiste à croire que chaque altcoin ayant atteint un sommet en 2021 ou 2025 devra nécessairement y retourner.
Rien ne l’impose.
Chaque cycle crypto possède son cimetière d’anciens leaders. Certains réseaux perdent leurs développeurs. D’autres leur liquidité. Une narrative est remplacée par une nouvelle technologie. Un token se retrouve dilué par plusieurs années d’émissions tandis que son prix reste loin de son record.
La capitalisation nécessaire pour retrouver l’ancien ATH peut alors être beaucoup plus élevée qu’au moment où ce record avait été établi.
C’est probablement là que la prochaine altseason sera la plus cruelle.
Le bull run peut revenir.
Le capital peut tourner hors de Bitcoin.
Ethereum, Solana ou différents secteurs peuvent fortement progresser.
Et malgré tout, une grande partie des altcoins peut rester définitivement sous ses anciens sommets.
Le mot « altseason » donne l’impression d’une saison où tous les bateaux montent avec la marée. Le marché institutionnalisé de 2026 ressemble davantage à une compétition pour le capital.
Les ETF choisissent.
Les indices choisissent.
Les grandes plateformes choisissent.
Les utilisateurs choisissent.
Et les revenus finissent par montrer quelles applications sont réellement utilisées.
Une véritable rotation vers les altcoins reste donc tout à fait possible si le bull run de Bitcoin se confirme. Les premières fissures dans sa domination apparaissent déjà, et certains flux institutionnels atteignent désormais directement Solana, Hyperliquid, Chainlink et d’autres actifs.
Mais la prochaine altseason pourrait faire quelque chose que les investisseurs habitués à 2021 apprécieront beaucoup moins : elle pourrait monter très haut sans emporter tout le marché avec elle.
Cette fois, posséder « des altcoins » ne suffira probablement pas.
Il faudra que le marché trouve une raison de vouloir précisément ceux-là.