Crypto Afrique : USDT rejoint les paiements classiques
Kora ne construit pas un exchange supplémentaire. One Rail doit plutôt faire communiquer deux infrastructures qui fonctionnaient jusqu’ici souvent séparément : les paiements traditionnels et les stablecoins. Cette évolution prolonge un marché où le Nigeria concentre déjà environ 60 % des flux de stablecoins d’Afrique subsaharienne.
Concrètement, un marchand peut générer un wallet spécifique à un client, recevoir de l’USDT ou de l’USDC, suivre la transaction en temps réel puis rapprocher automatiquement le paiement dans son tableau de bord. Les stablecoins peuvent ensuite être conservés ou convertis vers les monnaies locales prises en charge par Kora.
La documentation technique confirme actuellement USDT et USDC sur Ethereum, Solana et Tron. Les entreprises n’ont donc pas à développer elles-mêmes toute la couche blockchain. Elles utilisent les API Kora déjà destinées aux cartes, virements bancaires et mobile money.
Le modèle est particulièrement adapté au B2B. Une entreprise peut recevoir des dollars numériques d’un client étranger puis faire sortir la valeur vers un compte bancaire local grâce aux rails de paiement existants.
Stablecoin à l’entrée. Naira, cedi ou shilling à la sortie.
Le chiffre de 78 % mérite une nuance
Kora justifie notamment son lancement par un chiffre spectaculaire : 78 % des détenteurs africains de crypto posséderaient des stablecoins. Son PDG Dickson Nsofor l’a repris lors de l’annonce de One Rail.
La donnée disponible publiquement est un peu plus précise.
L’étude Stablecoin Utility Report, menée par YouGov avec BVNK, Coinbase et Artemis auprès de 4 658 personnes dans 15 pays, montre une adoption particulièrement élevée en Afrique. Reuters rapportait en février que près de 80 % des répondants interrogés au Nigeria et en Afrique du Sud détenaient déjà des stablecoins. L’étude montre également que l’intérêt pour leur utilisation comme moyen de paiement est particulièrement élevé en Afrique.
Il vaut donc mieux éviter de transformer cette enquête en estimation de toute la population africaine.
Le signal économique reste néanmoins fort. Le FMI estime que le Nigeria représente à lui seul environ 60 % des entrées de stablecoins d’Afrique subsaharienne depuis 2019. Il rappelle aussi que l’envoi de 200 dollars vers la région coûte encore autour de 9 % via les circuits traditionnels.
Voilà pourquoi les initiatives se multiplient. DCS Pay et Kotani Pay construisent déjà des passerelles entre USDT, USDC, monnaies locales et mobile money. Kora attaque désormais le même problème du côté des marchands.
Les stablecoins veulent désormais entrer dans les caisses
One Rail est encore en phase pilote. Kora précise que seuls USDT et USDC sont activés pour l’instant et que l’accès concerne un groupe de marchands éligibles avant un déploiement public plus large. L’inscription au pilote n’est pas facturée, même si les frais standards de traitement des transactions continuent de s’appliquer.
La portée géographique de Kora lui donne néanmoins une base intéressante. Son infrastructure de paiements couvre notamment le Nigeria, le Ghana, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la Tanzanie et l’Égypte selon les services utilisés. Les sorties peuvent déjà passer par comptes bancaires ou mobile money dans plusieurs de ces marchés.
C’est là que le stablecoin change progressivement de fonction.
Pendant longtemps, USDT servait surtout à trader ou à conserver une exposition numérique au dollar. Désormais, la bataille porte sur sa connexion au commerce : recevoir un paiement, payer un fournisseur, gérer une trésorerie puis repasser en monnaie locale sans changer plusieurs fois de plateforme.
Le défi réglementaire reste entier. Le Kenya renforce déjà le contrôle sur les stablecoins proposés par les intermédiaires agréés, tandis que le Nigeria formalise rapidement les activités des VASP.
Kora devra donc réussir deux choses à la fois : conserver la vitesse du stablecoin et respecter les règles de chaque marché.
Si cette équation fonctionne, One Rail ne rendra pas forcément les Africains plus « crypto ». Il pourrait faire quelque chose de plus important : rendre la blockchain presque invisible derrière un paiement ordinaire.