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Crypto actu Afrique : le Nigeria capte 60 % des flux stablecoins

Le Nigeria concentre 60 % des flux de stablecoins d’Afrique subsaharienne. Le FMI alerte sur le risque de dollarisation numérique et la souveraineté du naira.

Des flux de stablecoins en dollars convergent vers une porte financière dessinant la carte du Nigeria
Le Nigeria concentre environ 60 % des entrées de stablecoins en Afrique subsaharienne depuis 2019.

Le Nigeria concentre environ 60 % des entrées de stablecoins en Afrique subsaharienne depuis fin 2019, selon le Fonds monétaire international. Entre juillet 2023 et juin 2024, le pays a reçu près de 59 milliards de dollars en crypto. Une domination qui facilite transferts internationaux et paiements, mais qui inquiète désormais le FMI sur un autre terrain : celui de la « dollarisation numérique » de l’économie nigériane.

Crypto actu Afrique : le Nigeria pèse déjà 59 milliards $

Dans un marché crypto nigérian en pleine formalisation, l’alerte remise en avant cette semaine par Nigeria Communications Week mérite une précision : elle ne repose pas sur un nouveau rapport publié en septembre. Nigeria Communications Week reprend l’analyse du FMI, dont les principaux chiffres proviennent de l’Article IV consacré au Nigeria et d’une analyse publiée par le Fonds le 16 juin 2026.

Les données restent impressionnantes. Le Nigeria a reçu environ 59 milliards de dollars de crypto-actifs entre juillet 2023 et juin 2024. Il représentait par ailleurs près de 60 % des entrées de stablecoins en Afrique subsaharienne entre fin 2019 et début 2025. En 2024, les stablecoins comptaient pour plus de 65 % des entrées crypto transfrontalières nigérianes.

Cette progression accompagne un marché qui se normalise rapidement. Bref Crypto analysait déjà comment les paiements et la fiscalité transforment le marché crypto nigérian, évalué à plus de 92 milliards de dollars sur une période plus récente. USDT et USDC dominent clairement les usages identifiés par le FMI. Le pays comptait environ 25,9 millions d’utilisateurs d’actifs numériques en 2025, soit autour de 12 % de sa population.

Pourquoi une telle demande ? Le naira a fortement perdu de sa valeur en 2023 et 2024, tandis que l’accès aux dollars restait compliqué. Pour un ménage, un freelance ou une petite entreprise, conserver des USDT est alors devenu une manière relativement simple de détenir du dollar numérique.

Le FMI redoute une dollarisation numérique

C’est ici que les stablecoins deviennent un sujet monétaire. Un Nigérian qui conserve son épargne en USDT ne détient plus réellement du naira. À petite échelle, cela ressemble à un choix individuel. Avec plusieurs millions d’utilisateurs, le phénomène peut commencer à modifier la demande de monnaie locale.

Le FMI détaille quatre grands chantiers pour le Nigeria : préserver la souveraineté monétaire, renforcer la supervision, améliorer les données disponibles sur les flux crypto et moderniser les infrastructures de paiement.

Le risque identifié est celui d’une « digital dollarization ». Une adoption massive de stablecoins en dollars pourrait accentuer la substitution monétaire, compliquer la gestion des mouvements de capitaux et réduire l’efficacité de certaines décisions de politique monétaire.

Il existe également un risque bancaire. Le FMI ne constate pas encore de déplacement massif des dépôts nigérians vers les stablecoins, mais prévient que cette situation pourrait évoluer si ces actifs deviennent plus simples ou plus attractifs que les comptes bancaires traditionnels.

Le gouvernement a déjà commencé à renforcer son dispositif. La SEC propose notamment que 80 % des crypto-actifs détenus pour les clients soient conservés hors ligne, tandis que les exchanges et autres VASP font face à des exigences réglementaires plus lourdes.

Le FMI ne recommande toutefois pas de bannir USDT ou USDC. Il estime qu’une tentative de suppression pourrait simplement déplacer davantage d’activité vers les circuits informels.

Le cNGN reste minuscule face à USDT et USDC

Le chiffre le plus révélateur du rapport du FMI concerne peut-être le stablecoin local. Le Nigeria dispose du cNGN, un stablecoin privé indexé sur le naira. Pourtant, les données citées par le FMI montrent qu’au début de 2025 seulement 66 millions de cNGN, soit environ 44 000 dollars, avaient été émis. L’actif était détenu par une vingtaine de wallets et n’avait enregistré que 74 transactions on-chain.

Face à USDT et USDC, l’écart est immense.

Depuis, l’écosystème essaie néanmoins de construire davantage de rails en monnaie locale. Bref Crypto rapportait récemment que des stablecoins indexés sur le naira arrivent sur Celo pour développer les paiements transfrontaliers.

Le problème est économique autant que technique. Un stablecoin dollar possède déjà de la liquidité internationale, des utilisateurs, des exchanges et des milliers de paires de trading. Un stablecoin naira doit construire tout cela.

Et pourtant, les stablecoins répondent à un problème réel. Le FMI rappelle qu’envoyer 200 dollars vers l’Afrique subsaharienne coûte encore autour de 9 % via les circuits traditionnels, contre environ 6 % à l’échelle mondiale. Les dollars numériques permettent parfois de réduire cette friction et de régler une transaction en quelques minutes.

Le Nigeria se retrouve donc face à un paradoxe. Les stablecoins fonctionnent justement parce qu’ils corrigent certaines faiblesses des paiements internationaux et donnent facilement accès au dollar. Ce sont exactement ces qualités qui peuvent, à grande échelle, fragiliser la place du naira.

Le FMI ne dit pas au Nigeria de combattre la crypto. Il lui demande plutôt de réduire les raisons qui poussent ses habitants à chercher une monnaie et des rails de paiement ailleurs.

C’est une différence majeure. Dans cette crypto actu Afrique, la bataille n’oppose déjà plus vraiment banques et blockchain. Elle se joue entre le naira, le dollar tokenisé et les infrastructures qui transporteront demain les paiements africains.

À propos de l’auteur

Lydie Musekwa

Lydie Musekwa

Lydie Musekwa, enseignante chercheuse passionnée par les nouvelles technologies, plonge dans l'univers des cryptomonnaies avec un regard analytique et innovant. Depuis sa découverte du bitcoin, son parcours s'est orienté vers une exploration exhaustive de la blockchain et de ses applications. Armée d'un esprit critique et d'une soif d'apprendre, elle s'attache à démystifier les concepts technologiques complexes pour ses lecteurs, tout en scrutant les dernières tendances et avancées. En tant que rédactrice, Lydie s'engage à partager des connaissances précises et à jour, faisant le pont entre le monde académique et la sphère digitale en constante évolution.