Crypto Afrique : Absa garde désormais du Bitcoin
Le service est opérationnel depuis le 21 septembre 2026 et cible d’abord les gestionnaires d’actifs, entreprises et institutions financières non bancaires. Les particuliers n’y ont donc pas encore accès.
Cette arrivée prolonge l’offensive des grandes banques sur les actifs numériques. BrefCrypto observait déjà que Standard Bank accélère dans les paiements numériques, la blockchain et les stablecoins. Absa franchit une autre étape : elle accepte désormais d’assumer directement la garde des actifs de ses clients institutionnels.
Rob Downes, responsable des actifs numériques chez Absa Corporate and Investment Banking, indique que Bitcoin constitue actuellement l’actif prédominant en conservation. La banque travaille également avec ses clients pour ajouter d’autres crypto-actifs.
L’infrastructure repose sur Ripple. Les deux entreprises avaient annoncé leur partenariat dès octobre 2025, lorsque Absa était devenue le premier grand partenaire de Ripple pour la custody en Afrique.
Onze mois plus tard, le projet est passé en production.
Absa explique que son système protège les clés et autorisations dans des environnements matériels sécurisés. La banque utilise également une dérivation déterministe des clés afin d’éviter leur stockage statique permanent.
Un marché sud-africain à 25,2 milliards de rands
Absa n’entre pas sur un marché vide.
Selon la Banque centrale sud-africaine, Luno, VALR et Ovex détenaient environ 25,2 milliards de rands de crypto-actifs en conservation fin 2024, contre moins de 10 milliards début 2023. Bitcoin représentait à lui seul environ 13,8 milliards de rands, devant XRP à 5 milliards et Ether à 3,3 milliards.
Moneyweb convertit cet ensemble à environ 1,5 milliard de dollars. Il ne s’agit pas de la taille actuelle de tout le marché sud-africain de la custody, mais de la valeur détenue à l’époque par ces trois grands acteurs.
Depuis, la réglementation s’est également densifiée. La Financial Sector Conduct Authority comptait 310 fournisseurs de services crypto agréés fin mars 2026. La Banque centrale estime par ailleurs que les transactions impliquant l’USDT sur Luno, VALR et AltCoinTrader ont approché 27 milliards de rands sur l’année terminée le 30 avril.
Les banques suivent ces flux. Standard Bank prépare déjà un stablecoin dollar avec plusieurs institutions internationales, tandis qu’Absa se positionne sur la conservation.
Deux approches différentes. Même constat : la crypto entre progressivement dans l’infrastructure financière africaine traditionnelle.
Absa veut maintenant sortir d’Afrique du Sud
Le projet ne devrait pas rester limité au marché sud-africain.
Downes affirme qu’Absa souhaite étendre la custody à d’autres catégories de clients dans le pays et travaille déjà à son déploiement dans certains des autres marchés africains où le groupe est présent. Chaque expansion restera néanmoins conditionnée à l’autorisation des régulateurs locaux.
Cette condition n’a rien d’anecdotique. Les cadres réglementaires africains restent extrêmement différents. Le Kenya renforce par exemple son contrôle des stablecoins et des intermédiaires crypto, tandis que l’Afrique du Sud prépare encore de nouvelles règles pour les flux transfrontaliers.
Absa devra donc adapter son modèle pays par pays.
Le lancement change néanmoins quelque chose pour les investisseurs institutionnels africains. Jusqu’ici, conserver des crypto-actifs impliquait principalement de passer par un exchange, un spécialiste international de la custody ou de gérer soi-même les clés privées. Une banque réglementée peut désormais prendre cette responsabilité.
Et c’est là que l’annonce dépasse Bitcoin.
La custody est une brique nécessaire avant de pouvoir développer à grande échelle des titres tokenisés, des stablecoins, des dépôts bancaires sur blockchain ou des règlements institutionnels. Absa le dit elle-même : le service actuel constitue le début d’un parcours qui évoluera avec les besoins des clients et la réglementation.
L’Afrique du Sud ne compte donc plus seulement des exchanges crypto réglementés. Elle dispose désormais d’une grande banque capable de garder directement les actifs numériques d’institutions.