Aller au contenu
Actualité Crypto Afrique

Réglementation crypto aux Comores : textes et zones grises

La réglementation crypto aux Comores doit se lire comme un ensemble de textes et de responsabilités, pas comme un simple catalogue de licences vendues en ligne. Les activités bancaires, les paiements, les obligations anti-blanchiment et les contrats des plateformes composent plusieurs niveaux. Aucun document isolé ne permet de valider automatiquement un projet complet.

Un professionnel comorien compare trois dossiers symbolisant banque, paiement mobile et actif numérique.
Illustration

Pour un entrepreneur, la priorité consiste à qualifier son activité avant de choisir sa technologie. Pour un particulier, elle consiste à comprendre ce que les sources prouvent et ce qu’elles laissent encore ouvert. Ce guide, vérifié au 19 octobre 2026, propose une méthode de lecture et de suivi ; les décisions engageantes demandent une validation juridique locale adaptée aux faits.

En bref

  • La conformité d’une activité ne se déduit ni du code informatique ni de l’accessibilité d’une application.
  • Le rapport GIABA 2026 doit être lu avec les textes nationaux, sans confondre évaluation internationale et autorisation.
  • Une veille utile conserve les versions, les dates, les périmètres et les réponses officielles obtenues.

Réglementation crypto aux Comores : cartographier les activités

Une analyse commence par les fonctions réellement exercées. Notre guide sur les critères réglementaires des plateformes crypto distingue la marque, l’entreprise et le service. Pour les Comores, décrivez séparément conservation de fonds, échange, transfert, encaissement et éventuel crédit. Leur réunion dans une même application ne les fusionne pas juridiquement.

Un opérateur qui conserve les moyens de signature des clients ne porte pas la même responsabilité qu’un éditeur fournissant seulement un logiciel. Une société qui reçoit des fonds pour effectuer des échanges ajoute une relation financière. Le statut doit être apprécié à partir du fonctionnement, de la rémunération et des engagements pris, pas uniquement de l’expression choisie dans les conditions générales.

La frontière professionnelle mérite une attention particulière. Un groupe qui organise régulièrement des conversions, fixe des prix et prélève une commission ne peut pas se présenter sans examen comme un simple cercle privé. Une activité peut rester petite tout en soulevant des obligations. Le nombre limité d’utilisateurs ne constitue pas, à lui seul, une exemption démontrée.

La cartographie doit également préciser les territoires. Où réside le client, quelle société signe, où les fonds arrivent-ils et quel droit le contrat invoque-t-il ? Une interface en français et un paiement en KMF ne répondent pas à ces questions. Le service peut relever de plusieurs juridictions, avec des obligations qui se superposent sans offrir les mêmes possibilités de recours.

Pour matérialiser cette analyse, tracez les étapes du parcours sur une feuille. Chaque déplacement d’argent ou de jetons reçoit le nom de l’acteur responsable, son rôle et la preuve disponible. Une zone sans responsable clairement identifié signale une vérification manquante. Cette carte opérationnelle devient ensuite un support utile pour l’avocat, la banque et les autorités compétentes.

Situer les textes et leur date d’application

La page réglementaire de la BCC réunit notamment les références de la loi bancaire de 2013 et de la loi de 2020 sur les services de paiement. Ces titres identifient des domaines à examiner. Ils ne suffisent pas à démontrer qu’une activité crypto particulière entre dans une catégorie précise ou bénéficie d’une autorisation.

Le deuxième rapport de suivi GIABA de 2026 relève une nouvelle loi anti-blanchiment adoptée le 30 juin 2025, tout en maintenant des lacunes relatives aux actifs virtuels. Son examen porte sur la conformité technique aux recommandations internationales, non sur l’autorisation d’un produit commercial. Cette portée doit accompagner toute référence au rapport.

Une entreprise doit retrouver le texte applicable, sa publication et ses éventuelles modifications. Un projet de loi, un appel à consultant ou une présentation publique n’équivaut pas à une norme entrée en vigueur. À l’inverse, continuer à utiliser un ancien résumé peut faire manquer une réforme déjà adoptée. La date de rédaction d’un article ne remplace pas la date d’application du texte cité.

Les décisions et instructions d’une autorité peuvent préciser la mise en œuvre d’une loi. Il faut vérifier leur base, leurs destinataires et leur portée. Une règle adressée aux établissements supervisés ne se transforme pas mécaniquement en licence pour tout développeur d’application. Sa présence peut néanmoins influencer les contrôles effectués par les banques qui traitent les paiements du projet.

Un dossier de veille devrait donc contenir quatre colonnes : source, date, activité concernée et conséquence opérationnelle. Ajoutez une mention lorsque l’interprétation reste à confirmer. Cette méthode rend les incertitudes visibles au lieu de les cacher dans une formule générale. Elle facilite également la comparaison entre une règle nouvelle et les procédures déjà utilisées.

Distinguer agrément financier, immatriculation et contrat

Une société peut disposer d’un document de constitution sans avoir reçu l’autorisation d’exercer une activité financière. Une licence peut aussi couvrir un service limité, à l’exclusion d’autres fonctions présentes dans l’application. Le contrôle porte donc sur le lien entre société, autorité et activité. Une photographie de certificat, sans possibilité de vérification indépendante, apporte une preuve insuffisante.

Le ministère des Finances a republié en décembre 2025 une mise en garde de la BCC sur les activités offshore. Cette publication rappelle la contestation d’agréments bancaires et financiers revendiqués par certaines structures. Il faut distinguer sa date de mise en ligne de celle du communiqué original et contrôler la portée du document invoqué.

Pour un projet, demandez une confirmation écrite directement au service compétent. La question doit décrire l’activité, les clients et les flux envisagés. Une demande abstraite sur « la blockchain » peut recevoir une réponse abstraite. Une réponse obtenue pour une simple fonction technique ne doit pas être réutilisée comme validation d’une collecte de dépôts ou d’une offre de placement.

Le contrat avec une plateforme étrangère ne remplace pas cette démarche. Il précise notamment les engagements privés du prestataire et les conditions d’accès. Ses clauses ne peuvent pas créer une autorisation nationale qui manque par ailleurs. Un changement d’entité contractante ou de pays de résidence du client peut également modifier le périmètre du service et les recours disponibles.

La preuve doit rester actualisée. Une autorisation peut être suspendue, limitée ou ne plus correspondre au nom commercial utilisé. Programmez une vérification lors des changements importants : nouveau produit, nouvel intermédiaire, nouveau pays ou nouveau mode de collecte. La conformité ne se résume pas à un dossier obtenu une fois puis rangé sans contrôle.

Traduire les obligations en contrôles concrets

Les vérifications d’identité ne se limitent pas à collecter des documents. Notre guide sur les contrôles KYC, la confidentialité et les recours montre les questions à poser sur leur usage. Une activité professionnelle doit faire déterminer les obligations qui la concernent réellement, puis organiser des procédures proportionnées et traçables.

Le flux d’argent mérite un suivi séparé du flux de données. Qui reçoit le paiement, qui peut le rembourser et qui conserve les justificatifs ? Le dossier sur les liaisons entre mobile money et cryptoactifs aide à décomposer ces étapes. Un opérateur de paiement ne prend pas automatiquement en charge les obligations d’un autre intervenant du parcours.

La conservation technique appelle ses propres décisions : accès aux clés, séparation des fonds, gestion des incidents et possibilité de restitution. Le guide sur les portefeuilles et les responsabilités de garde fournit le vocabulaire nécessaire. Présenter un système comme « décentralisé » n’explique pas qui détient réellement les moyens d’agir sur les avoirs du client.

Une procédure doit aussi définir ce qui déclenche une suspension et qui l’examine. Bloquer sans explication opérationnelle peut créer des préjudices, tandis que promettre des retraits sans aucun contrôle peut devenir impossible à respecter. Le traitement doit correspondre aux obligations applicables et aux engagements contractuels. Il ne faut ni annoncer une liberté illimitée ni inventer des formalités sans fondement.

La communication commerciale doit suivre le même niveau d’exactitude. Une disponibilité technique ne devient pas un agrément ; une réserve annoncée ne devient pas une assurance publique ; une simulation ne devient pas un rendement attendu. Le guide sur les coûts réels des opérations crypto permet notamment de présenter les frais sans masquer les écarts incorporés au prix.

Installer une veille et un dossier de décision

La veille doit privilégier les publications officielles et conserver les documents réellement utilisés. Une page peut changer ou disparaître. Notez le lien, la date de consultation, la version et la conclusion précise que vous en tirez. Un dossier qui garde seulement des captures de réseaux sociaux permet difficilement de reconstruire une décision après un incident.

Attribuez chaque question à un interlocuteur compétent. Le statut d’une activité financière, la fiscalité et la protection des données peuvent nécessiter des analyses distinctes. Demander une réponse unique à un fournisseur commercial crée un conflit d’intérêt évident. Une opinion professionnelle doit aussi expliquer ses limites et les hypothèses factuelles sur lesquelles elle repose.

Un registre de décisions rend cette démarche exploitable. Il mentionne le point examiné, la preuve, l’incertitude restante, le responsable et la prochaine date de contrôle. Une entreprise peut alors savoir pourquoi elle a ouvert ou suspendu une fonction. Pour un particulier, une version simplifiée suffit : entité, service autorisé, coût, conservation et canal de réclamation.

Les changements techniques doivent déclencher un nouvel examen lorsqu’ils modifient le risque. Ajouter un réseau, confier les clés à un tiers ou accepter une nouvelle catégorie de clients ne relève pas d’un simple changement de couleur dans l’interface. Les contrats, la sécurité et les obligations applicables peuvent évoluer ensemble. Il faut contrôler cet ensemble avant le lancement, pas après les premiers dépôts.

La réglementation crypto aux Comores ne se résume donc ni à une interdiction générale démontrée par ce guide ni à une liberté commerciale sans conditions. La méthode robuste consiste à qualifier l’activité, retrouver les textes à jour, vérifier l’autorisation revendiquée et documenter la décision. Lorsqu’un élément essentiel manque, la bonne étape suivante consiste à obtenir une réponse ciblée, plutôt qu’à combler le vide avec une certitude publicitaire.

Sources citées3
BrefCrypto L’actualité crypto en Afrique et dans le monde
Nous suivre sur Google News →
Mosengo Léon
Auteur

Mosengo Léon

Mosengo Léon est un analyste crypto et rédacteur pour BrefCrypto.com, reconnu pour ses analyses approfondies des marchés Bitcoin et cryptomonnaies, l’impact des événements structurants comme les crises et levées de fonds, et sa capacité à rendre accessibles les enjeux techniques et économiques de la blockchain pour investisseurs et passionnés