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Crypto légale à Madagascar : ce que les textes permettent d’affirmer

La loi 2023-026 reconnaît des actifs virtuels et des PSAV dans le cadre anti-blanchiment. Cette évolution ne signifie ni que Bitcoin a cours légal, ni que chaque plateforme détient une autorisation malgache.

Un lecteur examine un texte juridique malgache à côté d’un portefeuille Bitcoin sur smartphone.
À Madagascar, la définition juridique d’un actif virtuel ne suffit pas à conclure qu’une plateforme possède un agrément.

La question « la crypto est-elle légale à Madagascar ? » appelle une réponse plus nuancée qu’un oui ou un non. Les textes officiels introduisent bien les actifs virtuels et les prestataires qui les servent dans le dispositif contre le blanchiment. Cela ne signifie pas automatiquement que toute plateforme possède une licence locale, que Bitcoin a cours légal ou que chaque opération bénéficie d’une protection comparable à celle d’un dépôt bancaire.

Pour un particulier, il faut distinguer la détention personnelle, la prestation commerciale, le paiement et le transfert de devises. L’accès à un service en ligne ne répond pas, à lui seul, à la question de son statut réglementaire.

En bref

  • La loi n°2023-026 définit les actifs virtuels et les PSAV dans le cadre LBC/FT malgache.
  • Cette reconnaissance juridique ne transforme pas Bitcoin en monnaie ayant cours légal et ne constitue pas une licence générale pour les exchanges.
  • Les éléments officiels consultés ne suffisent pas à trancher toutes les situations de détention ou de paiement individuel : vérifiez les textes applicables à l’opération précise.

Ce que la loi n°2023-026 établit réellement

La loi n°2023-026 modifie et complète la loi malgache n°2018-043 sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Son objet apparaît dès le titre du texte publié sur le portail officiel CNLEGIS. Elle adapte notamment la terminologie et les mesures de prévention aux nouveaux risques financiers.

Pour distinguer une entreprise immatriculée d’un prestataire autorisé pour une activité donnée, consultez aussi notre grille de comparaison des plateformes crypto. Elle complète la lecture des textes sans remplacer une vérification auprès de l’autorité compétente.

Le lexique du SAMIFIN reprend la définition d’un actif virtuel comme représentation numérique de valeur échangeable ou transférable par voie numérique, susceptible d’être utilisée à des fins de paiement ou d’investissement. Il distingue aussi le prestataire de services sur actifs virtuels, ou PSAV, des catégories qui représentent déjà des monnaies fiduciaires, des titres et d’autres instruments couverts par des règles spécifiques. La page officielle du SAMIFIN sur les actifs virtuels et les PSAV détaille ces termes.

Cette définition compte parce qu’elle fournit un vocabulaire légal aux autorités et aux acteurs assujettis. Elle permet d’inclure certaines activités dans les mécanismes de vigilance, de prévention et de signalement liés au blanchiment. Elle ne dit pas, à elle seule, que chaque actif virtuel est approuvé, recommandé ou garanti par l’État.

Le décret n°2024-1352 du 3 juillet 2024 met en œuvre des dispositions de la loi modifiée. La liste des textes publiée par le SAMIFIN associe explicitement ce décret à l’application de la loi LBC/FT. Il faut donc lire ensemble la loi et ses textes d’application, sans transformer l’existence d’un décret anti-blanchiment en autorisation d’exercer pour une plateforme particulière.

Pour examiner un service concret, consultez aussi notre guide sur le KYC crypto, les données personnelles et les recours. Les contrôles d’identité ne constituent pas, à eux seuls, une preuve d’agrément ou de garantie des fonds.

Détention personnelle et activité professionnelle ne posent pas la même question

Une personne qui détient un actif dans son propre portefeuille n’exerce pas nécessairement la même activité qu’une entreprise qui échange les fonds de clients, garde leurs clés, transmet leurs transactions ou leur fournit un service financier. La définition du PSAV se concentre sur l’activité exercée pour ou au nom d’un client. Cette distinction fonctionnelle évite de traiter toute utilisation d’un wallet comme si elle était une entreprise financière.

Pour un utilisateur individuel, le fait qu’un actif soit accessible par internet ne tranche pas le statut juridique de toutes ses actions. Acheter, vendre, payer un commerçant, faire du transfert international ou fournir un service rémunéré peuvent soulever des questions différentes. Les règles relatives aux changes, aux paiements, à la fiscalité, au blanchiment ou à la protection des consommateurs peuvent intervenir selon le contexte.

Un ordre P2P ajoute une autre question : l’identité du vendeur, le moyen de paiement utilisé et la preuve de livraison. Notre guide sur l’achat de cryptomonnaies avec mobile money distingue les circuits de paiement et de livraison sans prétendre résoudre à lui seul l’interprétation juridique de chaque opération.

Les documents officiels consultés pour ce guide ne permettent pas de conclure qu’un particulier bénéficie d’une autorisation générale pour toute opération crypto. Ils ne suffisent pas non plus, pris isolément, à affirmer qu’une interdiction pénale générale couvre toute détention privée. Une conclusion juridique exige la lecture à jour de l’ensemble des textes applicables, des règlements de la BFM, des règles de change et du cadre de chaque opération.

Cette réserve n’est pas une manière d’éviter la réponse. Elle reflète la différence entre trois questions : un actif a-t-il une définition légale, un intermédiaire peut-il exercer une activité réglementée et un particulier peut-il réaliser une opération donnée ? Une réponse à la première ne règle pas automatiquement les deux autres.

Bitcoin n’est pas la monnaie ayant cours légal

La reconnaissance d’un actif virtuel dans le dispositif anti-blanchiment ne lui confère pas le statut de monnaie nationale. Les textes cités définissent des catégories et des obligations de contrôle. Ils ne déclarent pas que Bitcoin devient l’unité officielle de compte, le moyen obligatoire de paiement ou une créance garantie par l’État malgache.

Une personne peut techniquement envoyer du BTC à une autre adresse. Cette capacité technique ne contraint pas un commerçant à l’accepter et ne garantit pas que le paiement respecte toutes les règles applicables. L’ariary reste la référence monétaire de l’économie locale. La BFM publie les informations de change et de politique monétaire, tandis que la crypto dépend d’un réseau et de prestataires distincts.

Il faut également distinguer Bitcoin d’un portefeuille de monnaie électronique. La loi n°2016-056 régit la monnaie électronique et les établissements correspondants. Les conditions de MVola, par exemple, identifient le service comme un compte d’unités de monnaie électronique et indiquent les règles d’usage, les transferts et les réclamations. Les conditions générales de MVola n’en font pas un portefeuille Bitcoin.

Un paiement en ariary via un service mobile et une livraison de BTC par un tiers forment deux étapes. La première relève des conditions du portefeuille de monnaie électronique; la seconde dépend du vendeur ou de la plateforme crypto. Si l’une fonctionne et l’autre échoue, les recours ne passent pas nécessairement par la même entreprise.

Que signifie le statut des prestataires de services ?

La loi sur les actifs virtuels vise des fonctions exercées à titre professionnel : échange entre actifs virtuels et monnaie fiduciaire, échange entre différentes formes d’actifs, transfert, conservation ou administration et certains services financiers liés à des offres. Un service peut donc relever du champ même s’il ne se présente pas comme une « banque crypto ».

Pour savoir si une entreprise peut légalement proposer une activité donnée à Madagascar, il faut identifier son entité juridique, l’opération précise, la base réglementaire et l’autorité compétente. Un certificat d’immatriculation, une licence étrangère, une page d’assistance ou une présence sur une boutique d’applications ne prouvent pas ensemble une autorisation locale. La page de législation du SAMIFIN recense la loi et le décret mais ne constitue pas un registre public exhaustif de plateformes crypto agréées.

La prudence s’impose aussi dans l’autre sens. L’absence d’un nom dans une page d’information ne prouve pas nécessairement qu’une activité particulière est interdite ou qu’aucune autorité n’a délivré une décision récente. Il faut vérifier les registres et communiqués à la date de l’opération. Si aucune source officielle ne confirme un agrément, ne présentez pas le prestataire comme « approuvé ».

Les consommateurs peuvent consulter les règles de retrait, de conservation, de gel de compte et de réclamation. Il faut savoir si l’utilisateur conserve le contrôle des clés ou dépend d’un dépositaire, si l’entreprise peut suspendre les retraits et si une procédure existe en cas d’insolvabilité. Notre article sur les wallets crypto et la sécurité des clés détaille ce contrôle opérationnel.

Avant d’effectuer une opération, poser quatre questions

Première question : quelle valeur change de mains ? Distinguez les ariary, la monnaie électronique, Bitcoin, USDT et un éventuel contrat d’investissement indexé sur une crypto. Le nom ou le logo d’un actif ne garantit pas qu’il s’agit du jeton attendu. Une promesse de rendement ajoute aussi un produit financier ou une relation de prêt à la simple détention d’un actif.

Deuxième question : qui fait quoi ? Notez l’identité du prestataire de paiement, du vendeur, de la plateforme et du dépositaire. Dans un échange P2P, ces rôles peuvent appartenir à plusieurs personnes ou sociétés. Une seule conversation WhatsApp ne les fusionne pas juridiquement.

Troisième question : quel texte couvre la fonction ? Consultez les textes officiels, les conditions de service et les règles de change pertinentes. Si l’activité engage une entreprise ou des fonds de clients, demandez un avis juridique malgache avant de la lancer. Une réponse générale trouvée en ligne ne remplace pas une qualification de l’opération réelle.

Quatrième question : quel recours existe ? Conservez les contrats, reçus, confirmations de transfert et échanges avec le prestataire. Un identifiant de transaction blockchain prouve une opération sur un réseau, mais ne démontre pas à lui seul l’identité civile d’un bénéficiaire ou le respect d’un contrat.

Ce que l’on peut conclure sans aller trop loin

Madagascar a intégré des notions d’actif virtuel et de PSAV dans son cadre contre le blanchiment. Le SAMIFIN et le décret d’application confirment que ces activités intéressent les autorités et doivent être analysées selon leur fonction. Cette évolution légale est plus précise qu’un simple avertissement général, mais elle ne répond pas par un « oui » global à chaque usage commercial ou privé.

Il convient donc de ne pas présenter Bitcoin comme monnaie officielle, ni d’annoncer qu’un exchange détient une autorisation locale sans preuve vérifiable. De même, la disponibilité d’une application et une transaction observée ne remplacent pas l’étude des textes. Les questions d’achat, de paiement, de transferts et d’activité professionnelle nécessitent chacune une analyse propre.

Les textes, décisions et registres peuvent changer. Avant un investissement important ou la création d’un service, vérifiez la version actuelle des textes auprès de CNLEGIS, de la Banque centrale, de la CSBF et du SAMIFIN, puis consultez un conseil local compétent. L’information présentée ici décrit les sources accessibles au 24 octobre 2026; elle ne constitue pas un avis juridique personnalisé.

Sources citées4
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Zaina Godlive
Auteur

Zaina Godlive

Zaina Godlive est rédactrice pour Bref Crypto. Ses articles portent sur Bitcoin, la sécurité, les plateformes crypto et les usages de l’intelligence artificielle dans le trading. Elle suit notamment les risques de phishing, les décisions macroéconomiques et les outils proposés aux utilisateurs.