Les 150 milliards de dollars évoqués par Wells Fargo ne sont pas une métaphore. C’est une estimation de liquidités “en trop” qui pourraient revenir sur les marchés d’ici fin mars, via des remboursements d’impôts américains plus élevés. Et dans le viseur, il n’y a pas que les actions tech. Le Bitcoin est cité comme candidat naturel à ce retour du “YOLO”, cette prise de risque assumée par les particuliers quand l’argent redevient disponible.
En bref :
- Wells Fargo voit jusqu’à 150 Md$ de cash retail revenir sur les actifs à risque d’ici fin mars.
- Le Bitcoin peut en capter une part, mais seulement si le sentiment repasse au vert.
- L’impulsion dépend aussi du contexte inflationniste et du débat budgétaire américain.
Un “chèque” qui peut rebrancher le réflexe YOLO
Une vague de cash arrive, et une partie cherche une histoire rapide à acheter. Or, le Bitcoin a l’avantage de la liquidité, du trading 24/7, et d’un narratif qui se rallume vite. Mais la mécanique n’est pas automatique. Tout dépend du climat. Et en 2026, le climat change vite.
Wells Fargo relie ce potentiel afflux à un point précis : des remboursements fiscaux plus généreux que les années précédentes. Ohsung Kwon parle d’un retour de la spéculation, alimenté par des économies supplémentaires, surtout visibles chez les ménages aisés.
Ce genre de flux n’agit pas comme un plan d’investissement. Il agit comme une impulsion. Une poche de cash apparaît, puis elle se disperse. Une partie va dans la conso. Une autre se glisse dans les actifs “à momentum”, ceux qui montent déjà ou qui font parler. Le Bitcoin entre souvent dans cette catégorie, même quand il prétend être l’inverse.
Le détail qui compte, c’est le calendrier. “D’ici fin mars” signifie une fenêtre courte, presque tactique. Pas un changement structurel. Autrement dit, un marché peut très bien réagir, puis reprendre son souffle aussi vite.
Pourquoi Bitcoin capte ce type de liquidité, souvent sans prévenir
Kwon ne cible pas uniquement le BTC. Il mentionne aussi des valeurs prisées des particuliers comme Robinhood, et même Boeing, signe qu’il parle d’un panier “risque” au sens large. Cela place Bitcoin dans une logique de flux, pas dans une logique de thèse macro.
Bitcoin attire ces flux pour une raison peu glamour : il est disponible tout le temps. Quand une narration s’enclenche sur les réseaux, quand les applis de trading se réchauffent, le BTC devient une porte d’entrée. Il sert parfois d’étincelle avant que l’argent ne se disperse vers d’autres paris plus exotiques.
Mais ce même avantage peut se retourner. Si l’ambiance est lourde, le cash repart ailleurs. Le marché retail ne “doit” rien au Bitcoin. Il suit la pente. Il suit aussi l’énergie sociale du moment, ce que Nansen résume bien en parlant de dynamique et “d’adhésion sociale”.
Le facteur oublié : l’inflation et la consommation ont changé le décor
L’argument “remboursement = investissement” est tentant. Il est aussi incomplet. Depuis la période COVID, les ménages font face à une inflation et à des dépenses plus élevées. Cela réduit mécaniquement la part du cash qui finit en actifs à risque.
C’est ici que le Bitcoin se joue sur un fil. Si le marché crypto donne un signal haussier clair, l’argent retail a tendance à accélérer le mouvement. Si le signal est flou, ou si le marché est nerveux, ces liquidités servent d’amortisseur ailleurs. Parfois en actions, parfois en produits de taux. Parfois… sur un compte qui ne bouge pas.
En clair, les 150 milliards ne sont pas “pour” le Bitcoin. Ils sont “disponibles” pour le risque. Et le risque, c’est une compétition. Chaque actif raconte sa version du futur. Le Bitcoin doit donc gagner la bataille de l’attention, pas seulement celle des chiffres.
Le contexte politique : la loi de 2025, et le débat budgétaire qui revient
Cette hausse de remboursements est liée à la loi “One Big Beautiful Bill Act”, promulguée le 4 juillet 2025 par Donald Trump. L’administration met en avant une baisse des dépenses et une logique pro-croissance.
Sauf que la lecture n’est pas univoque. Des analyses budgétaires ont aussi insisté sur l’impact du texte sur la trajectoire fiscale, avec un débat vif autour du déficit et de la dette. Ce point compte pour Bitcoin, car il nourrit deux narrations opposées.
D’un côté, plus de déficit et de dettes renforcent le récit “hard money” qui pousse certains vers le BTC. De l’autre, si cela ravive les craintes d’inflation ou de resserrement financier, l’appétit pour le risque peut se contracter. Le même contexte peut donc aider ou freiner. C’est ce paradoxe qui rend le scénario Wells Fargo intéressant : il ressemble à une opportunité, mais il reste conditionnel.
