Le bitcoin et l’or reculent ce mardi 17 février 2026, juste avant le deuxième cycle de pourparlers nucléaires entre Washington et Téhéran à Genève. Le marché lit l’événement comme un test de nerfs. Les futures actions américaines ont aussi flanché, après un avertissement très direct de Donald Trump adressé à l’Iran, avec la menace d’un scénario plus dur si la voie diplomatique échoue.
En bref :
- Genève met le marché en mode prudence, et le risque géopolitique pèse sur l’or comme sur le bitcoin.
- L’or recule, mais des paris haussiers extrêmes restent vivants.
- Le bitcoin tient autour de 68 000 $, coincé entre stress et attente d’un signal.
Genève, le genre de rendez-vous qui fait baisser le volume
L’ambiance est simple à résumer. Tout le monde regarde Genève, mais personne ne veut arriver trop exposé. Les actifs “refuge” ne jouent pas toujours leur rôle quand la liquidité devient la priorité. Et le bitcoin, lui, continue d’être traité comme un actif de risque, donc sensible au moindre frisson macro ou géopolitique.
Trump dit qu’il sera impliqué “indirectement” dans les discussions. Le format reste donc celui de pourparlers indirects, avec Oman en médiateur, mais le message politique est assumé : pression maximale, option militaire en arrière-plan, et une ligne rouge américaine sur l’enrichissement.
En face, l’Iran répète que son droit à l’enrichissement n’est pas négociable et rejette les menaces. Le décor se charge aussi d’images militaires. Exercices dans le détroit d’Ormuz côté iranien. Renforcement américain dans la région côté Washington. Même sans incident, ce théâtre suffit à tendre les portefeuilles.
Dans ce contexte, les traders font souvent la même chose : ils réduisent la taille, pas forcément la conviction. Le résultat se voit vite. Les cours bougent moins par “nouvelle information” que par manque d’appétit. Quand le volume se contracte, une rumeur peut peser autant qu’un communiqué.
L’or sous pression, mais les paris haussiers ne disparaissent pas
L’or a glissé après deux séances plus lourdes, aidé par un dollar ferme et une liquidité parfois mince. Reuters notait encore l’or spot autour de 4 976 $ l’once lundi, avec l’idée d’un marché qui “range-trade” près de 5 000 $.
Ce qui surprend, c’est le contraste entre la baisse de court terme et la persistance d’un imaginaire haussier très agressif. Après une chute massive des futures Comex fin janvier, des options “très loin dans la monnaie” ont été accumulées sur l’échéance décembre, avec des call spreads visant des niveaux extravagants, jusqu’à 15 000–20 000 $ l’once. Le stock de positions a grossi autour de 11 000 contrats, signe que certains jouent la convexité, même après une correction historique.
On peut y voir une psychologie de marché assez classique. L’or baisse, mais l’idée d’un monde instable reste, donc certains préfèrent payer un ticket de loterie plutôt que renoncer au scénario extrême. Ce n’est pas un consensus. C’est un filet mental.
Bitcoin, corrélation “risk-on”, et attente d’un signal clair
Côté bitcoin, le prix évolue dans une zone d’équilibre nerveux, autour de 68 000 $ aujourd’hui, après des séances agitées, avec des mèches possibles vers 67 000 $ et des reprises vers 69 000 $.
Le point important n’est pas le chiffre exact. C’est la mécanique. En phase de stress géopolitique, on observe souvent un réflexe “cash d’abord”. Les actifs qui devraient protéger peuvent être vendus aussi, simplement parce qu’ils sont liquides. L’or résiste mieux sur la durée. Le bitcoin, lui, reste plus collé aux dynamiques tech et aux arbitrages de risque à court terme.
Dans ce brouillard, les indicateurs de sentiment deviennent une boussole secondaire. Matrixport met en avant l’idée qu’un plancher plus durable apparaît quand sa moyenne mobile courte de l’indice Greed & Fear passe en zone négative puis remonte, signalant une pression vendeuse qui s’éteint. Ce n’est pas une garantie. C’est un type de respiration que le marché reconnaît parfois avant de relever la tête.
La variable Fed revient par la fenêtre, même quand Genève occupe l’écran
Un autre courant traverse cette journée : la trajectoire des taux américains. Des chiffres d’inflation plus doux ont récemment renforcé les scénarios d’assouplissement en 2026. Reuters rapportait une hausse des probabilités de baisse dès juin après un CPI en dessous des attentes, et des anticipations de plusieurs baisses cumulées sur l’année.
Pourquoi c’est important ici ? Parce que ça change le “plancher” psychologique du risque. Une Fed perçue comme plus souple peut amortir les chocs. Elle ne les efface pas. Mais elle réduit la peur d’une contrainte monétaire qui s’ajoute au reste.
Du coup, la journée se joue sur un équilibre fragile. Si Genève envoie un signal d’apaisement, le marché peut respirer vite. Si Genève déçoit, la réaction dépendra du ton, pas seulement du contenu. Les actifs ne tomberont pas forcément “parce que l’accord échoue”, mais parce que le scénario d’escalade redeviendrait crédible.
