La Chine a bien ouvert, fin 2024, un chantier fiscal massif autour des dettes locales. Et c’est précisément ce point qui intéresse les traders Bitcoin : Pékin a dévoilé un dispositif équivalent à 10 000 milliards de yuans (environ 1 400 milliards de dollars) pour soulager les finances des gouvernements locaux. Dans le même temps, le Bitcoin évolue aujourd’hui autour de 89 000 $. Le marché relit donc la séquence chinoise avec une question simple : est-ce le début d’une nouvelle vague de dépréciation monétaire, comme en 2015, ou une opération “technique” qui ne changera pas la trajectoire du yuan ?
En bref :
- La Chine a lancé un dispositif de 10 000 milliards de yuans pour gérer la dette locale, plus “nettoyage” que relance.
- Ce cadre alimente le récit d’un yuan sous pression, que certains tradent via Bitcoin.
- Le scénario reste plausible, mais dépendra des choix monétaires et du climat géopolitique.
Un plan moins “stimulus” que “nettoyage”, mais l’effet monnaie reste en embuscade
Le cœur du plan chinois ne ressemble pas à un chèque géant distribué à l’économie. Il s’agit surtout d’un programme de swaps : convertir des dettes cachées, coûteuses, en dettes plus standardisées et moins chères. Pékin a notamment relevé le plafond de dette locale pour permettre ces opérations. (Gouvernement
Ce cadrage a surpris ceux qui attendaient un bazooka. Plusieurs analyses ont parlé d’un paquet “en dessous des attentes”, étalé dans le temps, avec une efficacité surtout budgétaire. Autrement dit, on répare la plomberie avant d’ouvrir le robinet.
Mais la monnaie ne lit pas seulement les intentions, elle lit aussi les contraintes. Si l’endettement public grimpe alors que la croissance peine, la tentation d’assouplir la politique monétaire ou d’accepter un yuan plus faible revient régulièrement sur la table. Et c’est là que la narration Bitcoin prend de la vitesse.
Arthur Hayes et le “déjà-vu” de 2015 : un récit puissant, mais pas automatique
Arthur Hayes, cofondateur de BitMEX, a remis ce dossier au centre du radar en décrivant la dette chinoise comme un déclencheur potentiel d’intérêt pour le Bitcoin. Son idée : quand la pression monte sur la devise locale, une partie du capital cherche une sortie, parfois via des actifs alternatifs.
Le parallèle avec 2015 revient souvent. Cette année-là, la Banque populaire de Chine a dévalué le yuan de façon marquante sur quelques jours, ce qui avait secoué les marchés mondiaux.
Le Bitcoin avait ensuite connu une phase de hausse et, surtout, un changement de statut dans l’imaginaire des investisseurs : de curiosité tech à outil de contournement et de spéculation.
Il faut quand même poser une nuance qui dérange un peu : la Chine de 2026 n’est pas la Chine de 2015. Les contrôles de capitaux se sont structurés, l’accès direct aux plateformes crypto reste restreint, et le marché a grandi. Le récit Hayes peut fonctionner, mais plutôt comme une étincelle psychologique que comme une mécanique garantie.
Le signal faible qui compte : la dette qui gonfle, même quand Pékin rassure
Depuis l’annonce de novembre 2024, Pékin a continué d’ajuster son dispositif. En 2025, la Chine a accéléré l’émission obligataire, avec des montants record sur certains trimestres, signe d’un soutien fiscal plus assumé.
Autre marqueur : le ministère des Finances a même créé, fin 2025, un département dédié à la gestion de la dette. C’est rarement un geste symbolique. Cela dit “on voit le problème, et il s’installe”.
Les agences de notation et les investisseurs obligataires observent la pente. Fitch, par exemple, a pointé la hausse rapide de la dette publique et projette une montée du ratio de dette dans les années à venir, malgré les mesures de swap. Pour Bitcoin, ce contexte nourrit un argument simple, presque brutal : plus la dette s’épaissit, plus la crédibilité des monnaies fiat devient un sujet de marché, même si la Chine nie tout risque immédiat.
Le facteur géopolitique : quand Washington redevient un accélérateur de volatilité
La situation se complique avec la toile de fond américaine. Reuters notait dès 2024 que Pékin gardait aussi des marges de manœuvre en prévision de tensions commerciales liées au retour de Donald Trump. Et, en janvier 2026, Trump est bien en fonction, ce qui remet la relation USA-Chine sous tension régulière.
Pour Bitcoin, la géopolitique joue souvent le rôle du métronome. Quand les frictions montent, le dollar se renforce parfois, mais les flux “anti-risque” peuvent aussi se transformer en flux “anti-système”, selon l’humeur du moment. Ce n’est pas rationnel, c’est humain.
Ce mélange Chine-endettement + États-Unis-tensions crée un marché qui n’aime pas la ligne droite. Dans ce décor, Bitcoin agit comme un actif de narration : il monte quand le scénario devient crédible, il corrige quand le scénario se calme. Aujourd’hui autour de 89 000 $, il reste sensible au moindre signal sur le yuan et sur l’ampleur réelle des mesures chinoises.
