L’idée n’est plus théorique. En mai 2025, le Royaume-Uni a rejeté l’hypothèse d’une réserve nationale en Bitcoin, tandis que les États-Unis ont officialisé l’inverse : conserver durablement une partie du BTC saisi, au lieu de le revendre. Autrement dit, Londres ferme la porte. Washington a déjà mis la clé sous le paillasson.
En bref :
- Le Royaume-Uni refuse une réserve en Bitcoin, mais renforce sa doctrine de régulation.
- Les États-Unis, eux, ont officialisé la conservation de BTC saisis comme réserve.
- Pendant que les États hésitent, les entreprises accélèrent et changent l’équilibre.
Le “non” britannique : doctrine, pas indifférence
La phrase a claqué comme un tampon sur un dossier : “pas approprié pour notre marché”. Emma Reynolds l’a prononcée lors d’un événement du Financial Times, et le message a été répété noir sur blanc au Parlement : le Trésor n’a “aucun projet” de réserve en BTC.
Ce refus n’est pas un rejet de la crypto en bloc. Le Royaume-Uni pousse une ligne qui lui est familière : reprendre le cadre financier existant, et l’étendre. L’idée tient en une formule : même risque, même régulation. Sur le papier, c’est propre. Dans la vraie vie, c’est un puzzle, parce que la décentralisation casse les points d’ancrage habituels.
Et pourtant, “non” ne veut pas dire “jamais”. Le pays a choisi une posture de contrôle, pas d’adoption. Il veut être un hub, mais sans prendre le risque politique d’un actif volatil dans les réserves. C’est une stratégie de réputation. Elle évite la photo qui vieillit mal.
Washington avance par la porte de service, puis met une pancarte
L’approche américaine a longtemps été pragmatique : accumuler du Bitcoin sans le dire, via les saisies. Le tournant est arrivé le 6 mars 2025, quand un ordre exécutif a posé une doctrine : garder environ 200 000 BTC saisis et les traiter comme une réserve de long terme, avec audit des avoirs et cadre de gestion.
Ce n’est pas un détail de communication. Pendant des années, l’État fédéral vendait régulièrement du BTC issu d’affaires criminelles. Le même ordre souligne d’ailleurs que des ventes passées, vues comme “raisonnables” à l’époque, paraissent aujourd’hui dérisoires face aux prix actuels. C’est une manière élégante de dire : on ne veut plus répéter ça.
La mécanique des saisies, elle, continue. On l’a vu avec des dossiers géants, comme la récupération de plus de 50 000 BTC liés à Department of Justice dans l’affaire Zhong. Et on l’a vu encore plus brutalement avec une saisie de 127 271 BTC, présentée comme un record historique aux États-Unis.
Les États fédérés testent la réserve, chacun dans son coin
En parallèle, certains États veulent leur propre “mini Fort Knox”. Le Tennessee, par exemple, a remis le sujet sur la table avec une proposition de réserve stratégique en Bitcoin, limitée à une fraction de certains fonds publics. Ce n’est pas encore une norme nationale. C’est un laboratoire à ciel ouvert.
À Washington, le débat existe aussi au Congrès. La proposition “BITCOIN Act of 2025”, portée par Cynthia Lummis, montre que l’idée d’une réserve ne vit plus seulement dans les cercles crypto. Elle est entrée dans le droit en gestation, même si le parcours législatif est long.
Et pendant que Londres dit “pas pour nous”, Londres et Washington parlent quand même. Un groupe transatlantique de coopération sur marchés et actifs numériques a été annoncé, avec un calendrier de travail et un rapport attendu. On est loin d’un divorce. On est dans une négociation de méthode.
Quand les entreprises deviennent des mini-Trésors
Le vrai renversement, c’est ailleurs. Les entreprises cotées jouent une partition que les États hésitent à assumer. Strategy (ex-MicroStrategy) a officialisé sa mue totale, jusqu’au changement de nom légal en 2025. Son message est limpide : le Bitcoin n’est plus un placement, c’est une identité.
Ce mouvement a contaminé des profils inattendus. Semler Scientific a communiqué des avoirs de 5 021 BTC à l’été 2025, ce qui aurait semblé absurde quelques années plus tôt pour une entreprise de santé. Le point n’est pas la taille. C’est le précédent.
Même Tesla, plus discret, maintient un stock de 11 509 BTC selon ses informations relayées début 2025. On peut aimer ou non cette stratégie. Mais elle crée une pression silencieuse : si des bilans privés normalisent le Bitcoin, les bilans publics finissent par devoir répondre, au minimum sur la conservation, la sécurité et la transparence.
