Le débat américain sur la “structure du marché crypto” vient de se figer, et le timing n’est pas anodin. Au moment même où Bitcoin repasse au-dessus des 96 000–97 000 $, la commission bancaire du Sénat a repoussé l’examen de son texte, après le retrait du soutien de Coinbase.
Un report qui change l’ambiance, pas la tendance de fond
La Senate Banking Committee a mis en pause la séance de “markup” du projet de loi, quelques heures après la sortie publique de Brian Armstrong. Coinbase a jugé le texte “pire que le statu quo”, et le calendrier a déraillé.
Ce report ne signifie pas “fin du projet”. Tim Scott, qui préside la commission, parle plutôt d’une pause et de discussions qui continuent en coulisses. Mais en marché, une pause politique ressemble souvent à un brouillard. Et dans le brouillard, les traders se raccrochent à ce qu’ils peuvent mesurer : le prix, le flux, la liquidité.
Dans les heures qui ont suivi, Bitcoin est resté haut, autour de 96 000 $ et plus, après un sommet proche des 97 700 $ la veille selon la presse financière. Autrement dit, la réaction n’a pas été un “nope” violent. Plutôt un micro-hoquet, puis l’habitude : le marché crypto avance même quand Washington hésite.
Ce que Coinbase a vraiment contesté, et pourquoi ça compte pour Bitcoin
Le retrait de Coinbase n’est pas un simple geste d’humeur. L’exchange a pointé plusieurs points sensibles : risque de blocage des actions tokenisées, restrictions sur la DeFi, accès élargi aux données financières, et un coup de frein potentiel aux “récompenses” liées aux stablecoins. Ce sont des sujets explosifs, parce qu’ils touchent à la fois l’innovation et la frontière avec le secteur bancaire.
Derrière la formule “structure du marché crypto”, il y a une question très concrète : qui supervise quoi, et à quel moment un token bascule du côté “commodity” ou “security”. Le texte discuté vise notamment à clarifier ce partage et à donner un rôle de supervision du marché spot à la CFTC. Sur le papier, c’est le type de clarté que l’industrie réclame depuis des années.
Le paradoxe, c’est que cette quête de clarté peut créer de nouvelles zones rouges. Coinbase suggère que certaines formulations reviendraient à interdire de fait des usages entiers. Résultat : la “loi attendue” devient une “loi risquée”. Et quand un acteur de cette taille décroche, les sénateurs comprennent vite que la photo de famille est floue.
Les ETF comme moteur discret : Bitcoin préfère les chiffres aux discours
Si Bitcoin tient le cap malgré l’incertitude, c’est aussi parce que l’histoire du moment n’est pas seulement politique. Elle est mécanique. Les ETF spot américains restent un thermomètre suivi au jour le jour, parce qu’ils traduisent la demande de manière lisible, presque brutale. Un jour d’entrées peut peser plus qu’un tweet, et parfois plus qu’une audition reportée.
L’appétit institutionnel demeure, même quand la régulation patine. L’idée n’est pas que les investisseurs ignorent Washington. C’est plutôt qu’ils ont appris à vivre avec l’imperfection réglementaire, tant que l’accès au produit (ETF, custody, exécution) est là et que la liquidité suit.
Ce contexte aide à comprendre un mouvement qui surprend toujours les nouveaux venus : l’incertitude ne fait pas automatiquement baisser Bitcoin. Elle peut même le soutenir, si le marché estime que “pas de loi” vaut mieux qu’une mauvaise loi. C’est exactement la logique que Coinbase a martelée, et que certains investisseurs traduisent en une phrase : pas de surprise, c’est déjà une bonne nouvelle.
À court terme, le niveau psychologique est évident : 100 000 $. Le passage au-dessus de 97 000 $ a rallumé le narratif d’un retour vers les sommets, et plusieurs analystes relayés par la presse évoquent un potentiel de poursuite si la dynamique tient. Mais le chemin n’est pas une autoroute. C’est souvent une série de sprints, puis des pauses.
