Le chantier réglementaire américain sur les actifs numériques avance, mais à pas comptés. Alors que les élus américains présentent le CLARITY Act comme l’un des textes les plus attendus pour enfin clarifier le marché crypto aux États-Unis, son calendrier se complique encore. Le chef de la majorité au Sénat, John Thune, a indiqué qu’il ne s’attendait pas à voir le projet franchir la commission bancaire avant avril 2026, un nouveau signal de ralentissement pour un secteur qui réclame depuis des mois des règles plus lisibles.
En bref :
- John Thune repousse le CLARITY Act, freinant la régulation crypto.
- Le Sénat privilégie d’autres priorités, retardant encore le texte attendu.
- Sans cadre clair, l’industrie crypto américaine reste dans l’incertitude réglementaire.
Un report qui refroidit les espoirs du secteur
Le message de John Thune a le mérite d’être limpide. Selon les propos relayés ces dernières heures, le patron de la majorité républicaine au Sénat estime que le texte sur la structure de marché ne devrait pas sortir de la Senate Banking Committee avant la période d’avril. Autrement dit, la fenêtre d’une adoption rapide s’éloigne encore, alors même que l’industrie crypto américaine attend ce cadre depuis longtemps.
Ce retard n’arrive pas par hasard. Depuis le début de l’année, le CLARITY Act se heurte à plusieurs points de friction, en particulier autour du traitement des stablecoins et de la question sensible du rendement. Les banques traditionnelles et les acteurs crypto s’opposent sur la possibilité pour certains émetteurs ou plateformes de proposer des mécanismes assimilables à une rémunération, un sujet qui bloque une partie des négociations à Washington.
À cela s’ajoute un facteur très politique. Thune a rappelé que le Sénat se concentre actuellement sur d’autres priorités législatives, notamment le SAVE America Act, qu’il a lui-même annoncé vouloir porter au vote au Sénat la semaine du 16 mars 2026. Dans ce contexte, la crypto n’est pas abandonnée, mais elle passe clairement derrière d’autres urgences parlementaires.
Pourquoi ce délai compte vraiment pour la crypto
Ce report ne relève pas d’un simple détail de procédure. Sans cadre clair, les entreprises crypto opérant aux États-Unis continuent d’évoluer dans une zone grise où la frontière entre la compétence de la SEC et celle de la CFTC reste une source d’incertitude. Le projet de loi vise précisément à clarifier la nature juridique de nombreux actifs numériques et à mieux définir qui supervise quoi.
En pratique, chaque semaine de retard nourrit la même impression : celle d’un marché américain encore incapable de trancher sa propre doctrine. Certes, des efforts ont été engagés pour réduire les conflits d’interprétation entre régulateurs, mais sans adoption du CLARITY Act, les entreprises et les investisseurs restent suspendus à des arbitrages politiques et administratifs qui peuvent changer rapidement. L’effet est connu : prudence accrue des sociétés, décisions d’investissement repoussées et compétitivité affaiblie face à d’autres juridictions plus rapides.
Le débat dépasse d’ailleurs la technique juridique. Plusieurs responsables politiques et représentants du secteur estiment qu’un blocage prolongé pourrait faire perdre aux États-Unis du terrain dans la course mondiale aux actifs numériques. Cet argument revient de plus en plus souvent à Washington : à force de temporiser, les États-Unis laissent d’autres puissances façonner les standards de demain. Reuters rapportait déjà en janvier que l’approche du Sénat restait freinée par des désaccords sur la lutte anti-blanchiment, la DeFi et les stablecoins, malgré l’importance stratégique du texte.
Avril n’est pas une fin pour le CLARITY Act, mais ce n’est pas non plus un détail
Le plus important, ici, est de ne pas confondre retard et abandon. John Thune n’a pas enterré le CLARITY Act. Il a simplement refroidi l’idée d’une progression express. Cela signifie qu’avril pourrait devenir un nouveau point de bascule, mais certainement pas une garantie d’adoption immédiate.
Cette nuance compte, car plusieurs voix à Washington continuent d’afficher un certain optimisme sur 2026. Reuters signalait en janvier que, malgré les blocages, le texte restait au cœur des discussions sur la future architecture réglementaire américaine, avec un objectif assumé : mettre fin au flou qui entoure le classement des tokens et le partage des compétences entre autorités.
