La Corée du Sud va étendre sa Travel Rule à tous les transferts crypto entre plateformes enregistrées, quelle que soit leur valeur. Le seuil actuel de 1 million de wons, soit environ 700 dollars, doit disparaître. Séoul veut empêcher les utilisateurs de fractionner leurs transferts en petites opérations pour contourner les dispositifs de lutte contre le blanchiment.
Crypto : la Travel Rule s’appliquera dès le premier won
Cette extension s’inscrit dans la grande remise à plat réglementaire que prépare Séoul. Jusqu’à présent, la transmission obligatoire des informations relatives à l’expéditeur et au bénéficiaire concernait surtout les transferts crypto d’au moins 1 million de wons entre prestataires enregistrés.
Cette limite doit être supprimée. Les plateformes devront transmettre les informations requises même pour une opération de faible montant. La plateforme qui reçoit les fonds devra aussi vérifier que les données nécessaires sont disponibles. Elle pourra demander les renseignements manquants ou refuser le transfert.
La Financial Services Commission expliquait déjà que l’obligation actuelle, limitée aux transferts domestiques d’au moins 1 million de wons, serait étendue aux montants inférieurs. Selon le régulateur, environ 60 % des transferts entre prestataires sud-coréens concernaient des montants inférieurs à ce seuil au second semestre 2025.
Le changement cible une faille assez simple : le fractionnement. En divisant une somme importante en dizaines ou centaines de petits transferts, certains utilisateurs pouvaient rester sous le seuil réglementaire à chaque opération.
216 transferts de moins de 1 million de wons alertent Séoul
Les autorités donnent un exemple particulièrement parlant. Un utilisateur aurait versé environ 200 millions de wons sur un exchange pendant trois mois avant d’acheter du Tether. Il aurait ensuite réalisé 216 retraits, tous inférieurs à 1 million de wons.
La Financial Intelligence Unit considère ce type de comportement comme potentiellement destiné à éviter la traçabilité réglementaire. Fractionner autant de transactions augmente les frais et demande davantage de temps. L’absence d’avantage économique évident peut donc attirer l’attention des dispositifs de surveillance.
Cette logique rejoint les inquiétudes déjà visibles dans l’affaire des 3,4 millions de XRP volés dans une arnaque diffusée sur YouTube en Corée du Sud. Les autorités veulent fermer les angles morts utilisés par les fraudeurs, qu’il s’agisse d’escroqueries, de retraits fractionnés ou de transferts vers des contreparties difficiles à identifier.
En supprimant complètement le seuil, Séoul retire cette possibilité. Un transfert de faible montant entre deux prestataires enregistrés devra désormais suivre les mêmes exigences fondamentales d’identification qu’une transaction plus importante.
Les portefeuilles personnels seront davantage contrôlés
Les nouvelles règles ne s’arrêtent pas aux exchanges sud-coréens. Les transferts vers les plateformes étrangères et les portefeuilles personnels feront également l’objet d’un contrôle basé sur le niveau de risque.
Les transactions avec des exchanges étrangers considérés comme peu risqués pourront être autorisées. Pour d’autres plateformes étrangères et les portefeuilles personnels, les transferts seront généralement permis lorsque l’expéditeur et le bénéficiaire sont la même personne. Les contreparties classées à haut risque pourront être totalement bloquées.
Cette orientation s’inscrit dans les standards internationaux. Le GAFI demande aux prestataires d’actifs virtuels de collecter et transmettre les informations sur l’expéditeur et le bénéficiaire lorsqu’ils réalisent des transferts. La Corée du Sud pousse désormais cette logique plus loin sur les petites opérations domestiques.
Les plateformes locales devront aussi mettre en place leur propre système de surveillance pour certaines transactions d’au moins 10 millions de wons impliquant des exchanges étrangers ou des portefeuilles personnels. Les autorités disent avoir observé une augmentation des soupçons de blanchiment utilisant précisément ces canaux.
Les exchanges devront aussi renforcer leur structure
Séoul durcit parallèlement les conditions d’enregistrement des prestataires crypto. Les autorités examineront davantage leur santé financière, leurs équipes, leurs systèmes informatiques, leurs dispositifs de sécurité et leurs mécanismes de contrôle interne.
La mesure arrive dans un marché sud-coréen très sensible aux mouvements de capitaux. Lorsque les volumes crypto sud-coréens ont explosé pendant la chute du KOSPI, l’activité des particuliers a montré à quel point les plateformes locales peuvent redevenir centrales en période de stress financier.
Les principaux actionnaires entreront aussi davantage dans le champ de l’examen réglementaire. Certaines exigences prévoient notamment un ratio d’endettement maximal et l’absence de graves antécédents financiers ou judiciaires. Les entreprises déjà enregistrées disposeront d’un délai supplémentaire pour respecter certaines nouvelles conditions.
Les dispositions concernant l’enregistrement des prestataires doivent commencer à entrer en vigueur le 20 août 2026. La Travel Rule élargie et plusieurs obligations liées aux transferts prendront effet six mois après la promulgation du décret.
La Corée du Sud ne cherche donc pas à interdire les transferts crypto. Elle tente plutôt de supprimer les zones où l’identité pouvait disparaître derrière de petites opérations répétées. Pour les utilisateurs, même un transfert modeste entre plateformes réglementées deviendra beaucoup plus traçable.
En bref
- La Corée du Sud supprime le seuil de 1 million de wons de sa Travel Rule.
- Tous les transferts entre plateformes enregistrées seront concernés.
- Les portefeuilles personnels et exchanges étrangers subiront aussi davantage de contrôles.
