Le restaking a beaucoup de capital, peu de revenus
Le principe du restaking était séduisant. Un utilisateur stake ses ETH pour sécuriser Ethereum et toucher un rendement. Le même capital peut ensuite être « restaké » pour sécuriser d’autres services, comme des oracles ou des réseaux de disponibilité des données, contre une rémunération supplémentaire.
Cette promesse collait parfaitement à l’époque où la DeFi cherchait encore du rendement partout. Le problème est apparu plus tard : la demande pour acheter cette sécurité supplémentaire n’a jamais progressé aussi vite que l’argent déposé.
Au sommet, EigenLayer avait atteint environ 19,7 milliards $ de TVL. Le secteur du restaking comptait encore 10,02 milliards $ le 8 septembre 2026, mais seulement 99 977 $ de frais sur sept jours. À capital sécurisé équivalent, CoinDesk estime que le liquid staking classique générait environ 53 fois plus de revenus.
La photographie actuelle de DefiLlama reste sévère : environ 10,16 milliards $ de TVL, pour seulement 46 414 $ de frais sur sept jours et moins de 3 000 $ comptabilisés comme revenus du protocole sur la période. Les méthodologies peuvent varier, mais l’écart entre capital immobilisé et argent réellement capté reste énorme.
Beaucoup de sécurité est disponible. Peu de clients semblent prêts à payer suffisamment cher pour elle.
Ether.fi commence déjà à tourner la page
Le symbole le plus parlant vient d’ether.fi.
Au lancement, les dépôts de la plateforme étaient automatiquement restakés via EigenLayer. En août, ether.fi a retiré cette mécanique de weETH, son principal token liquide. Moins de 1 % de ses actifs étaient encore restakés selon la documentation citée par CoinDesk, tandis que les derniers liens techniques avec EigenLayer doivent disparaître.
Mike Silagadze, le patron d’ether.fi, explique cette décision par une combinaison assez simple : peu de rendement supplémentaire et davantage de risque.
Depuis avril 2025, le slashing est effectivement actif sur EigenLayer. Ce mécanisme permet à un service de pénaliser un opérateur qui ne respecte pas certaines conditions, jusqu’à lui faire perdre une partie du capital engagé. Eigen Labs présente lui-même cette fonctionnalité comme le moyen de rendre les engagements économiques réellement exécutoires.
Le rendement supplémentaire doit donc compenser un risque qui, lui, est devenu concret.
Cette équation devient difficile à défendre lorsque les revenus stagnent. Elle prend encore plus de poids dans une DeFi déjà confrontée à une multiplication des piratages et incidents de smart contracts.
Ether.fi n’abandonne pas toute son activité. L’entreprise se rapproche plutôt d’un modèle de néobanque crypto, avec staking, carte, emprunt et produits de trésorerie. Ses propres comptes montrent pourquoi : au deuxième trimestre 2026, les frais liés à sa carte ont produit environ 3,14 millions $ de profit brut, tandis que les récompenses de restaking EigenLayer en représentaient 2,87 millions.
Les petits protocoles gagnent presque rien
Chez les autres acteurs, les chiffres sont encore plus modestes.
Renzo, Kelp, Swell, Puffer Finance et Bedrock ont généré ensemble environ 953 350 $ de profit brut au deuxième trimestre 2026. Trois trimestres auparavant, ils atteignaient 2,18 millions $. Puffer n’a dégagé que 21 590 $ sur le trimestre, Swell environ 22 370 $.
Kelp illustre bien le problème. Au deuxième trimestre, le protocole affichait 9,43 millions $ de revenus bruts. Une grande partie correspondait pourtant simplement aux récompenses de staking reversées aux utilisateurs. Une fois les coûts retirés, son profit brut tombait à environ 415 000 $. Les récompenses EIGEN, elles, apparaissaient à 460 600 $ aussi bien dans les revenus que dans les coûts : l’argent ne restait pas dans le protocole.
Dit autrement, une grosse TVL ne constitue pas nécessairement un business.
C’est probablement la leçon la plus intéressante de cet épisode. La DeFi commence à devoir démontrer autre chose que sa capacité à attirer des milliards grâce aux points, airdrops et récompenses. Cette évolution rejoint le déplacement d’Ethereum vers des usages plus institutionnels comme les RWA, où la question du revenu repose davantage sur des services réellement achetés.
Le restaking n’est pas mort. EigenLayer sécurise encore des milliards de dollars et continue de développer son marché de services vérifiables. Mais la première phase est terminée : le capital est arrivé bien avant les clients capables de le rémunérer.
Après la ruée vers la TVL, le restaking entre dans une période beaucoup plus ordinaire. Il doit maintenant gagner de l’argent.