La relation commence bien avant la crypto
Selon son récit publié sur le subreddit r/Scams, l’homme rencontre sur Tinder une femme qui affirme être chinoise et vivre à l’étranger pour son travail. Ils commencent à discuter quotidiennement. Les conversations deviennent personnelles, puis suffisamment intimes pour qu’il considère la relation comme réelle.
Ce schéma rappelle directement les usines à arnaques crypto suivies par FinCEN, où la première étape consiste rarement à parler immédiatement d’argent.
Pendant plusieurs semaines, la crypto n’est pas au centre des échanges.
Puis la femme commence à évoquer ses investissements et les profits qu’elle affirme réaliser. Elle lui propose de l’aider à investir à son tour. L’homme accepte et se retrouve dirigé vers une plateforme qui, selon lui, semblait parfaitement légitime.
Le solde évolue. Les gains apparaissent. L’interface fonctionne.
C’est précisément là que l’arnaque devient efficace : le chiffre visible à l’écran n’est pas nécessairement de l’argent réellement investi.
Le FBI décrit le même mécanisme dans ses alertes sur les fraudes d’investissement crypto. Les criminels utilisent des sites ou applications d’apparence professionnelle, affichent des rendements fictifs et peuvent même parfois autoriser un petit retrait au début afin de renforcer la confiance de la victime.
Les 30 000 euros disparaissent progressivement
L’internaute affirme ne pas avoir transféré immédiatement ses 30 000 euros.
Les versements auraient augmenté progressivement pendant plusieurs mois, à mesure que son prétendu portefeuille affichait des performances encourageantes. À la fin, environ 30 000 euros, destinés à constituer l’apport pour l’achat d’une maison, avaient été envoyés sous forme de cryptomonnaies.
Puis vient le retrait.
La plateforme lui demande soudain de payer des « frais » et des « taxes » supplémentaires avant de pouvoir récupérer son argent.
C’est presque la signature du système.
Le FBI avertit explicitement que lorsqu’une fausse plateforme réclame une taxe, un dépôt ou des frais supplémentaires pour débloquer un retrait, payer davantage ne permet généralement pas de récupérer les fonds. L’argent envoyé est déjà sous le contrôle des fraudeurs.
La crypto facilite alors le transfert international, même si elle n’est pas l’origine de la manipulation. BrefCrypto avait déjà retracé 12,7 milliards de dollars d’activité suspecte liée à ces réseaux, avec une utilisation particulièrement importante des stablecoins lorsque les criminels déplacent ou blanchissent les fonds.
Le témoignage Reddit suit donc une mécanique désormais très industrialisée : rencontre, confiance, investissement, faux profits, dépôts croissants, blocage du retrait puis demande d’argent supplémentaire.
Pas besoin de pirater un wallet.
La victime effectue elle-même les transferts.
Une industrie qui commence sur Tinder
Le FBI parle de confidence-enabled cryptocurrency investment fraud. Le terme souvent utilisé dans le secteur est « pig butchering », même si les autorités américaines utilisent de plus en plus une terminologie moins dégradante pour les victimes.
Le phénomène dépasse largement Tinder.
Les premiers contacts peuvent venir d’applications de rencontre, de réseaux sociaux, de SMS ou de messageries. Le FBI explique que les criminels consacrent parfois des semaines ou des mois à construire la relation avant d’évoquer l’investissement. Certaines organisations utilisent même des personnes réelles, des appels vidéo ou des technologies de deepfake pour rendre leur personnage crédible.
Les montants sont devenus considérables. En 2025, les Américains ont signalé au FBI plus de 11 milliards de dollars de pertes liées à des plaintes impliquant la crypto, sur 181 565 signalements. La fraude à l’investissement reste l’une des principales sources de pertes.
Les autorités tentent maintenant d’identifier les victimes avant le dernier transfert. L’opération Level Up du FBI avait déjà permis de prévenir plus de 8 100 personnes fin 2025. Fait révélateur : 77 % ignoraient encore qu’elles étaient victimes d’une arnaque lorsqu’elles ont été contactées par les enquêteurs.
Cette industrialisation explique pourquoi les États-Unis et le Royaume-Uni ciblent désormais directement les scam centers et leurs infrastructures.
Dans le cas raconté sur Reddit, impossible de confirmer l’identité de la victime, celle de la prétendue femme ou même la réalité des 30 000 euros perdus. Plusieurs membres du forum ont d’ailleurs souligné que le compte était récent et que le récit pouvait avoir été assisté par IA ou inventé.
Ce doute ne change toutefois pas le mécanisme décrit.
Il correspond presque étape par étape à des milliers de dossiers réels recensés par les autorités : une personne rencontrée en ligne gagne d’abord la confiance, parle ensuite d’investissement, dirige vers une plateforme inconnue et finit par réclamer des « taxes » au moment du retrait.
Le signal d’alarme peut donc tenir en une règle très simple : une relation née sur Tinder, WhatsApp ou Instagram ne devrait jamais devenir votre conseiller en investissement crypto.