L’intelligence artificielle pourrait menacer moins d’emplois dans les pays en développement qu’elle n’en améliore. Selon le World Development Report 2026 de la Banque mondiale, 4,5 % des emplois des économies à revenu faible ou intermédiaire présentent un risque d’automatisation par l’IA générative. À l’inverse, 16,2 % pourraient bénéficier d’une augmentation significative de leur productivité. Le défi ne consiste donc pas seulement à protéger les emplois, mais aussi à donner aux travailleurs les moyens d’utiliser ces outils.
IA : seulement 4,5 % des emplois directement menacés
Ce constat rejoint les projets d’IA appliquée que Google développe à Accra. Dans les pays à revenu élevé, 14,2 % des emplois présentent un risque d’automatisation par l’IA générative. Cette proportion dépasse trois fois celle observée dans les économies à revenu faible ou intermédiaire, selon le communiqué du World Development Report 2026.
Cette différence vient en partie de la structure du travail. Les économies moins avancées comptent davantage d’emplois manuels et moins de professions fortement centrées sur des tâches cognitives que les systèmes d’IA peuvent déjà reproduire. La Banque mondiale estime donc que, dans l’immédiat, l’IA devrait davantage compléter les travailleurs que les remplacer.
Cela ne signifie pas que les suppressions d’emplois disparaissent. Les premiers signes de perturbation se concentrent dans certains services intensifs en connaissances. Une étude associée au rapport, fondée sur 555 millions d’offres d’emploi dans 84 pays, observe une baisse relative de la demande pour les professions les plus vulnérables dans les pays riches. L’effet reste beaucoup plus faible et statistiquement non significatif dans les économies à revenu faible ou intermédiaire.
16,2 % des emplois pourraient surtout gagner en productivité
La donnée la plus importante se trouve ailleurs. Dans les économies en développement, 16,2 % des emplois pourraient être significativement augmentés par l’IA, contre 18,7 % dans les pays riches. L’écart devient donc beaucoup plus faible lorsqu’on mesure le potentiel d’assistance plutôt que celui de remplacement.
Il s’agit d’un potentiel estimé, pas d’un gain déjà observé pour tous ces travailleurs. Un médecin peut utiliser l’IA pour accélérer certains diagnostics. Un agriculteur peut obtenir de meilleures prévisions météorologiques. Un enseignant peut préparer plus rapidement certains contenus pédagogiques. Les administrations peuvent aussi améliorer la collecte fiscale, la santé, l’éducation ou la réponse aux catastrophes.
Ces usages correspondent aux priorités de l’alliance sur l’IA préparée par le Rwanda et l’Égypte, qui vise notamment la santé, l’agriculture, les services publics et les langues locales.
La Banque mondiale insiste sur la « small AI ». Les pays en développement n’ont pas nécessairement besoin de construire leurs propres modèles géants ou centres de données hyperscale. Des systèmes moins coûteux, adaptés aux langues locales et accessibles par téléphone basique, message ou appel vocal peuvent déjà produire des gains importants.
L’Afrique risque pourtant de manquer cette opportunité
Le potentiel technologique ne suffit pas. En Afrique subsaharienne, près d’un tiers des écoles rurales n’ont toujours pas accès à une électricité fiable. Plus des deux tiers ne disposent pas d’une connexion Internet suffisamment fiable. Dans ces conditions, parler d’adoption massive de l’intelligence artificielle reste prématuré dans de nombreuses régions.
Les obstacles concernent aussi les compétences, les données locales et la puissance informatique. Une IA entraînée principalement sur des données provenant de pays riches peut fournir des réponses moins pertinentes ailleurs. Les systèmes doivent donc être adaptés aux langues, aux institutions et aux réalités locales plutôt que simplement importés.
Le rapport propose une stratégie en trois étapes : adopter les outils déjà disponibles, les adapter aux besoins locaux puis, lorsque les capacités le permettent, avancer vers des technologies plus sophistiquées. Cette logique rejoint le triptyque données, infrastructures et compétences placé au cœur de la stratégie numérique et IA de l’Algérie.
L’IA peut réduire un retard ou l’aggraver
La Banque mondiale estime que l’IA pourrait permettre à certaines économies de réaliser en une décennie des progrès qui auraient autrefois demandé beaucoup plus longtemps. La diffusion de cette technologie se déroule en effet plus rapidement que celle des précédentes grandes innovations. Les pays à revenu intermédiaire représentaient déjà la moitié du trafic mondial de ChatGPT six mois après son lancement.
Mais la fenêtre reste étroite. Les modèles les plus avancés, les puces et les grands centres de données restent concentrés entre quelques entreprises et quelques économies. Sans électricité, Internet abordable, compétences et données locales, les pays les moins avancés pourraient une nouvelle fois rester consommateurs de technologies produites ailleurs.
Le risque pour l’emploi apparaît donc plus subtil qu’une simple vague de remplacement. Une partie des tâches peut être automatisée. Une proportion plus importante des emplois pourrait gagner en productivité. La fracture se jouera surtout entre les travailleurs qui auront accès à des outils adaptés et ceux qui resteront hors ligne.
En bref
- L’IA générative menacerait directement 4,5 % des emplois dans les pays en développement.
- Elle pourrait augmenter significativement la productivité de 16,2 % des emplois.
- Électricité, Internet, compétences et données locales détermineront largement qui profitera de cette transformation.
