Le marché crypto a rebondi dès les premiers jours de 2026, porté par un retour du goût du risque sur les memecoins et par un signal très concret de Tether. On sent moins de crispation qu’en fin 2025. Et, pour une fois, la dynamique ne vient pas d’un seul endroit. Elle arrive par vagues.
Memecoins : le thermomètre du risque
La hausse la plus bruyante vient des memecoins. Dogecoin et PEPE ont démarré l’année avec des gains rapides, et des volumes qui rappellent que ce segment reste une salle de marché à ciel ouvert. Quand ces jetons s’animent, ce n’est pas un vote sur la technologie. C’est un vote sur l’humeur.
Ce regain d’appétit n’a rien de mystique. Beaucoup d’investisseurs avaient réduit la voilure en décembre, et attendaient un prétexte pour reprendre du risque. Les memecoins offrent ce prétexte, parce qu’ils bougent vite. Ils permettent aussi de “tester” la liquidité, sans toucher immédiatement aux grandes capitalisations.
Le plus intéressant, c’est la contagion. Quand les memecoins montent, les jetons narratifs suivent, y compris ceux liés à l’IA. Le marché ne demande pas encore des bilans. Il veut une histoire qui tient debout deux ou trois séances. Cela suffit à lancer une rotation, même si elle reste fragile.
CLARITY Act : le retour d’un cap réglementaire
Dans l’ombre du bruit spéculatif, Washington remet un peu de structure sur la table. Le CLARITY Act, officiellement “Digital Asset Market Clarity Act of 2025”, cherche à clarifier le partage des rôles entre la SEC et la CFTC. L’objectif affiché est de réduire la zone grise qui a longtemps plombé le secteur aux États-Unis.
Une loi ne fait pas monter les prix toute seule. En revanche, elle change le type d’argent qui ose entrer. Les institutions aiment les cadres, même imparfaits. Elles détestent l’arbitraire. À ce stade, le texte agit surtout comme un antidote au “régulation par surprise”.
Ce débat dit aussi quelque chose de la maturité du marché crypto. Pendant des années, la politique était vécue comme un danger exogène. Elle devient un paramètre de valorisation, au même titre que la liquidité ou les taux. C’est moins romantique. C’est souvent plus durable.
Tether : 8 888 BTC et un message à double tranchant
Tether a ajouté 8 888 BTC à sa trésorerie, ce qui porterait ses avoirs au-delà des 96 000 bitcoins, selon des informations relayées par plusieurs médias spécialisés et une communication du dirigeant de l’entreprise. Le chiffre est presque un clin d’œil. Mais l’effet psychologique est sérieux : il rappelle que certains acteurs achètent “en continu”, pas seulement sur euphorie.
Ce choix s’inscrit dans une logique simple. Les revenus de Tether, largement liés à la gestion de réserves et aux taux sur les bons du Trésor, peuvent être réinjectés en bitcoin. Au passage, USDT cesse d’être un simple parking. Il devient un rouage de demande, silencieux mais régulier.
Sauf que la médaille a un revers. Plus Tether diversifie vers des actifs risqués, plus la question de la transparence revient, comme une ritournelle. S&P a d’ailleurs abaissé son appréciation de la qualité des réserves, en pointant l’exposition croissante à des actifs volatils et des zones d’opacité.
La trésorerie comme produit : l’effet Twenty One
L’histoire ne s’arrête pas au bilan de Tether. Le groupe soutient aussi des véhicules “bitcoin-native”, dont Twenty One Capital, lancé via une opération avec Cantor Equity Partners et adossé à Tether, Bitfinex et SoftBank. Au démarrage, l’entité communiquait sur plus de 43 500 BTC, avec l’ambition de bâtir des activités autour du bitcoin, pas seulement de le stocker.
Cette approche ressemble à une industrialisation du modèle “trésorerie en BTC”. Elle vise à capter des capitaux longs, via des structures cotées, et à transformer la réserve en plateforme. Le marché, lui, reste méfiant quand la feuille de route est encore courte. La première séance de cotation a montré que la patience n’est pas automatique.
Pour 2026, la leçon est nette. La crypto peut monter grâce au spectacle des memecoins, mais elle se renforce quand des acteurs solides mettent leur réputation sur la table. La question n’est pas “qui pump”. La question est “qui tient” quand le cycle se retourne. Et cette semaine, quelques réponses ont commencé à apparaître.
