Peter Thiel a soldé sa position dans ETHZilla. Zéro action en portefeuille, alors qu’il détenait encore environ 7,5 % quelques mois plus tôt, selon un document déposé auprès de la SEC.
Le signal est brutal, parce qu’ETHZilla s’était justement construite une image de “trésorerie Ethereum” version Nasdaq. Et parce que le retrait arrive au moment où la société change de récit, avec un produit de tokenisation lié à l’aviation et une action qui glisse.
En bref :
- Peter Thiel a vendu toute sa position dans ETHZilla, selon un dépôt SEC.
- ETHZilla accélère vers la tokenisation avec l’Eurus Aero Token I, mais l’action recule.
- L’épisode fragilise le narratif des “trésoreries Ethereum” côté Wall Street.
Une sortie qui pèse plus que le chiffre
Dans la crypto, les gros investisseurs vendent souvent sans faire de bruit. Ici, le bruit vient du symbole. Thiel n’est pas un trader de passage. Son nom suffit à déplacer une perception, surtout sur des modèles hybrides entre TradFi et actifs numériques.
Ce départ coupe court à une lecture simple : “les milliardaires valident les trésoreries Ethereum”. L’été dernier, l’idée paraissait presque évidente. Une entreprise cotée, une réserve d’ETH, et une promesse d’offrir une exposition réglementée à Ethereum sans passer par un exchange.
Le problème, c’est que ces véhicules vivent sur une corde raide. Ils ne sont ni de la pure tech, ni un ETF. Leur valorisation devient vite un mélange instable entre le prix de l’ETH, la confiance dans le management, et la liquidité boursière. Quand un investisseur “référence” sort, tout le monde réévalue la corde.
ETHZilla, une “trésorerie Ethereum” qui s’est vite heurtée au réel
ETHZilla n’est pas née crypto. La société s’appelait 180 Life Sciences, puis a changé de nom et de ticker pour devenir ETHZilla (ETHZ) sur le Nasdaq. Ce détail compte : la transformation n’est pas un pivot marketing, c’est une mue complète.
Le concept était clair : accumuler de l’ETH et faire croître l’ETH “par action”, une mécanique inspirée de Strategy côté Bitcoin. Sur le papier, ça parle à Wall Street. En pratique, ça rend l’entreprise hypersensible aux cycles, surtout quand le marché demande des résultats et pas une thèse.
Et quand l’ETH se retourne, la trésorerie devient une contrainte. ETHZilla a dû gérer dettes, besoins de cash, et pression actionnariale. Vendre des ETH pour respirer, c’est rationnel. Mais c’est aussi le moment où l’histoire “on empile de l’ETH” perd sa magie. Là, l’investisseur opportuniste n’attend pas la fin du film, il sort au changement de scénario.
La tokenisation aviation, ou le plan B qui ressemble à un test de marché
Le lancement de l’Eurus Aero Token I marque une inflexion nette : moins “trésorerie Ethereum”, plus “tokenisation d’actifs réels”. L’argument est séduisant. Un actif tangible. Des flux de trésorerie. Une promesse de rendement. Et une infrastructure blockchain en arrière-plan.
Sauf que ce virage pose une question simple : est-ce une expansion logique, ou une fuite en avant quand le modèle trésorerie ne suffit plus ? La tokenisation, dans la crypto, est souvent vendue comme l’étape “adulte” du secteur. Mais elle demande autre chose que des tweets : des partenaires, des cadres juridiques, des investisseurs qualifiés, et une exécution sans accroc.
La réaction boursière a été froide, avec une baisse autour de 3 % après l’annonce. Ce n’est pas un crash. C’est un doute. Le marché a entendu “aviation”, mais il a surtout compris “nouveau pari”. Or, quand une entreprise change de pari trop vite, les actionnaires se demandent ce qui, exactement, est stable.
Ce que le marché lit entre les lignes
Le retrait de Thiel n’enterre pas Ethereum. Il ne prouve pas non plus que la tokenisation est un mirage. Il rappelle juste une réalité : dans la crypto, la confiance se paie comptant, et elle se retire encore plus vite.
Pour ETHZilla, le défi est maintenant double. Il faut expliquer pourquoi l’entreprise est plus qu’un proxy sur l’ETH. Et il faut prouver que la tokenisation n’est pas un slogan de plus, mais une machine à revenus compréhensible par des investisseurs qui comparent tout, toujours, au risque le plus simple : rester en cash.
Pour le secteur, l’épisode est un rappel utile. Les “treasury firms” crypto promettent une passerelle entre deux mondes. Mais elles subissent aussi les défauts des deux : volatilité côté crypto, exigences de reporting côté Bourse. Dans cette zone grise, chaque mouvement d’un grand nom devient un message, même quand il ne dit rien.
