Le projet de loi américain sur la structure du marché Crypto pourrait enfin avancer. Après une réunion jugée “productive” à la Maison-Blanche, Ripple évoque un compromis possible. Toutefois, les marchés demeurent prudents. Sur Polymarket, la probabilité d’adoption n’atteint plus que 56 %.
En bref
- Stuart Alderoty de Ripple affirme que « le compromis est dans l’air » après des discussions constructives mardi dernier
- Les banques acceptent pour la première fois de discuter d’exemptions sur les récompenses transactionnelles, un revirement majeur
- Échéance fixée au 1er mars : sans accord, le marché crypto américain restera paralysé pour des années
- Polymarket affiche 56% de probabilité d’adoption en 2026, en baisse par rapport au pic de 70%
CLARITY Act : Le compromis crypto tant attendu se dessine enfin à Washington
Après la sortie musclée du secrétaire au Trésor Scott Bessent, le CLARITY Act semble enfin sortir de l’impasse. La réunion du 10 février semble avoir marqué un véritable point d’inflexion dans un bras de fer réglementaire qui paralyse l’industrie crypto depuis des semaines.
Stuart Alderoty, directeur juridique de Ripple, affiche un optimisme calculé. Sur X, il évoque une session « productive » à la Maison-Blanche. Selon lui, l’occasion d’aboutir existe, mais la fenêtre politique pourrait se refermer rapidement si aucun accord n’est scellé d’ici le 1er mars, échéance évoquée en interne.
Le projet reste bloqué sur les récompenses stablecoins. Les banques redoutent une fuite de dépôts si les plateformes crypto offrent des rendements attractifs (3 à 5% contre 0,5% pour les comptes traditionnels). Pour Coinbase, l’enjeu est vital : les stablecoins représentent 20% de ses revenus. Brian Armstrong dénonce une tentative d’éliminer la concurrence par la législation.
Pourtant, un changement notable est apparu. Contrairement aux précédentes réunions, les banques sont arrivées avec une liste de concessions. Eleanor Terrett rapporte qu’elles acceptent désormais certaines exemptions sur les récompenses transactionnelles.
La réunion a rassemblé les directeurs juridiques de Coinbase, Ripple, Kraken et les représentants bancaires. Le point de friction demeure : quelles activités autoriser aux entreprises crypto ? La Maison-Blanche impose désormais un ultimatum de trouver un compromis avant le 1er mars. Passé ce délai, le risque d’enlisement augmente, avec un impact direct sur le marché crypto américain déjà fragilisé.
Ripple et Coinbase s’affrontent sur la future régulation
L’industrie crypto américaine ne parle plus d’une seule voix. Deux visions s’affrontent désormais ouvertement.
Brad Garlinghouse, PDG de Ripple, réaffirme son soutien au projet de loi. Après cinq années de confrontation avec la SEC, il estime que « La clarté vaut mieux que le chaos. » Pour Ripple, même un texte imparfait vaut mieux qu’un vide juridique prolongé. L’objectif n’est plus d’obtenir la loi idéale, mais d’ancrer enfin un cadre stable permettant aux acteurs institutionnels d’investir sans crainte réglementaire.
À l’inverse, Brian Armstrong adopte une ligne beaucoup plus combative. Le patron de Coinbase identifie quatre lignes rouges : l’interdiction des actions tokenisées, les restrictions imposées à la DeFi via des obligations d’accès aux données financières, un affaiblissement potentiel de la CFTC au profit de la SEC, et surtout l’élimination des récompenses en stablecoins. Pour lui, le texte actuel risque de figer l’innovation américaine au moment où l’Europe et l’Asie accélèrent.
Cette fracture a éclaté au grand jour à Davos en janvier. Selon plusieurs sources, Jamie Dimon, PDG de JPMorgan, aurait sèchement répondu à Armstrong : « Vous racontez n’importe quoi. » Une scène révélatrice d’un affrontement plus large entre finance traditionnelle et nouveaux acteurs numériques.
Marché sous pression, compte à rebours enclenché
Pendant que Washington négocie, le marché, lui, doute. Sur Polymarket, la probabilité d’adoption du texte est retombée à 56 %, contre 70 % en janvier. Ce recul traduit une fatigue palpable chez les investisseurs après des mois d’impasse politique.
L’enjeu dépasse la simple architecture réglementaire. Depuis octobre, le marché crypto évolue en phase corrective. L’absence de visibilité juridique freine les flux institutionnels et entretient la volatilité. Une adoption du CLARITY Act pourrait agir comme catalyseur, en restaurant la confiance et en réduisant la prime de risque réglementaire intégrée dans les valorisations.
À l’inverse, un échec prolongerait l’incertitude. Les entreprises pourraient accélérer leur délocalisation vers des juridictions plus prévisibles, affaiblissant la position stratégique des États-Unis dans l’économie numérique.
Les prochains jours seront donc déterminants. Après la réunion cruciale du 10 février à la Maison-Blanche, Stuart Alderoty évoque un accord potentiellement imminent. Reste à savoir si le compromis tiendra face aux lignes rouges de l’industrie et aux équilibres politiques de Washington.
La régulation crypto américaine entre dans sa phase critique. Soit elle apporte enfin la clarté promise. Soit elle prolonge un statu quo qui coûte déjà cher au marché.
