Le Web3 a longtemps été vendu avec une promesse simple : posséder une part du réseau grâce à un token. Mais cette promesse s’est abîmée. Trop de projets ont lancé un jeton avant d’avoir un produit. Trop de communautés ont été réduites à des chasseurs d’airdrops. Aujourd’hui, une autre question devient sérieuse : peut-on construire un Web3 utile sans token ? La réponse courte est nuancée. Un Web3 totalement sans token reste un mythe. Mais un Web3 sans token spéculatif, lui, devient un futur très réel.
Le token a été le moteur, puis le bruit
Au départ, le token avait une fonction forte. Il servait à financer, coordonner et gouverner. Il permettait de récompenser les premiers utilisateurs. En effet, Un token donnait une valeur économique à un réseau avant même que ce réseau ne génère du chiffre d’affaires classique.
C’était puissant. Parfois génial. Mais le modèle a aussi créé une maladie étrange : beaucoup de projets ont commencé par la finance, puis ont cherché une utilité ensuite. Le token est devenu une bande-annonce permanente. Un actif à acheter avant l’usage. Une promesse de rendement avant l’expérience. Dans les cycles haussiers, cela fonctionne très bien. Les utilisateurs arrivent, les volumes explosent, les influenceurs commentent, les tableaux de bord deviennent viraux. Puis le marché se retourne. Et là, on voit ce qui reste.
Souvent, il ne reste pas grand-chose. C’est le cœur du débat. Comme pour les blockchains invisibles, le Web3 n’a pas seulement besoin d’une technologie visible ou d’un token qui attire l’œil. Il a besoin de produits qui tiennent debout quand le token ne monte plus. Il a besoin d’applications que l’on utilise parce qu’elles sont meilleures, pas parce qu’un airdrop potentiel flotte dans l’air.
Le vrai problème n’est pas le token, c’est le token inutile
Un token n’est pas mauvais par nature. Bitcoin est un token, si l’on utilise le vocabulaire large du marché. Ether aussi. Les stablecoins sont des tokens. Les actifs tokenisés sont des tokens. Même une action représentée sur une blockchain peut devenir un token.
Le problème commence quand le token est ajouté comme décoration financière. Il sert alors à créer une liquidité artificielle, attire des mercenaires, pas des utilisateurs. En effet, Un token transforme une application en casino social. Et il complique souvent la vie du produit.
Dans beaucoup de cas, le token force l’équipe à répondre à deux marchés en même temps. Le marché des utilisateurs et le marché des investisseurs. Les deux n’ont pas les mêmes attentes. L’utilisateur veut une expérience simple, rapide et fiable. L’investisseur veut de la rareté, de la narration, du rendement et de la hausse.
Cette tension casse beaucoup de projets. Un réseau social Web3 avec token risque d’attirer des comptes qui publient pour miner des points. Un jeu Web3 avec token risque d’attirer des joueurs qui ne jouent pas vraiment. Une application DeFi avec token risque d’attirer du capital qui part dès que les incentives baissent.
C’est pour cela que le Web3 sans token devient intéressant. Il ne signifie pas “sans blockchain”. Il signifie plutôt : sans jeton natif inutile, sans spéculation forcée, sans économie plaquée au-dessus du produit.
Base a montré qu’une grande infrastructure peut exister sans token natif
Base est l’un des exemples les plus parlants. Le layer 2 lancé par Coinbase a été présenté dès le départ sans nouveau token de réseau. Coinbase expliquait que Base n’avait pas de plan pour émettre un nouveau token et que l’ETH serait utilisé comme actif de gas natif. Cette décision allait contre une habitude du secteur : lancer un layer 2, créer un token, promettre une gouvernance, puis organiser une économie d’incentives.
Ce choix a donné à Base une image différente. Le réseau ne s’est pas construit autour d’un airdrop officiel. Il s’est plutôt appuyé sur la distribution de Coinbase, les frais faibles, les applications sociales, les paiements et les développeurs. Cela n’a pas supprimé la spéculation. L’écosystème Base a connu ses propres excès. Mais la chaîne elle-même n’a pas obligé l’utilisateur à acheter un nouveau token pour comprendre le réseau.
La nuance est importante. En septembre 2025, Base a reconnu explorer l’idée d’un network token, tout en rappelant qu’au lancement, le token n’était pas nécessaire pour construire une chaîne sûre, peu chère et orientée développeurs.
Cette évolution montre bien la tension actuelle. Même les projets qui prouvent qu’un token n’est pas indispensable peuvent finir par envisager un token pour la décentralisation, la gouvernance ou l’alignement économique. Le Web3 sans token n’est donc pas une ligne droite. C’est une bataille permanente entre simplicité produit et logique financière.
Le futur ressemble surtout à un Web3 où le token devient invisible
Le grand public ne veut pas “utiliser un token”. Il veut envoyer de l’argent, prouver une identité, accéder à un service, publier du contenu, acheter un actif, jouer, vendre, recevoir ou travailler. Le token peut exister derrière. Mais il ne doit pas être le premier contact.
C’est exactement ce que l’abstraction de compte est en train de changer.
Ethereum indique que l’EIP-4337 a facilité la création de plus de 26 millions de smart wallets et plus de 170 millions de UserOperations. Ces chiffres ne disent pas que l’expérience Web3 est déjà parfaite. Mais ils montrent une direction nette : les wallets deviennent programmables, plus proches d’un compte utilisateur moderne que d’une clé privée brute.
L’upgrade Pectra d’Ethereum a aussi introduit EIP-7702. Ethereum.org décrit cette évolution comme une étape majeure vers l’abstraction de compte, car elle permet à des comptes classiques d’être étendus par de la logique de smart contract. Le même passage cite des fonctions comme le bundling de transactions, les transactions sans gas visible et des mécanismes de récupération plus souples.
Ce détail technique peut sembler froid. Pourtant, il touche directement le sujet. Si un wallet peut gérer des signatures plus simples, sponsoriser le gas, grouper plusieurs actions ou récupérer un compte de façon plus souple, alors l’utilisateur n’a plus besoin de voir toute la mécanique tokenisée. Il peut utiliser une application on-chain sans se demander quel token acheter pour payer les frais.
C’est un changement énorme. Le Web3 historique disait : “Installe un wallet, sauvegarde ta seed phrase, achète l’actif natif, bridge tes fonds, signe plusieurs transactions.” Le Web3 qui arrive dit plutôt : “Connecte-toi, utilise le service, le reste est géré derrière.”
Ce n’est pas moins Web3. C’est peut-être plus Web3, justement. Car la décentralisation devient une infrastructure. Pas une punition ergonomique.
Les smart wallets cassent le vieux rituel crypto
Le vieux rituel crypto est épuisant. Il faut installer une extension. Comprendre les réseaux. Ajouter une RPC. Acheter de l’ETH. Éviter les faux tokens. Signer. Confirmer. Reconfirmer. Lire des messages de transaction incompréhensibles. Puis espérer ne pas avoir approuvé un contrat douteux.
Ce rituel a formé les premiers utilisateurs. Il a aussi repoussé presque tous les autres.
Coinbase Smart Wallet illustre la nouvelle approche. Coinbase explique que ce wallet permet de créer un portefeuille sans installer d’application ou d’extension, de se connecter directement depuis des apps, d’utiliser certains soldes Coinbase on-chain et d’interagir avec des sites qui sponsorisent les frais réseau.
Dans son annonce de lancement, Coinbase présentait les smart wallets comme un moyen de créer un wallet self-custody en quelques secondes, de réduire le nombre de transactions à signer et de supprimer une partie du problème du préfinancement en gas.
C’est là que le Web3 sans token devient concret. Pas parce que les tokens disparaissent. Mais parce que l’utilisateur n’est plus forcé de les gérer au premier plan.
Le même mouvement apparaît avec les embedded wallets. Privy met en avant des wallets intégrés, la connexion par email, SMS, réseaux sociaux ou passkeys, ainsi que le sponsoring du gas.
Cela ressemble moins à la crypto de 2021. Cela ressemble plus à une couche de paiement, d’identité et de propriété intégrée dans des apps normales. Le Web3 devient une plomberie. Et une plomberie utile est rarement visible.
Les stablecoins prouvent que le token utile gagne
Il y a une ironie dans ce débat. Le Web3 sans token avance au moment même où les stablecoins explosent. Mais cela ne contredit pas l’idée. Au contraire.
Les stablecoins sont des tokens, oui. Mais ils ne sont pas vendus comme des billets de loterie. Leur utilité est lisible. Un dollar numérique qui circule 24h/24, sur plusieurs réseaux, avec règlement rapide et composabilité, parle à beaucoup plus de monde qu’un token de gouvernance que personne ne gouverne vraiment.
Cette différence rejoint le filtre des narratives crypto 2026 : les récits qui durent sont ceux qui attirent des flux, des usages et des revenus vérifiables. Le rapport State of Crypto 2025 d’a16z indique que les stablecoins ont traité environ 9 000 milliards de dollars de volume ajusté sur douze mois, avec un volume mensuel ajusté proche de 1 250 milliards de dollars en septembre 2025.
Visa, de son côté, a lancé un tableau de bord d’analyse on-chain qui suit les mouvements de stablecoins sur dix grandes blockchains. L’objectif est de mieux distinguer l’offre, les volumes et l’activité réelle dans un marché souvent gonflé par les transactions automatiques ou circulaires.
Le Web3 n’a pas besoin de moins de tokens utiles
Ces données changent la lecture. Le Web3 n’a pas besoin de moins de tokens utiles. Il a besoin de moins de tokens prétextes. Les stablecoins montrent qu’un token peut devenir une interface monétaire simple. Pas une promesse floue.
Stripe l’a bien compris avec Bridge. L’acquisition de Bridge a été finalisée en février 2025, et Stripe a présenté ce mouvement comme une façon de faire passer les dollars numériques à l’échelle pour les entreprises.
PayPal pousse aussi dans cette direction avec PYUSD. PayPal présente PYUSD comme un stablecoin échangeable 1:1 contre le dollar, et a annoncé en mars 2026 son extension à 70 marchés.
Voilà le point central. Les stablecoins ne demandent pas à l’utilisateur de croire à une communauté imaginaire. Ils répondent à un besoin ancien : déplacer de la valeur. Plus vite. Plus largement. Avec moins de friction. C’est peut-être la forme la plus réaliste du Web3 sans spéculation obligatoire.
Les réseaux sociaux Web3 cherchent aussi la sortie du piège token
Le social Web3 a longtemps souffert d’un mal simple : quand on paie les gens pour parler, ils parlent pour être payés. La qualité baisse. Les bots arrivent. Les contenus deviennent stratégiques. La conversation se transforme en ferme à points.
Farcaster est intéressant parce qu’il s’est construit comme un protocole social décentralisé où l’utilisateur possède son identité. Le site officiel présente Farcaster comme un réseau social décentralisé où l’on possède son identité.
Le sujet du token y est particulièrement sensible. En avril 2026, plusieurs médias crypto ont rapporté que Farcaster avait clarifié ne pas prévoir d’émettre un token, après une confusion liée à un projet fork appelé Hypersnap.
Ce choix est cohérent avec un problème très concret. Un réseau social a besoin de liens humains, de réputation et de contenu. Un token peut aider à coordonner certains comportements. Mais il peut aussi empoisonner l’espace. Dès que chaque post devient une tentative de rendement, la plateforme perd son naturel.
Le Web3 social a donc une question difficile devant lui. Comment donner aux utilisateurs la propriété de leur identité, de leur graphe social et de leurs données, sans transformer chaque interaction en micro-actif financier ?
Reddit a rappelé que “mettre un token” ne suffit pas
Reddit a offert un exemple très utile. Ses Community Points étaient une tentative de récompenser certaines communautés avec des points blockchain. L’idée pouvait sembler naturelle. Reddit est communautaire, les subreddits ont déjà leurs cultures internes, et la contribution en ligne a toujours un problème de reconnaissance.
Mais Reddit a finalement annoncé la fin de la bêta des Community Points. Dans l’annonce officielle publiée sur Reddit, l’équipe expliquait qu’il n’y avait pas de voie viable pour faire passer ce système à grande échelle sur toute la plateforme.
Ce cas est important parce qu’il n’est pas seulement un échec de prix. C’est un échec de scalabilité produit, de réglementation, d’expérience et de maintenance. Un token communautaire peut être séduisant dans un petit groupe. Il devient plus compliqué quand il doit fonctionner pour des millions d’utilisateurs, dans des juridictions différentes, avec des risques de manipulation et de spéculation.
Reddit montre une chose simple. Le Web3 ne gagne pas parce qu’il ajoute un token à une communauté existante. Il gagne si le token rend cette communauté plus forte, plus libre ou plus efficace. Sinon, il ajoute juste un problème.
Friend.tech a montré la limite du social financiarisé
Friend.tech a été l’un des symboles les plus francs de la financiarisation sociale. L’application avait une idée virale : acheter des “keys” liées à des profils, accéder à des espaces privés, spéculer sur la popularité sociale. Pendant un moment, tout le monde regardait les courbes. Puis l’attention a glissé.
Après le lancement du token FRIEND en mai 2024, plusieurs sources ont décrit une chute brutale de l’activité et de l’intérêt. Yahoo Finance a rapporté en septembre 2024 que le lancement d’une nouvelle version et l’airdrop n’avaient pas réussi à relancer durablement l’usage, avec une forte baisse des nouveaux utilisateurs quotidiens.
Friend.tech n’est pas seulement une anecdote. C’est un avertissement. Quand le produit principal est la spéculation sur les relations, la sortie est presque écrite. Les premiers gagnants partent. Les derniers arrivants restent avec un actif moins liquide. La communauté se demande si elle était une communauté ou une courbe de prix.
Un Web3 plus mature devra éviter cette confusion. Tout ne mérite pas un marché. Tout ne mérite pas un token. La propriété numérique est utile. La liquidité permanente appliquée à tous les comportements humains peut devenir toxique.
Le Web3 sans token est aussi une stratégie réglementaire
Il ne faut pas être naïf. Beaucoup de projets ne parlent pas de Web3 sans token uniquement par amour de l’expérience utilisateur. Ils le font aussi parce que les tokens attirent les régulateurs.
Un token liquide, vendu au public, avec une équipe centrale, une promesse de développement et des attentes de profit, devient vite un sujet sensible. Aux États-Unis comme ailleurs, la frontière entre token utilitaire, actif financier et promesse d’investissement reste complexe.
Pour une entreprise grand public, lancer un token peut donc créer plus de risques que d’avantages. Cela explique en partie pourquoi certains acteurs préfèrent construire une infrastructure sans token natif, ou utiliser des actifs déjà établis comme ETH, USDC ou PYUSD.
Cette prudence peut frustrer les puristes. Mais elle rend le Web3 plus acceptable pour les entreprises, les fintechs, les commerçants et les plateformes sociales. Une app qui utilise une blockchain sans vendre son propre token peut intégrer le Web3 de façon beaucoup plus discrète.
Dans ce modèle, le Web3 n’est pas un logo. Il devient une propriété technique : règlement on-chain, identité portable, preuve vérifiable, wallet intégré, paiement programmable. L’utilisateur final peut ne jamais prononcer le mot “token”.
Le token reste indispensable à certains niveaux
Dire que le Web3 sans token progresse ne veut pas dire que les tokens disparaîtront. Ce serait faux. Les tokens utiles font même partie des technologies blockchain qui peuvent survivre jusqu’en 2030, à condition de résoudre un vrai problème.
Bitcoin ne peut pas exister sans BTC. Ethereum ne peut pas fonctionner sans ETH. Les blockchains publiques ont besoin d’un actif pour sécuriser le réseau, payer les validateurs, prévenir le spam et créer des incitations économiques. Même lorsqu’un layer 2 n’a pas son propre token, il utilise souvent ETH pour le gas ou dépend d’une couche de règlement qui, elle, a un actif natif.
C’est pour cela que le vrai futur n’est pas “zéro token”. Le vrai futur est plutôt “moins de tokens visibles et plus de tokens nécessaires”.
Les tokens d’infrastructure resteront. Les stablecoins resteront. Certains tokens de gouvernance resteront, surtout quand ils ont un vrai rôle. Les actifs tokenisés vont probablement croître, car ils permettent de représenter des droits, des créances, des actions, des obligations ou des parts de fonds sur des rails programmables.
Ce qui va perdre en crédibilité, c’est le token automatique. Le token lancé parce qu’il faut “faire Web3”. Le token de communauté sans communauté. Un token de gouvernance sans gouvernance. Le token de jeu qui rémunère avant d’amuser. Le token social qui transforme l’attention en extraction.
L’Afrique a besoin du Web3 invisible, pas du Web3 casino
Pour les marchés africains, cette distinction est capitale. Beaucoup d’utilisateurs n’ont pas besoin d’un nouveau token volatil. Ils ont besoin de paiements transfrontaliers plus simples. De dollars numériques accessibles. Frais plus bas. Réception rapide depuis la diaspora. De protection contre certains blocages bancaires. De solutions qui fonctionnent sur mobile.
Dans ce contexte, le Web3 sans token spéculatif est plus pertinent que le Web3 des promesses de richesse.
Un commerçant à Goma, Lagos ou Nairobi ne veut pas forcément acheter le token d’une application. Il veut recevoir une valeur stable, la convertir si nécessaire, payer un fournisseur, garder une trace, éviter les frais absurdes et ne pas perdre son argent parce qu’il a oublié une phrase de récupération.
Le Web3 utile en Afrique ressemblera probablement à une combinaison de stablecoins, wallets intégrés, interfaces mobiles simples, rampes locales, éducation financière et sécurité numérique. Le token natif de l’application n’est pas indispensable dans cette équation. Il peut même devenir un obstacle.
La vraie adoption viendra quand les utilisateurs diront : “Cette solution marche mieux.” Pas quand ils diront : “Il paraît qu’il y aura un airdrop.”
Le Web3 sans token oblige les projets à redevenir honnêtes
Un projet sans token a moins de poudre magique. Il ne peut pas masquer un mauvais produit derrière une courbe verte. Ne peut pas acheter l’attention aussi facilement. Il ne peut pas promettre une richesse future à la place d’une utilité présente.
C’est dur. Mais c’est sain. Sans token, une application doit convaincre par son usage. Elle doit avoir une interface claire, résoudre un vrai problème. Elle doit retenir les utilisateurs sans subvention permanente. En effet, une application doit construire une marque, une communauté ou un service qui existe au-delà de la spéculation.
Cela rapproche le Web3 du monde normal des startups. On peut trouver cela moins excitant. Mais c’est peut-être le prix de la maturité.
Dans les premières années, la crypto a souvent confondu adoption et liquidité. Un token listé sur un exchange donnait l’impression qu’un projet avait réussi. Mais être tradé n’est pas être utilisé. Avoir une capitalisation n’est pas avoir un marché produit. Avoir une communauté bruyante n’est pas avoir une base d’utilisateurs fidèle. Le Web3 sans token retire une partie de cette illusion.
Mais attention au faux “sans token”
Il existe aussi un piège inverse. Certains projets se disent “sans token” tout en construisant une économie de points qui prépare un token futur. Les points ne sont pas toujours mauvais. Ils peuvent mesurer l’usage, récompenser la fidélité, tester des mécaniques. Mais dans la crypto, le point devient souvent un token fantôme.
L’utilisateur ne sait pas s’il utilise le produit ou s’il travaille gratuitement pour un classement. Les créateurs adaptent leur comportement. Les bots reviennent. Le produit devient une salle d’attente spéculative.
Le Web3 sans token ne sera donc crédible que si les projets sont clairs. Soit il n’y a vraiment pas de token prévu. Soit il y en aura peut-être un, et les règles doivent être transparentes. Le flou attire l’attention à court terme, mais il détruit la confiance à long terme.
C’est ici que beaucoup d’équipes devront choisir. Veulent-elles des utilisateurs ou des chasseurs ? Veulent-elles une économie durable ou une campagne marketing déguisée ? Il s’agit d un protocole ou une loterie ?
Le futur réel : des tokens rares, utiles et souvent invisibles
Le Web3 sans token est donc à moitié un mythe et à moitié une vraie tendance.
C’est un mythe si l’on imagine des blockchains publiques sans actifs numériques. Les tokens sont au cœur de la sécurité, du règlement, des paiements et de la propriété programmable. Ils ne vont pas disparaître.
Mais c’est un futur réel si l’on parle des applications. Beaucoup de services Web3 n’auront pas besoin de leur propre token. Ils utiliseront des wallets intégrés, des stablecoins, des smart accounts, des passkeys, des frais sponsorisés et des infrastructures existantes. L’utilisateur ne verra pas toujours la blockchain. Il ne verra pas toujours le token. Il verra surtout un service plus rapide, plus ouvert ou plus portable.
C’est probablement là que se trouve la prochaine grande étape. Le Web3 ne mourra pas sans token. Il mûrira sans obsession du token. Le token redeviendra un outil. Pas une excuse, pas une religion. Pas un produit à lui seul. Et c’est peut-être une très bonne nouvelle.
