Le débat semblait réservé aux cryptographes, aux chercheurs, à quelques geeks insomniaques. Et puis voilà que Willy Woo remet la question au centre de la table : si le “Q-Day” (le jour où une machine quantique devient cryptographiquement pertinente) n’arrive pas demain, le marché, lui, n’attend pas. Il anticipe. Il décote. Il met un prix sur une ombre.
En bref :
- Willy Woo affirme que le risque quantique impose une décote durable du Bitcoin face à l’or.
- Un “Q-Day” pourrait rendre dépensables des BTC perdus, fragilisant la rareté et la confiance.
- Un gel via hard fork diviserait la communauté, tandis que les institutionnels privilégient l’or.
Le “quantum discount” : quand la rareté devient conditionnelle
Willy Woo parle comme un trader qui regarde les probabilités avant de regarder les slogans. Son intuition : les investisseurs commencent à intégrer un rabais structurel sur Bitcoin par rapport à l’or, parce que le risque quantique n’est plus “science-fiction”, juste “science en avance”.
Le point le plus piquant, c’est l’histoire des BTC dits “perdus”. Woo avance qu’environ 4 millions de bitcoins pourraient redevenir récupérables si une attaque quantique permettait de dériver des clés privées depuis des clés publiques déjà exposées on-chain. Autrement dit : le mythe des pièces disparues pour toujours deviendrait, au moins partiellement, une hypothèse réversible.
Ensuite vient la question qui fâche : que ferait le réseau ? Woo évoque une chance d’environ 25% que la communauté accepte une option brutale : geler ces coins via un hard fork. Et là, on ne parle plus seulement de technique. On parle de propriété. D’immutabilité. De lignes rouges.
Geler ou ne pas geler : le dilemme qui fissure l’ADN de Bitcoin
Geler des coins “pour protéger le système”, c’est séduisant sur PowerPoint. Dans la vraie vie, c’est un champ de mines. Parce que Bitcoin s’est construit sur une idée simple : les règles s’appliquent à tous, même quand ça dérange.
Si demain on crée une catégorie “coins spéciaux” qu’on peut neutraliser, on ouvre une porte. Une seule suffit. Les investisseurs long terme lisent ça comme un risque politique interne : pas un État qui censure, mais une majorité qui réécrit. Et ça, face à l’or, ça sonne comme une fragilité supplémentaire.
Woo insiste aussi sur un point de marché : même si le scénario “gel” ne se produit pas (et donc si ces coins restent potentiellement récupérables), il existe une probabilité non négligeable qu’un stock équivalent à des années d’accumulation finisse par redevenir liquide. Ce simple “et si” suffit à peser sur la comparaison Bitcoin vs or pendant un bon moment.
Quand la macro s’en mêle : l’or profite du doute, Bitcoin paie la question
Le signal le plus révélateur n’est pas un tweet de plus. C’est quand un stratège suivi par des allocataires prudents bouge ses lignes. En janvier 2026, Christopher Wood (Jefferies) a retiré Bitcoin de son portefeuille modèle pour basculer vers l’or, en citant explicitement la menace de machines quantiques “cryptographiquement pertinentes”.
Ce geste compte parce qu’il traduit une logique “pension-style” : l’or ne dépend pas d’une migration technologique. Bitcoin, si. Même si les devs affirment, souvent à raison, qu’on a le temps, le marché adore facturer l’incertitude, surtout quand elle touche au cœur du coffre-fort.
Mais il faut nuancer : tout le monde n’achète pas le scénario maximaliste. CoinShares a récemment contesté les estimations “sur-gonflées” de coins immédiatement à risque, en avançant que l’exposition vraiment critique pourrait être bien plus limitée que les chiffres qui tournent sur X. Ce désaccord montre une chose : le risque quantique devient assez sérieux pour produire… des études contradictoires. Et ça aussi, le marché le price.
