L’Ouganda se rapproche de la présidentielle du 15 janvier 2026, et Bobi Wine vient d’allumer une mèche numérique : il a appelé ses partisans à télécharger BitChat, une messagerie décentralisée associée à Jack Dorsey. Dans la foulée, l’intérêt a explosé en ligne, sur fond de crainte d’un nouveau verrouillage d’Internet pendant la période électorale.
Un pic soudain, mesuré en temps réel
Le signal le plus frappant est arrivé vite. Après la publication de Bobi Wine sur X, les recherches liées à “Bitchat/BitChat” en Ouganda ont bondi, au point d’atteindre le maximum sur l’échelle de Google Trends. Ce n’est pas un sondage, mais c’est un thermomètre. Et il s’est emballé.

Il faut lire ce “0 à 100” pour ce qu’il est : un indice relatif, pas un volume brut. Google Trends ne dit pas “combien” de personnes ont cherché, mais “à quel point” le sujet a dominé, sur une fenêtre donnée. En politique, c’est souvent cette domination soudaine qui compte. Elle crée l’impression d’un mouvement, même avant de prouver sa taille.
La mécanique est connue, mais rarement aussi visible. Un message, une peur partagée, puis la ruée. Le fait que l’app soit liée à Jack Dorsey, figure familière des milieux bitcoin et “tech libertaire”, ajoute une couche symbolique. L’opposition ne vend pas seulement un outil. Elle vend l’idée qu’on peut rester connectés quand on tente de vous débrancher.
Pourquoi BitChat parle au camp de l’opposition
BitChat, souvent écrit “bitchat” dans ses pages officielle, promet une communication pair-à-pair, sans serveur central, sans numéro de téléphone, et même sans Internet dans certains usages. L’app s’appuie sur des réseaux maillés via Bluetooth, où les téléphones relaient les messages de proche en proche. L’image est simple : si la route principale est coupée, on passe par des chemins de traverse.
Cette promesse colle parfaitement à l’angoisse électorale en Ouganda. Bobi Wine rappelle les précédents et présente BitChat comme une assurance communication, au moins pour coordonner, partager des informations locales, et garder un canal lorsque les plateformes classiques se taisent. Dans ses mots, l’objectif est de pouvoir encore s’organiser et faire circuler des preuves ou des résultats.
Mais l’outil a ses limites, et elles ne sont pas abstraites. Le Bluetooth maillé dépend de la densité de téléphones, de la portée, de la batterie, et de la discipline des utilisateurs. En zone urbaine, l’effet réseau peut être réel. Dans des zones moins denses, cela ressemble davantage à un talkie-walkie moderne qu’à une alternative totale à Internet. Même les présentations de l’app insistent sur ce fonctionnement “de proximité”, avec des options de sécurité comme le chiffrement et des fonctions d’effacement rapide.
Le précédent des coupures, et la mémoire courte des marchés
La peur n’est pas sortie de nulle part. Lors des élections de 2021, l’Ouganda a connu un blackout d’Internet qui a paralysé des activités quotidiennes et économiques, notamment pour les petits commerçants dépendants du mobile. L’épisode a laissé des traces, parce qu’il touche le concret : vendre, envoyer de l’argent, prévenir sa famille, travailler.
Des organisations et observateurs ont aussi documenté des restrictions ciblant réseaux sociaux et plateformes, dans un contexte de pression sur l’information et de bataille narrative autour du scrutin. Les autorités, elles, justifient ces mesures par la sécurité et l’ordre public. L’opposition y voit un moyen de réduire sa capacité de mobilisation. Les deux récits s’affrontent, et c’est précisément dans cet espace que prospère une messagerie “sans centre”.
Ce qui change en 2026, ce n’est pas seulement la technologie. C’est la vitesse d’adoption. En 2016, la riposte numérique restait fragmentée. En 2021, elle s’est structurée autour de VPN, de messageries chiffrées, de miroirs. Aujourd’hui, le débat glisse vers des outils conçus dès le départ pour fonctionner quand le réseau vacille. Et ce glissement peut inspirer d’autres pays où l’élection rime avec coupure.
