Tim Draper, investisseur milliardaire de la Silicon Valley, assure que Bitcoin finira par atteindre 10 millions de dollars. Et, surtout, qu’il prendra le dessus sur l’usage du dollar. Sa phrase est brute, presque provocatrice. Il évoque un “avant” et un “après” où la monnaie américaine compterait beaucoup moins qu’aujourd’hui.
Un “10 millions” qui raconte une histoire plus qu’un prix
Dans un message relayé le 19 janvier 2026, Draper affirme viser 250 000 dollars “dans six mois”, puis “1, 2, peut-être 10 millions” avant que Bitcoin “n’éclipse l’usage du dollar”. Pour lui, le réseau Bitcoin “grandit”, pendant que le dollar “rétrécit”.
Chez Draper, le chiffre n’est pas seulement un objectif de marché. C’est un scénario. Il repose sur une bascule monétaire. Il considère que le poids du dollar va continuer de diminuer, poussé par l’inflation et l’endettement. Et il imagine Bitcoin comme le grand bénéficiaire de cette perte de confiance.
Ce raisonnement a un style très “réseau”. Plus il y a d’utilisateurs, plus l’outil devient utile. Draper revient souvent à cette mécanique simple. Il ne parle pas uniquement d’épargne. Il parle d’une monnaie qui circule, qui s’échange, qui sert de référence. Son “10 millions” est l’étage tout en haut de cet immeuble.
Il ajoute aussi une dimension politique et réglementaire. Dans son discours, une période de régulation trop lourde aurait freiné l’adoption. Et un retour à un cadre plus favorable relancerait la dynamique. Ce n’est pas un détail. Pour un actif mondial, la règle du jeu compte presque autant que la technologie.
Bitcoin à 10 millions, c’est une autre planète
À 10 millions de dollars l’unité, la capitalisation de Bitcoin devient gigantesque. De ce fait, on ne parle plus d’un simple cycle haussier. On parle désormais d’un actif qui aspirerait une partie du rôle joué aujourd’hui par les monnaies, l’or, et même certaines réserves d’entreprises. Autrement dit, il faudrait une adoption bien plus large, et beaucoup plus “utilitaire”, que ce qu’on observe en temps normal.
C’est là que la phrase “plus personne n’acceptera le dollar” mérite d’être recadrée. Draper ne dit pas forcément que le billet vert disparaît du jour au lendemain. Cependant, il dit que Bitcoin pourrait “éclipser l’usage du dollar”. Ce n’est pas la même nuance. Une monnaie peut rester officielle, tout en étant moins désirée dans la pratique.
Pour que cette bascule arrive, il faut aussi résoudre des frictions très concrètes. On voit notamment, les paiements du quotidien, la simplicité pour les commerçants, la gestion de la volatilité, la garde des fonds, la fiscalité. Draper lui-même décrit une trajectoire qui part de fiat vers stablecoin, puis vers Bitcoin. C’est un peu comme si les stablecoins tenaient le rôle de sas, avant une adoption plus directe du BTC.
Le “monde sans dollar” : provocation utile ou raccourci dangereux ?
Draper adore les formulations qui claquent. Il a une histoire avec ce type de paris. En 2014, il achète près de 30 000 bitcoins lors d’une enchère du U.S. Marshals Service. À l’époque, le geste paraît téméraire. Il devient ensuite un argument d’autorité : “j’ai mis du vrai risque, très tôt”.
Mais remplacer le dollar ne se résume pas à un concours de conviction. Le dollar est un outil d’État. Il est aussi une infrastructure mondiale, intégrée à la dette, au commerce, aux matières premières, aux bilans des banques. Le détrôner ne dépend pas seulement de la supériorité technique d’un réseau. Cela dépend aussi de la géopolitique, du droit, et des habitudes.
Ce qui est plus plausible, à court et moyen terme, c’est une érosion partielle. Une partie des échanges peut migrer vers d’autres rails. Draper évoque la montée de Bitcoin chez les entreprises et même dans les trésoreries publiques. Il soutient que ne pas en détenir serait “irresponsable”. C’est sa manière d’insister sur l’institutionnalisation, pas seulement sur la spéculation.
Si Draper a raison, les signaux ne viendront pas uniquement du prix. Ils viendront des usages. Un indice important serait l’acceptation “sans effort” de Bitcoin, ou d’équivalents, chez les marchands. Même la presse économique généraliste reprend l’idée d’un basculement du commerce vers Bitcoin, avec un dollar dont “les jours pourraient être comptés”.
Un autre signal serait le comportement des entreprises. Pas celles qui font un coup de com’. Celles qui intègrent BTC dans une politique de trésorerie stable, avec des règles, des audits, et une vision long terme. De plus, une monnaie “gagne” quand les gens la choisissent spontanément.
