Le Nigeria veut encadrer la crypto plus fermement. Mais le ticket d’entrée vient de grimper d’un coup. Dans un pays où l’adoption est massive, la question devient simple : cette nouvelle “facture” réglementaire protège-t-elle le marché, ou coupe-t-elle les ailes de l’écosystème local ? Dès janvier 2026, la SEC nigériane impose notamment un capital minimum de 2 milliards de nairas aux plateformes d’échange d’actifs numériques (DAX) et aux dépositaires (custodians). Le calendrier est clair : les acteurs ont jusqu’au 30 juin 2027 pour se mettre en conformité.
En bref :
- Le Nigeria relève fortement le capital minimum pour certaines activités crypto, jusqu’à 2 milliards de nairas pour les exchanges.
- La comparaison avec MiCA en Europe accentue le débat, car les seuils y sont souvent plus bas selon les services.
- Le pays joue la carte de la solidité, mais il doit éviter de pousser l’innovation vers l’informel.
Une barrière d’entrée qui change la carte du marché crypto
Le signal envoyé est net. L’État veut des acteurs “solides”, capables d’absorber des chocs. Sur le papier, l’objectif ressemble à un classique. Moins d’improvisation. Plus de garanties. Et, potentiellement, moins de scandales.
Dans les faits, le seuil est élevé pour un secteur qui vit de vitesse et d’expérimentation. La circulaire 26-1 ne vise pas seulement les DAX. Elle introduit aussi des catégories et des minima pour plusieurs activités liées aux actifs numériques dont bitcoin, avec une gradation qui va de 300 millions à 2 milliards de nairas selon les cas.
Le risque immédiat, lui, ne se cache pas. Les plus petits opérateurs peuvent être poussés vers trois issues : se regrouper, se relocaliser, ou quitter le marché réglementé. Reuters évoque déjà un effet de consolidation sur l’ensemble de l’industrie des marchés de capitaux, et pas uniquement côté crypto.
Quand l’Europe coûte moins cher que Lagos
La comparaison internationale fait grincer des dents, parce qu’elle est facile à comprendre. En Europe, MiCA met en place un cadre commun et un “passeport” de services. Une fois autorisé, un prestataire peut opérer dans l’UE sous conditions, avec une logique de supervision harmonisée.
Surtout, les exigences de fonds propres côté CASP sont souvent présentées comme beaucoup plus basses que le seuil nigérian pour une bourse crypto. Des synthèses sérieuses, comme celle de KPMG, rappellent des niveaux de référence de 50 000 € à 150 000 € selon les services (avec des nuances selon l’activité exacte).
Cette différence ne dit pas que l’Europe est “laxiste”. Elle dit plutôt que l’UE a choisi une autre philosophie : calibrer le capital au type de service, puis compenser par des exigences de gouvernance, de conformité et de gestion des risques. Le Nigeria, lui, semble privilégier un filtre financier plus dur, dès le départ.
Protéger l’investisseur crypto sans étouffer l’innovation locale
Le Nigeria n’est pas un marché marginal. Il pèse lourd dans l’usage réel de la crypto. Chainalysis classe encore le pays très haut dans son index mondial d’adoption, ce qui rappelle que la crypto y sert aussi à contourner des frictions quotidiennes, pas seulement à spéculer.
C’est là que la tension devient intéressante. Un cadre plus strict peut rassurer, attirer des partenaires, et réduire la zone grise. D’ailleurs, le pays a déjà bougé sur le sujet : la banque centrale a officiellement levé l’interdiction faite aux banques de traiter avec les cryptos fin 2023, avec l’idée de mieux encadrer plutôt que d’ignorer.
Mais un capital immobilisé trop tôt peut aussi produire un effet pervers. Une startup crypto dépense d’abord en sécurité, en infrastructure, en produit, en conformité. Si une grosse part du cash doit rester “garée” pour cocher une case, l’innovation locale peut devenir un luxe. Et si l’offre régulée se raréfie, les usages ne disparaissent pas : ils glissent vers des circuits plus informels, souvent plus difficiles à surveiller.
Le vrai enjeu : la confiance, pas seulement le capital
La SEC présente ces hausses comme une manière de renforcer la résilience du marché. Sur le principe, l’idée se défend. Un exchange sous-capitalisé, c’est un accident qui attend son heure. Et dans un pays jeune, très connecté, l’impact social d’un gros incident peut être violent.
Le problème, c’est l’alignement avec le terrain. Un seuil de 2 milliards de nairas peut attirer des acteurs étrangers mieux financés, mais il peut aussi les faire hésiter si le retour sur investissement local est incertain. Résultat possible : moins d’acteurs locaux, et pas forcément une ruée de géants internationaux pour les remplacer.
