Monica Long, présidente de Ripple, parie sur plus de 1 000 milliards de dollars d’actifs numériques dans les bilans d’ici fin 2026, et sur environ la moitié des entreprises du Fortune 500 avec une stratégie formalisée.
En bref :
- Ripple anticipe 1 000 milliards$ d’actifs crypto dans les trésoreries d’entreprise d’ici 2026.
- Les stablecoins s’imposent comme moteur des paiements et de la liquidité en B2B.
- ETF et régulation plus claire accélèrent l’adoption par les grands groupes.
Pourquoi la trésorerie d’entreprise regarde la crypto sans rougir
La trésorerie, ce n’est pas un coffre-fort. C’est une plomberie. Les grands groupes jonglent entre paiements, délais bancaires, devises, garanties et liquidité immobilisée. Quand Long parle d’un basculement, elle vise un usage précis : tokenisation, digital asset treasuries, instruments programmables, pas seulement acheter du coin et prier.
La crypto s’est institutionnalisée à coups de rails et de produits financiers. Même les signaux de marché comptent : les ETF Bitcoin qui attirent à nouveau des flux rassurent les comités. Et au-dessus de la courbe des prix, il y a la courbe politique.
Aux États-Unis, le Sénat remet sur la table une loi sur la structure du marché crypto, avec l’idée de clarifier enfin qui régule quoi et de donner un cadre plus lisible aux entreprises. Dans ce contexte, quand une semaine affiche 1,42 milliard de dollars d’entrées nettes, le message devient limpide : ce n’est plus un club de niche.
La trésorerie d’entreprise crypto répond à une logique très corporate : réduire la friction. Moins d’intermédiaires, moins d’attente et moins de liquidités immobilisées en transit. Et dans un monde obsédé par le cash-flow, un euro ou un dollar qui circule plus vite vaut parfois plus qu’un euro simplement présent sur le papier.
Dans le même temps, le cadre réglementaire se clarifie à mesure que la structure du marché crypto entre en phase finale. Pour beaucoup de directions financières, c’est un signal pragmatique : moins d’incertitude juridique, plus d’espace pour intégrer la crypto comme un outil de gestion, pas comme un pari.
Stablecoins : le vrai cheval de Troie, pas le tweet qui fait du bruit
Long insiste sur les stablecoins, et ce n’est pas un hasard. Dans une entreprise, la volatilité fait peur. Le stablecoin, lui, parle la langue des CFO : règlement rapide, visibilité, automatisation et surtout continuité avec le dollar. L’idée n’est pas de remplacer les banques du jour au lendemain, mais de brancher une nouvelle couche sur les flux existants.
Aux États-Unis, le GENIUS Act a posé un cadre fédéral pour les stablecoins de paiement, avec des exigences et de la supervision, bref du compliance friendly. Ce n’est pas glamour, mais c’est exactement ce que veulent les grandes boîtes : du clair, du carré, du défendable en audit.
Long évoque l’idée qu’une partie du fonds de roulement reste inaccessible ou inefficace à cause des délais et des circuits. Même si les chiffres varient selon les sources et les périmètres, le diagnostic est solide : la liquidité coûte cher quand elle est lente. Dans ce contexte, les stablecoins deviennent moins une alternative crypto qu’un outil de gestion du temps, déguisé en finance.
Le scénario à 1 000 milliards : opportunité, oui, mais pas sans pièges
Si ce trillion arrive, il ne tombera pas du ciel. Il passera par des décisions très terrestres : politique de risque, choix des actifs, gouvernance, garde, reporting et compatibilité comptable. Une trésorerie d’entreprise crypto ne peut pas se permettre une improvisation startup. Elle doit documenter, tracer, contrôler et survivre à un comité d’audit de mauvaise humeur.
Adopter la blockchain ne veut pas dire tout mettre onchain. Beaucoup d’entreprises chercheront un compromis : un peu de stablecoins pour les paiements, un peu d’actifs tokenisés, parfois une exposition plus directionnelle et beaucoup de procédures. Long évoque une blockchain au centre de la finance moderne. En pratique, ce centre sera probablement hybride, avec des ponts vers le monde bancaire, pas une rupture totale.
