La menace d’un nouveau “government shutdown” remet la LOI Clarity sous pression. Ce texte, censé clarifier qui régule quoi dans la crypto aux États-Unis, peut voir son calendrier glisser si le Congrès n’évite pas une fermeture des services fédéraux autour du 30 janvier 2026. La Chambre a déjà voté un paquet de financement. Le Sénat doit maintenant suivre, sous peine de tout geler.
En bref :
- La LOI Clarity risque d’être retardée si un shutdown survient autour du 30 janvier 2026.
- Le Sénat, et surtout ses comités, reste le point de passage le plus fragile.
- Les marchés parient sur un accord, mais la crypto souffre dès que l’État met pause.
Une fenêtre politique qui se referme vite
Le problème, c’est le timing. La date du 30 janvier 2026 approche, et elle aspire l’attention de Washington. Quand le budget chauffe, les dossiers “sectoriels” passent derrière les urgences. Même s’ils sont mûrs. Même s’ils sont utiles.
Jeudi 22 janvier, la Chambre a adopté une large partie des crédits fédéraux pour l’exercice 2026. La portion Homeland Security a été la plus disputée, mais elle est passée. Le reste du “minibus” a obtenu un soutien beaucoup plus confortable. En clair, la Chambre a ouvert la voie.
Ce type de séquence crée un effet de tunnel. Tant que le Sénat n’a pas bouclé, tout le reste devient secondaire. La LOI Clarity n’est pas “contre” le financement. Elle en dépend. Une semaine perdue avant l’échéance, c’est une semaine de moins pour sécuriser un compromis.
Ce que la LOI Clarity promet aux acteurs crypto
Sur le papier, la promesse est simple : mettre fin au flou. Le projet décrit un système de régulation des “digital commodities” organisé autour de la SEC et de la CFTC. L’objectif est de réduire les conflits de qualification qui empoisonnent le marché américain depuis des années.
Le texte prévoit aussi une procédure d’enregistrement accélérée, avec statut provisoire, pour les plateformes, brokers et dealers concernés. Pour l’écosystème crypto, ce détail compte autant que les grands principes. Il conditionne l’accès au marché et la capacité à opérer sans craindre un changement de doctrine du jour au lendemain.
Il y a enfin un volet plus “ingénierie” que politique : le traitement des développeurs non contrôlants. L’idée est d’éviter que fournir de l’infrastructure ou du code suffise à déclencher des obligations proches de celles des money transmitters. C’est une protection recherchée, surtout côté open source.
Shutdown : pourquoi une pause peut tout casser
Un shutdown, ce n’est pas qu’un symbole. C’est une mécanique qui coupe les réunions, réduit les équipes, et repousse les auditions. Or, la LOI Clarity se joue dans les comités. La commission Agriculture du Sénat doit tenir une étape le 27 janvier autour de sa version “structure de marché” crypto. Si la machine s’arrête, la procédure s’arrête aussi.
Le second frein, c’est la désynchronisation. La Banking Committee avance plus prudemment, avec des désaccords encore vifs. Deux textes, deux rythmes, et une majorité qualifiée souvent nécessaire au Sénat : le cocktail est déjà complexe sans crise budgétaire.
Enfin, l’impact déborde du Capitole. Lors de la fermeture précédente, des activités jugées non essentielles ont été mises en pause, y compris des examens de produits crypto. Les dossiers d’ETF ont illustré ce point : quand l’administration tourne au ralenti, les décisions attendent. Pour l’industrie, c’est un rappel brutal que l’incertitude politique se transforme vite en risque opérationnel.
Les marchés parient déjà sur la sortie de crise
Le climat n’est pourtant pas uniformément pessimiste. Sur Polymarket, la probabilité d’un shutdown d’ici le 31 janvier 2026 s’affiche autour de 8% au moment de la consultation. Ce chiffre n’est pas une vérité. Il montre surtout que beaucoup anticipent un accord de dernière minute.
L’optimisme relatif s’explique aussi par la dynamique budgétaire. La Chambre a transmis son paquet au Sénat, et les élus savent qu’un arrêt des services coûte cher. Les débats sur la sécurité intérieure ont été tendus, mais ils ont abouti à un texte voté. C’est souvent le signe qu’un compromis “suffisant” existe, même s’il ne rend personne heureux.
Pour la crypto, la nuance est ailleurs : le temps perdu se rattrape mal. Une loi de structure de marché demande des définitions propres, des frontières nettes et des responsabilités assumées. Si le budget vampirise l’agenda, la LOI Clarity peut sortir plus tard, ou plus molle. Et dans ce secteur, la mollesse se paie.
