Bitcoin n’est plus un outsider, il est devenu Wall Street depuis 2024. Conçu pour échapper aux circuits financiers traditionnels, il est désormais intégré à des ETF et négocié comme n’importe quel actif financier. Cette normalisation inquiète Peter Schiff, critique historique de la crypto et fervent défenseur de l’or. Pour lui, l’institutionnalisation a vidé Bitcoin de sa valeur initiale, le transformant d’un pari disruptif en produit financier standardisé.
En bref
- Schiff estime que l’intégration de Bitcoin aux ETF a dilué sa proposition de valeur initiale
- Les métaux précieux surpassent largement le Bitcoin avec des gains de 70% pour l’or et 150% pour l’argent en 2025
- Les flux institutionnels oscillent entre entrées massives et sorties brutales, révélant un marché hésitant
Schiff accuse Wall Street d’avoir tué le Bitcoin
Wall Street aurait-il signé l’arrêt de mort du Bitcoin ? C’est du moins la thèse provocante défendue par Peter Schiff. Pour l’économiste, Bitcoin tirait autrefois sa force de son caractère marginal, de son positionnement en rupture avec la finance traditionnelle et de son indépendance vis-à-vis des infrastructures institutionnelles.
Aujourd’hui, l’actif numérique est intégré à des ETF, distribué au grand public et négocié via les mêmes circuits que les actions ou les matières premières. Une évolution que Schiff interprète non comme une victoire, mais comme une normalisation excessive ayant vidé Bitcoin de sa performance.
“Le Bitcoin a été l’actif le plus performant à une époque où il était quasiment inconnu. Mais depuis que Wall Street l’a adopté et que la plupart des gens l’ont acheté, il figure parmi les actifs les moins performants.”
Les données de marché semblent, en partie, alimenter ce discours. Bitcoin affiche une performance négative d’environ 14% par rapport à son prix d’il y a un an, évoluant autour de 88 000 dollars.
Le Nasdaq vient d’ailleurs de supprimer les limites de position sur les options d’ETF Bitcoin et Ethereum, alignant ainsi le traitement des cryptomonnaies sur celui des matières premières traditionnelles comme l’or ou l’argent.
Schiff insiste également sur la structure des gains mis en avant par certains analystes. Selon lui, la majorité des détenteurs actuels de Bitcoin sont entrés après le lancement des ETF en janvier 2024, à des niveaux de prix élevés.
Cette lecture trouve un écho dans la dynamique erratique des flux institutionnels. Mi-janvier 2026, les ETF Bitcoin ont enregistré plus de 1,4 milliard de dollars d’entrées, avant de subir des sorties proches du milliard de dollars.
Cette instabilité contraste avec la vision initiale d’un Bitcoin servant de refuge face à l’inflation et à l’instabilité monétaire. Désormais corrélé aux marchés d’actions et soumis aux mêmes vents macroéconomiques, l’actif peine à affirmer son identité propre. Sur le plan narratif, l’intérêt médiatique s’est également contracté. Les publications mentionnant Bitcoin sur X ont chuté de 32% en 2025, tombant à 96 millions de mentions annuelles.
Les métaux précieux écrasent Bitcoin dans la course aux valeurs refuges
Dans cet environnement, les métaux précieux se sont réimposés comme références. En 2025, l’or a progressé d’environ 60 %. L’argent quant à lui a enregistré une hausse spectaculaire de 86 %, soutenue par une demande industrielle en forte croissance. L’argent a franchi le seuil des 100 dollars l’once, atteignant de nouveaux records historiques.
L’or évolue désormais à proximité des 5 000 dollars l’once, consolidant son statut de valeur refuge dominante. Peter Schiff s’appuie sur ces performances pour étayer sa critique. Selon Schiff, depuis novembre 2021, BTC a perdu plus de la moitié de sa valeur lorsqu’il est exprimé en or.
Alors que le BTC devait offrir une protection face à l’inflation, Schiff estime qu’il s’est comporté comme un actif à risque. Pour autant, le réduire à un simple échec serait excessif. Sur des horizons plus longs, les performances de l’actif restent remarquables.
Depuis 2020, Bitcoin affiche un gain bien supérieur à celui des métaux précieux. Plusieurs analystes soulignent également un schéma cyclique récurrent : historiquement, l’or tend à précéder Bitcoin de plusieurs mois. Si cette dynamique se confirme, la vigueur actuelle des métaux précieux pourrait annoncer une phase de rattrapage pour les Cryptos.
Si l’institutionnalisation a transformé Bitcoin en un produit financier plus conventionnel, elle a aussi contribué à renforcer ses infrastructures et sa liquidité. La question n’est peut-être pas de savoir si Wall Street a affaibli Bitcoin, mais si cette phase prépare une adoption plus durable. Les métaux précieux dominent aujourd’hui grâce à leur stabilité millénaire. Bitcoin, avec à peine dix-sept ans d’existence, traverse sans doute les ajustements nécessaires à son affirmation comme classe d’actifs à part entière.
