La Turquie est un laboratoire à ciel ouvert pour la crypto et la finance numérique. Inflation tenace, appétit du public pour les actifs alternatifs, et régulateurs qui veulent du solide. Dans ce décor, Garanti BBVA Kripto, filiale digital assets de la deuxième plus grande banque privée du pays, vient de prolonger son partenariat de conservation avec Ripple.
En bref :
- Garanti BBVA Kripto renouvelle avec Ripple pour sécuriser BTC, ETH et XRP via une custody de niveau institutionnel.
- L’architecture, renforcée par IBM LinuxONE, vise une conformité solide et une mise à l’échelle.
- Le message est clair : Ripple et BBVA construisent les rails crypto, pas un simple coup marketing.
Une extension de custody qui vise le “grand public institutionnel”
Ripple et DXC connectent la blockchain au système bancaire mondial, pendant que Garanti BBVA Kripto continue d’utiliser la technologie de custody “institutional-grade” de Ripple pour sécuriser des actifs majeurs comme Bitcoin (BTC), Ethereum (ETH) et XRP. Ce n’est pas un détail marketing. C’est une déclaration d’intention : la banque ne traite plus la conservation comme un module optionnel.
Le point le plus parlant, c’est l’évolution du projet. Fin 2024, l’initiative démarrait avec un cercle réduit, environ 14 000 adopteurs précoces. Autrement dit : un pilote, contrôlable, mesurable. Aujourd’hui, le vocabulaire change. On parle de mise à l’échelle, de standardisation, de continuité. Ça ressemble à une décision de banque… pas à un test de startup.
Et ce renouvellement fonctionne aussi comme un signal interne. Quand une grande institution reconduit un fournisseur sur un sujet aussi sensible que la conservation, elle valide implicitement les processus : gouvernance, contrôles, conformité, gestion des clés. En clair, l’infrastructure devient “banque-compatible”, ce qui est souvent le vrai passage à l’âge adulte en crypto.
Ripple, Metaco et l’obsession du coffre-fort crypto
Pour Ripple, l’accord prolonge la logique déclenchée par l’acquisition de Metaco en 2023. Metaco, c’est le cerveau “orchestration custody” : politiques de signatures, workflows, permissions, séparation des rôles. Ripple, de son côté, apporte l’angle industriel et la capacité à intégrer cette brique dans un récit institutionnel cohérent.
Ce qui intrigue davantage, c’est la combinaison annoncée avec IBM LinuxONE et ses modules de sécurité matérielle (HSM). Là, on sort du discours “cloud cool” et on revient au réflexe bancaire : réduire la surface d’attaque, verrouiller les accès, tracer chaque geste. On parie sur une idée presque old school : la meilleure conformité, c’est celle qui se prouve par l’architecture.
Autrement dit, Garanti BBVA joue une carte très précise : la custody n’est pas seulement un service, c’est un argument réglementaire. Et dans un marché G20 où les lignes bougent vite, l’option la plus rentable n’est pas toujours la plus rapide. C’est souvent la plus défendable devant un superviseur.
Une relation BBVA–Ripple qui dure, s’épaissit, et s’exporte
Ce partenariat n’apparaît pas de nulle part. BBVA et Ripple se croisent depuis des années, avec une succession de tests, d’investissements, et de déploiements progressifs. Dès 2017, BBVA explorait déjà la technologie sous-jacente de Ripple dans des cas d’usage concrets. Et c’est là que ça devient intéressant : ce n’est pas une romance de marché haussier. C’est une relation longue, parfois discrète, mais persistante.
Le fil conducteur, c’est la continuité stratégique. En 2021, BBVA Switzerland lançait une offre commerciale de trading et de custody Bitcoin pour sa clientèle private banking, en s’appuyant sur Metaco pour bâtir une plateforme d’orchestration. Cette décision, à l’époque, ressemblait à un choix technique. Avec le recul, c’était aussi un choix d’écosystème : Metaco est ensuite devenu l’“arm” custody de Ripple.
Puis la Turquie entre en scène avec Garanti BBVA Kripto en 2023, dans un contexte où l’adoption Crypto s’accélère. Le partenariat tripartite annoncé en 2024 avec IBM et Ripple ancre l’idée d’une conservation renforcée par le matériel. Et quand, en 2025, le groupe BBVA côté Espagne annonce à son tour l’intégration de Ripple Custody, la trajectoire devient lisible : on passe d’un terrain local à une logique de groupe. La custody n’est plus un projet. C’est une colonne vertébrale.
Ce que le marché crypto doit lire entre les lignes
Cette annonce ne dit pas « la banque achète de la Crypto ». Elle dit quelque chose de plus structurant : la banque investit dans les rails. Et dans les prochaines années, ce sont les rails, custody, gouvernance, sécurité, conformité, qui décideront quels acteurs pourront servir des volumes sérieux.
Pour Ripple, c’est une manière de repositionner son histoire. Moins “token”, plus “infrastructure”. Moins promesse, plus plomberie haut de gamme. Et pour Garanti BBVA Kripto, c’est un pari sur la confiance : si la conservation tient, tout le reste peut grandir.
