Le pari Bitcoin de Michael Saylor repasse dans une zone inconfortable : la société Strategy affiche une perte latente d’environ 900 millions de dollars quand le Bitcoin flirte avec son prix d’achat moyen, autour de 76 000 $. En clair, la “réserve” de 712 647 BTC est brièvement passée sous l’eau sur le papier, sans que cela ne déclenche la panique côté action.
En bref :
- Strategy repasse brièvement en perte latente quand le Bitcoin se rapproche de son prix moyen d’achat.
- MSTR tient car le marché valorise aussi la capacité à financer de nouveaux achats.
- Le risque clé vient de la structure de financement et de la prime de marché, pas d’une baisse ponctuelle.
Une perte latente n’est pas un appel de marge
Ce contraste saute aux yeux. Le Bitcoin cote aujourd’hui environ 76 648 $, soit juste au-dessus du coût moyen déclaré par Strategy. Et malgré cette fragilité apparente, l’action MSTR reste résiliente, autour de 149,71 $ avec une hausse d’environ 4,6 % sur la séance indiquée. Le marché semble répéter la même phrase : “latente” ne veut pas dire “réalisée”.
La mécanique est simple, mais le ressenti l’est moins. Quand le Bitcoin glisse sous 75 000 $, la valeur de marché du stock de BTC baisse vite, et la perte latente gonfle. C’est ce que soulignent plusieurs suivis récents, en s’appuyant notamment sur Lookonchain.
Ce point compte : Strategy n’est pas un trader sur marge. L’entreprise empile du Bitcoin en trésorerie. Elle peut donc encaisser des phases où le prix passe sous le prix moyen d’achat, sans vente automatique à la seconde où le marché éternue. C’est précisément ce qui rend ces épisodes “supportables”, même s’ils font les gros titres.
La vraie question n’est pas “combien la perte latente fait mal”. Elle est plutôt “combien de temps la structure de financement reste confortable”. Tant que la société garde la main sur son calendrier et ses besoins de cash, le rouge reste un indicateur… pas un piège.
Pourquoi MSTR tient alors que le Bitcoin vacille
MSTR est devenu un instrument hybride. Une action, oui. Mais aussi un proxy Bitcoin avec des couches : dette convertible, émissions d’actions, narration, et parfois une prime (ou une décote) par rapport à la valeur des BTC détenus.
Quand le Bitcoin baisse, on s’attend à voir MSTR décrocher plus fort. Sauf que le marché ne price pas seulement le BTC spot. Il price la capacité de Strategy à continuer d’acheter, et à le faire “à grande échelle”. Sur ce point, les achats récents financés via un programme de vente d’actions au fil de l’eau montrent que la machine peut encore tourner.
Il y a aussi un effet de psychologie pure. Certains investisseurs préfèrent miser sur l’équipe qui “ne lâche rien” plutôt que sur l’actif brut. C’est discutable, mais réel. Le fait que MSTR puisse monter pendant une baisse du Bitcoin raconte surtout une chose : ce titre vit au rythme d’une thèse, pas d’un chandelier.
“More Oranges” : signal de confiance ou routine marketing
Le feuilleton des “oranges” est devenu un code. Quand Saylor poste ses images et ses allusions, une partie du marché s’attend à une annonce d’achat peu après. Cette fois encore, le message est interprété comme un clin d’œil à une poursuite des acquisitions malgré la baisse.
À court terme, ce type de signal joue sur le momentum. Il rassure les convaincus, agace les sceptiques, et nourrit une volatilité qui ressemble à une conversation permanente entre partisans et critiques. Peter Schiff incarne ce second camp et rappelle régulièrement le risque d’un modèle trop dépendant d’un actif cyclique.
Mais il ne faut pas se tromper de débat. Le sujet n’est pas de savoir si une publication sur X “fait monter” le Bitcoin. Le sujet est l’alignement stratégique : Strategy confirme qu’elle se comporte comme une trésorerie Bitcoin assumée, quitte à accepter des trimestres visuellement rouges.
Le risque se cache dans la structure, pas dans une bougie à -4 % sur bitcoin
Le danger n’arrive pas forcément quand le Bitcoin passe sous 75 000 $. Il arrive si la prime de MSTR disparaît durablement, ou si les conditions de financement se durcissent. Des analyses récentes notent que l’essor des ETF Bitcoin spot et la dilution via émissions peuvent réduire l’attrait de MSTR comme “accès privilégié” au Bitcoin, et donc comprimer cette prime.
C’est là que l’histoire devient moins binaire. Si MSTR se met à trader sous sa valeur d’actifs nette, lever des fonds devient plus coûteux. Et si lever devient difficile, le scénario impensable revient sur la table : vendre une partie des BTC pour respirer. On n’y est pas, mais le marché aime anticiper les chemins possibles, même ceux qu’il n’empruntera peut-être jamais.
Pour l’instant, les chiffres officiels que Strategy publie sur ses achats restent le meilleur repère. Ils montrent une position massive, un coût moyen clair, et une trajectoire assumée. Le rouge du moment ressemble donc moins à une fin de partie qu’à un test de nerfs, comme le Bitcoin sait si bien en fabriquer.
