Nomura Holdings réduit son exposition au marché crypto après des pertes enregistrées au troisième trimestre de son exercice, via sa filiale d’actifs numériques Laser Digital. L’objectif affiché est simple. Couper la volatilité des résultats et éviter qu’un retournement du marché ne vienne parasiter le reste du groupe.
En bref :
- Nomura réduit le risque crypto après des pertes chez Laser Digital.
- Le groupe durcit la gestion des positions pour limiter les à-coups de résultats.
- En parallèle, un rachat d’actions vise à rassurer le marché.
Un coup de frein déclenché par la volatilité crypto
La séquence a un parfum de déjà-vu. Une hausse rapide, puis un essoufflement brutal. Selon les informations rapportées par Bloomberg, la filiale crypto a subi des pertes sur la période d’octobre à décembre 2025, dans un contexte de marché agité.
En coulisses, le discours interne change de tonalité. Le directeur financier, Hiroyuki Moriuchi, a expliqué que la gestion des positions a été resserrée. Moins de liberté, plus de limites, et une logique de contrôle du risque plus proche d’un desk “macro” que d’un pari directionnel.
Cette prudence n’est pas une capitulation. Elle ressemble plutôt à un rappel à l’ordre. La crypto peut doper un récit d’innovation, mais elle sait aussi grignoter un trimestre en quelques séances suite à sa volatilité. Nomura veut garder l’option, sans payer l’addition à chaque soubresaut
Laser Digital : l’ambition reste, la voilure se réduit
Laser Digital est pensée comme un pont entre finance traditionnelle et actifs numériques. La structure est basée en Suisse, avec une promesse “institutionnelle” : trading, solutions, gestion, investissements. Ce n’est pas un gadget marketing. C’est une brique stratégique.
Mais même une brique stratégique doit survivre aux cycles. Le marché crypto a une manière particulière de tester les organisations : il accélère quand tout va bien, puis il exige une discipline de fer quand la liquidité se retire. C’est souvent là que la gouvernance rattrape les ambitions.
Le paradoxe du moment est frappant. D’un côté, Nomura durcit la gestion du risque. De l’autre, Laser Digital continue d’élargir son terrain de jeu, y compris via des projets d’intégration plus “banque-compatible”, comme une démarche de licence aux États-Unis rapportée récemment. Autrement dit : moins d’exposition tactique, mais une trajectoire long terme maintenue.
Effet sur les résultats et lecture des investisseurs
Sur le trimestre clos au 31 décembre 2025, le bénéfice net consolidé ressort à 91,6 milliards de yens, sous les attentes de plusieurs analystes, d’après les chiffres relayés. Ce point compte, car il montre le vrai enjeu. Nomura n’essaie pas de “deviner” le prochain mouvement crypto. Elle cherche à lisser les bénéfices. La maison mère veut que ses activités cœur (gestion de patrimoine, actions, banque d’investissement) restent lisibles, même si la crypto traverse un hiver express.
La Bourse, elle, a répondu sans nuance. Le 2 février 2026, l’action a reculé en séance, avec une baisse pouvant atteindre 6,7% autour de 1 318 yens, selon la presse japonaise. Le marché a entendu “volatilité”, et il a immédiatement recalculé le risque.
Le buyback comme contrepoids, et ce que ça dit du “risk appetite”
Pour équilibrer le récit, Nomura a annoncé un programme de rachat d’actions. Plafond : 60 milliards de yens et jusqu’à 100 millions d’actions. La fenêtre court du 17 février au 30 septembre 2026, avec des règles d’exécution précises.
Ce détail n’est pas anodin. Un buyback, c’est un signal de confiance. C’est aussi une manière de dire : “le groupe est solide, même si une poche crypto a dérapé”. La direction met une jambe sur le frein et l’autre sur l’accélérateur. Ça peut sembler contradictoire, mais c’est souvent comme ça que les grands établissements traversent les cycles.
Au fond, l’histoire est moins “anti-crypto” qu’elle n’en a l’air. Nomura garde son exposition structurelle au secteur, mais refuse de laisser une classe d’actifs dicter l’humeur trimestrielle du groupe. Dans la finance, la patience est une vertu. La volatilité, elle, n’a jamais eu de patience.
