Le marché crypto vient de passer d’un mode “optimisme prudent” à un mode “stress test”. Pas un simple pullback esthétique. Un vrai choc de levier. En 24 heures, la capitalisation totale a reculé d’environ 2,66% pour retomber autour de 2,58 trillions de dollars. Ce qui rend la période intéressante, c’est le mélange. Des statistiques d’emploi américaines. des indicateurs d’activité, des signaux de liquidité via le bilan de la banque centrale.
Et, en fond sonore, une actualité politique autour de la direction de la banque centrale qui peut changer la perception du risque. Quand tout ça se superpose, la volatilité n’est pas un accident. C’est le produit. Voici 7 événements à suivre. L’objectif n’est pas de prédire. L’objectif est de savoir quand le marché risque de bouger, et pourquoi.
1) Lundi 2 février : ISM manufacturier, l’humeur des usines
Le premier domino, c’est l’ISM manufacturier américain (PMI). C’est un indicateur qui résume l’activité industrielle, mais surtout l’ambiance. Les commandes. Les prix. Les délais. Les emplois.
Pour la crypto, ce n’est pas la partie “usines” qui compte. C’est la lecture “croissance vs ralentissement”. Et, derrière, la trajectoire probable des taux et du dollar.
Les calendriers macro de la semaine mettent bien l’ISM en haut de l’affiche, avec une attente autour de 48,x (zone de contraction). Si l’ISM surprend à la hausse, le marché peut interpréter “croissance résistante”. Paradoxalement, ça peut être mauvais à court terme pour la crypto, si ça relance l’idée de taux plus hauts plus longtemps.
Si l’ISM déçoit, il peux y avoir un réflexe risk-off… puis un second temps, plus favorable, si les traders y lisent un futur assouplissement monétaire. C’est souvent une danse en deux temps. Brutale. Puis rationnelle. À garder en tête : après une phase de liquidations, le marché crypto réagit parfois comme une plage après la tempête. D’abord des débris partout. Ensuite, une ligne de flottaison plus claire.
2) Mardi 3 février : JOLTS, le thermomètre du marché du travail
Le rapport JOLTS (offres d’emploi) est moins “grand public” que les NFP, mais il a une qualité rare. Il donne une image de la tension du marché du travail. Et, par extension, du pouvoir de négociation salarial. Or, inflation et salaires, c’est une vieille histoire. Et la banque centrale la relit en boucle.
Les attentes pour la semaine évoquent un léger reflux des offres d’emploi. Si JOLTS est trop solide, les marchés peuvent se dire :
“La banque centrale n’a aucune raison d’accélérer les baisses.”
Et dans un marché crypto déjà fragilisé, ce type de lecture peut suffire à rallumer la mèche sur les dérivés : financement, primes, et nouveaux flushs. À l’inverse, un JOLTS nettement plus faible peut redonner de l’air. Pas parce que “l’économie va bien”. Mais parce que la perspective de conditions financières plus souples redevient crédible.
3) Mercredi 4 février : ADP + ISM services, la double lame
Mercredi est souvent une journée piégeuse. ADP (estimation de créations d’emplois dans le privé) arrive avant les chiffres officiels. Et l’ISM services donne une lecture de l’activité là où l’économie américaine est réellement massive : les services. Les calendriers de la semaine mettent ADP et ISM non-manufacturier au menu. Pour la crypto, c’est le combo qui compte.
- ADP fort + ISM services fort : c’est un cocktail “taux plus hauts, plus longtemps”. Le marché peut re-pricer le risque.
- ADP faible + ISM services faible : c’est “ralentissement”, donc stress… mais aussi potentiel pivot futur.
Ce que j’observe souvent en période de nervosité crypto, c’est que les traders utilisent ces journées comme des tests de liquidité. Si le marché tient bien une mauvaise statistique, c’est un signal. S’il s’effondre sur une stat “moyenne”, c’est aussi un signal, mais beaucoup moins agréable.
4) Jeudi 5 février : bilan de la banque centrale, la plomberie avant la psychologie
Jeudi, il y a un rendez-vous que beaucoup de traders crypto négligent, alors qu’il agit en coulisses : la publication H.4.1, le bilan hebdomadaire de la banque centrale américaine. Il sort en général chaque jeudi à 16h30 (heure de Washington). Ce rapport, c’est la plomberie. Réserves. Facilities. Variation des actifs. Et dans un marché où la crypto réagit à la liquidité comme une plante réagit à l’eau, la plomberie finit toujours par compter.
Pourquoi c’est particulièrement sensible en ce moment ? Parce que la banque centrale a récemment communiqué sur des achats techniques de bons du Trésor à court terme, précisément pour gérer la liquidité et maintenir un niveau “ample” de réserves. Ce n’est pas présenté comme un stimulus. Mais le marché, lui, regarde l’effet, pas le storytelling.
Ajoute à ça la nervosité autour de la direction future, avec la nomination de Kevin Warsh par Donald Trump selon Brefcrypto, et tu obtiens un mix explosif : perception d’un possible resserrement via la réduction du bilan, versus injections techniques destinées à éviter un manque de réserves. Dans la crypto, la perception fait souvent plus de dégâts que la réalité. Surtout quand le levier est déjà trop chargé.
5) Jeudi 5 février : demandes hebdomadaires d’allocations chômage, le détail qui déplace des montagnes
Le même jour, les demandes hebdomadaires d’allocations chômage (Initial Jobless Claims) tombent. En temps normal, c’est un indicateur “secondaire”. En semaine de NFP, il devient un dernier ajustement. Un avant-goût. Un outil de positionnement.
Les calendriers macro mettent bien l’événement dans la séquence de la semaine. Un chiffre nettement plus haut que prévu peut soutenir un scénario “ralentissement”, donc future détente monétaire, donc soulagement pour la crypto mais seulement si le marché n’est pas déjà en panique.
Si le marché est en panique, tout se vend d’abord. Les explications viennent après. C’est injuste, mais cohérent. La crypto vit dans un monde où le réflexe peut précéder la logique.
6) Vendredi 6 février : NFP, le grand test de réalité
Vendredi, c’est la sortie du rapport sur l’emploi américain (NFP), avec créations de postes, chômage, salaires. C’est souvent le moment où la semaine choisit un camp.
Les estimations publiques de la semaine tournent autour de 70k créations et 4,4% de chômage, selon des calendriers de référence.
Pour la crypto, deux variables sont particulièrement toxiques quand elles surprennent : Les salaires horaires, s’ils accélèrent. Parce que l’inflation redevient un sujet. Le chômage, s’il baisse trop, parce que ça renforce l’idée d’une économie “trop solide” pour justifier des baisses rapides.
À l’inverse, un rapport plus faible peut déclencher un rallye de soulagement. Parfois violent.
Pas parce que “l’économie va mieux”. Mais parce que les marchés se projettent immédiatement vers des conditions financières plus souples. C’est là que la crypto se comporte comme un marché à haute fréquence émotionnelle. Les chandeliers sont parfois des caricatures de psychologie.
7) Samedi 7 février : réserves de change de la Chine, le signal global inattendu
Le dernier rendez-vous de la semaine n’est pas américain. La Chine publie ses réserves de change. Et, cette fois-ci, la date est clairement indiquée : samedi 7 février à 08:00 GMT sur certains calendriers économiques.
Pourquoi ça intéresse un investisseur crypto ? Parce que les réserves de change, c’est une fenêtre sur le stress global. Sur la gestion du yuan. Sur la pression du dollar. Quand les marchés commencent à s’inquiéter de liquidité mondiale, ce genre de chiffre devient une pièce du puzzle.
En décembre 2025, les réserves chinoises étaient autour de 3,358 trillions de dollars, selon des données de suivi macro. Si le chiffre déçoit fortement, certains y verront un signal de tension. Et la crypto, dans un moment fragile, n’a pas besoin de signaux de tension supplémentaires.
Si le chiffre est stable ou en hausse, ça ne déclenche pas forcément un pump. Mais ça retire une source de bruit.
Le marché crypto ne regarde pas seulement les news : il regarde le levier
Les événements macro expliquent la direction potentielle. Mais la violence des mouvements vient d’ailleurs. Elle vient du levier. Et de la façon dont il se casse.
Sur les dernières 24 heures autour de l’épisode de baisse, CoinGlass affiche des liquidations agrégées qui peuvent dépasser 2 milliards de dollars, avec des pics rapportés autour de 2,56 milliards à l’échelle du réseau sur certaines fenêtres. Ce n’est pas une simple “vente”. C’est une vente forcée. Ce n’est pas la même psychologie. Et ce n’est pas la même dynamique.
Quand une liquidation se produit, elle crée une pression mécanique. Le marché vend parce qu’il doit vendre. Pas parce qu’il a réfléchi. Et quand beaucoup de positions sont construites de la même manière, ça fait cascade. La crypto adore les cascades. Elle les fabrique.
Dans ce genre de phase, il y a trois indicateurs simples que j’aime surveiller. Pas besoin d’outils ésotériques. Le nombre de traders liquidés. Quand il est énorme, tu sais qu’une partie du “trop-plein” a été purgée. La plus grosse liquidation individuelle. Parce qu’elle donne une idée du niveau de concentration du risque.
Et la proportion longs vs shorts. Quand 80–90% des liquidations sont des longs, tu sais que le marché a puni l’optimisme. Et qu’il peut ensuite rebondir, même sans bonnes nouvelles, simplement parce que la pression mécanique s’est calmée. C’est d’ailleurs ce qu’on voit souvent après un flush. Le prix remonte. Pas parce que tout le monde est devenu bullish. Mais parce que les vendeurs forcés sont déjà partis.
“Bitcoin vs or” : le narratif se fissure, puis se reconstruit
Cette semaine, beaucoup vont ressortir l’histoire du “digital gold”. Et ils vont la regarder se faire démonter en direct, si l’or reste ferme pendant que la crypto vacille.
Plusieurs analyses soulignent justement que le bitcoin a eu du mal à jouer le rôle de valeur refuge ces derniers jours, contrairement à l’or. En parallèle, Coin Metrics rappelait récemment que la corrélation roulante bitcoin-or restait historiquement faible, malgré le narratif.
Alors pourquoi parle-t-on d’une corrélation de 63% ? Parce que certains articles et commentateurs utilisent des fenêtres très courtes. Et sur une fenêtre courte, tu peux faire dire beaucoup de choses à une corrélation. C’est un peu comme juger un film sur deux scènes. Parfois ça marche. Souvent ça trompe.
Le point utile, pour un lecteur crypto, n’est pas de trancher “or ou bitcoin”. Le point utile, c’est de comprendre que la macro impose un régime. Et que, dans ce régime, la crypto est traitée comme un actif risqué tant que la liquidité est perçue comme fragile.
La politique monétaire devient un facteur crypto direct
Il y a un autre élément qui rend la semaine nerveuse : la crédibilité, ou l’incertitude, sur la trajectoire de la banque centrale. La banque centrale américaine a maintenu récemment son taux cible dans une fourchette 3,5%–3,75%, selon le communiqué officiel. En soi, ce n’est pas un choc. Le choc, c’est ce que le marché projette ensuite sur la liquidité et le bilan.
Brefcrypto a mis en avant le risque que la réduction du bilan devienne un sujet plus politique, ou plus agressif, avec le changement potentiel de leadership Et dans le même temps, la banque centrale a déjà expliqué que certains achats de bons du Trésor à court terme étaient “techniques”, pour la gestion des réserves.
Le marché crypto reçoit donc deux messages qui se frottent l’un à l’autre. D’un côté, “on achète pour maintenir des réserves amples”. De l’autre, “on veut un bilan plus petit”. Ce frottement suffit à créer une prime de risque. Et la prime de risque se voit dans la crypto avant de se voir ailleurs, parce que la crypto réagit vite. Trop vite, parfois.
Deux scénarios plausibles : rebond propre, ou nouvelle jambe de baisse
La semaine peut finir très différemment selon la façon dont les chiffres d’emploi et la lecture de liquidité s’alignent. Le Scénario de rebond propre devient crédible si les données d’emploi ralentissent sans s’effondrer, et si les marchés lisent une trajectoire de taux compatible avec des conditions financières moins serrées. Dans ce cas, la crypto peut rebondir même sans catalyseur “crypto-native”. Le catalyseur, c’est l’air qui revient dans la pièce.
Le Scénario d’une “nouvelle jambe de baisse” devient crédible si l’emploi surprend à la hausse, surtout via salaires, et si le marché reprice des taux plus élevés plus longtemps. Dans un marché déjà marqué par des liquidations, ça peut déclencher une seconde vague. Moins large. Mais plus profonde sur certaines alts, parce que la liquidité s’y évapore plus vite.
Entre les deux, il y a le scénario le plus fréquent en crypto : la mèche. Des mouvements violents dans les deux sens. Et une clôture de semaine qui donne l’impression que “rien n’a changé”, alors que beaucoup de positions ont changé de mains.
Ce que tu peux faire, concrètement, en tant qu’observateur du marché crypto
Tu n’as pas besoin de deviner l’avenir. Tu as besoin de surveiller les bons moments. Lundi et mercredi, les indicateurs d’activité et les pré-signaux emploi donnent souvent le ton. Jeudi, la plomberie de la liquidité et les jobless claims affinent la narration.
Vendredi, le NFP tranche souvent l’hésitation. Samedi, la Chine ajoute un reflet global que les marchés peuvent digérer à froid. Et au milieu de tout ça, garde un œil sur les liquidations et le levier. Parce que c’est là que la crypto révèle sa vraie nature : un marché qui peut être rationnel… mais rarement en premier.
Conclusion : une semaine courte, mais lourde
Cette semaine n’est pas “importante” parce qu’elle a sept événements sur un calendrier.
Elle est importante parce que le marché crypto arrive fragilisé, avec un levier qui a déjà explosé une première fois, et une macro qui remet des tests de résistance à la suite.
Si les chiffres apaisent, il peut y avoir un rebond rapide. Si les chiffres rallument le thème “taux plus hauts” ou “liquidité plus rare”, la crypto peut encore payer le prix du doute.
Dans ce genre de moments, la meilleure compétence n’est pas la prédiction. C’est la lecture.
Lire le rythme. Lire la liquidité, la réaction du marché aux chiffres, plus que les chiffres eux-mêmes. Et, surtout, accepter l’idée que la crypto ne “revient pas à la normale”.
Elle invente sa propre normale. Souvent en criant.
