Les cryptos adorent les récits simples. “ETF”, “halving”, “adoption”. Mais cette semaine, le scénario qui pèse n’a rien de glamour : la plomberie politique américaine. Après un shutdown partiel démarré le 31 janvier 2026, un accord a bien été signé pour remettre la machine en route… sauf qu’il laisse une mèche allumée côté Department of Homeland Security, financé seulement jusqu’au 13 février 2026. Et quand une mèche brûle, les marchés n’attendent pas l’explosion pour sentir la fumée.
En bref :
- Après le shutdown du 31 janvier, l’accord relance l’État, mais DHS reste sous-financé jusqu’au 13.
- La crypto amplifie l’incertitude politique; la liquidité se tend, comme l’explique Raoul Pal ces jours.
- Polymarket chiffre le risque, Cowen reste prudent, Van de Poppe vise un rebond court encore.
Un shutdown, ce n’est pas “juste” du bruit politique pour la crypto.
Le risque de « shutdown » s’est éloigné après un accord entre le Sénat et Trump, mais l’épisode laisse une trace nette sur les marchés. Un shutdown, c’est d’abord un choc de confiance. Pas forcément parce que l’économie s’arrête net, mais parce que les opérateurs détestent l’incertitude bête : celle qui tombe d’un vote, d’un blocage, d’un bras de fer. La crypto, qui vit déjà sur un fil émotionnel, amplifie ce genre de signal.
Dans les derniers jours, plusieurs observateurs ont insisté sur un point : le frein principal n’est pas “la crypto qui casse”, mais la liquidité qui se tend. Raoul Pal, par exemple, relie le sell-off à une crise de liquidité américaine, aggravée par des épisodes de shutdown et des frictions de “plumbing” financier. Quand l’eau circule moins, tout ce qui flotte… flotte moins haut.
Et le timing compte. Le texte signé début février a mis fin au shutdown, mais il a aussi installé un compte à rebours. Résultat : les marchés se comportent comme un pilote qui voit un voyant orange. Il roule encore, mais il coupe la clim et baisse la musique.
Polymarket et la psychologie du “probable”
Le détail qui rend l’histoire plus piquante : les traders ne se contentent plus de commenter, ils chiffrent l’angoisse. Sur Polymarket, le contrat “nouveau shutdown d’ici le 14 février” affiche des probabilités élevées (autour de 74 % selon les mises et l’instant). Ce n’est pas une vérité officielle, mais c’est un thermomètre : il mesure la nervosité collective en temps réel.
Ce type de jauge agit comme un miroir. Plus la probabilité grimpe, plus certains réduisent le risque, plus le marché devient fragile… et plus la probabilité paraît “logique”. C’est une boucle. Pas forcément rationnelle, mais terriblement humaine.
Le contexte politique explique pourquoi la menace persiste : la bataille porte sur le financement de DHS et des demandes de réformes, avec une date butoir très courte. Même quand une partie du gouvernement est financée jusqu’au 30 septembre, ce petit pourcentage non réglé suffit à faire trembler les actifs risqués.
Le sell-off est-il vraiment derrière nous ? Les scénarios qui s’entrechoquent
Sur le plan “lecture de marché”, Benjamin Cowen a remis une pièce dans la machine : selon lui, le sell-off n’est pas forcément terminé, et les rebonds contre-tendance peuvent rester… des rebonds, surtout dans certaines périodes du cycle. Il évoque aussi l’idée que, historiquement, des rallies en année de “midterm” peuvent plafonner vers début mars. À prendre comme une grille de lecture, pas comme une prophétie gravée dans le marbre.
En face, l’école plus opportuniste existe. Michaël van de Poppe, lui, projette un scénario de “higher low” et de retour vers des niveaux plus élevés à court terme si le marché reprend son souffle, avec l’idée d’aller chercher des zones techniques (comme des gaps CME) et de tirer les altcoins dans son sillage. Là encore : ce n’est pas une garantie, c’est une trajectoire possible.
La vérité, c’est que le marché est coincé entre deux forces : le calendrier politique, avec le 13 et le 14 février comme catalyseur, et la microstructure, c’est-à-dire la liquidité, les flux et l’appétit pour le risque. Un deal clair à Washington peut déclencher un soulagement rapide. Mais dès que l’horizon budgétaire se brouille, la prudence reprend le dessus, d’autant que le risque de shutdown remonte à 78 % et que la loi CLARITY déraille, ce qui rajoute encore de l’incertitude. Et dans la crypto, la prudence se traduit souvent par une phrase silencieuse : “je reviendrai plus tard”.
