Bitcoin conçu pour brûler Wall Street. Aujourd’hui, Wall Street le possède. Depuis l’arrivée des ETF au comptant en 2024, l’actif le plus rebelle de l’histoire financière s’est assagi. Les institutions sont entrées et avec elles, leurs règles, leurs dérivés, leur obsession du contrôle. Le bull run tant promis ? Étouffé dans l’œuf par ceux-là mêmes censés l’alimenter.
En bref :
- Les ETF Bitcoin absorbent la demande via des dérivés, sans pression directe sur l’offre physique
- Les participants autorisés stabilisent les prix plutôt que de les propulser à la hausse
- La maturité du Bitcoin réduit mécaniquement l’amplitude des cycles haussiers
Les ETF Bitcoin : une arme à double tranchant pour les prix
L’arrivée des ETF Bitcoin au comptant devait déclencher le bull run du siècle. Deux ans plus tard, le constat est amer : les capitaux sont là, mais le prix fait la grève. Après Peter Sheff, Jeff Park, directeur des investissements chez ProCap et conseiller chez Bitwise, pointe le Wall Street ce mercredi 25 février 2026. Selon lui, le problème n’est pas une firme isolée, c’est la plomberie structurelle du système ETF lui-même.
Au cœur du mécanisme se trouvent les participants autorisés (PA), ces intermédiaires agréés qui créent et rachètent les parts d’ETF. Sur le seul IBIT de BlackRock, ce roster comprend Jane Street, JPMorgan, Macquarie, Virtu Americas, Goldman Sachs, Citadel Securities, Citigroup, UBS et ABN AMRO. Leur mission : maintenir la parité entre le prix de l’ETF et la valeur réelle du Bitcoin. Pas le faire monter.
Ces acteurs ne spéculent pas. Ce sont des arbitragistes. Et leur outil de couverture privilégié, ce sont les marchés à terme pas les achats directs de BTC spot. Les futures Bitcoin se négociant souvent à prime par rapport au spot, phénomène dit de contango, les PA peuvent se couvrir via les futures tout en encaissant le différentiel de base. Résultat immédiat : les flux entrants des ETF ne génèrent pas toujours de pression acheteuse immédiate sur le marché spot, ce qui fragilise l’hypothèse selon laquelle la demande ETF se traduit directement en hausse des prix.
La fin des envolées verticales : une stabilisation forcée
Ce mécanisme court-circuite le cercle vertueux qui a historiquement alimenté les hausses spectaculaires du Bitcoin. Quand un PA crée de nouvelles parts d’ETF, il ne se précipite pas pour acheter du BTC sur les exchanges, il s’approvisionne discrètement via des desks OTC, puis couvre sa position via les futures. La pression acheteuse existe sur le papier. Sur le marché, elle reste invisible.
Le passage aux créations et rachats en nature, approuvé en juillet 2025, amplifie encore cet effet. Les PA peuvent désormais sourcer le Bitcoin directement, auprès des contreparties de leur choix, en minimisant tout impact visible sur le marché. Ce qui provoquait autrefois des chandeliers verticaux en quelques heures se dilue désormais sur plusieurs jours, absorbé dans des transactions de gré à gré sans trace sur les exchanges.
Un écart de 6,9 milliards de dollars d’achats institutionnels comparé à la même période en 2025 illustre à quel point le sentiment institutionnel s’est retourné, sans que le prix n’enregistre le choc qu’un tel mouvement aurait jadis provoqué. L’exposition au Bitcoin peut désormais être générée artificiellement, sans que les acheteurs se disputent une offre limitée.
Le Bitcoin reste techniquement volatil, mais structurellement bridé. Les acheteurs défendent encore certains niveaux clés, mais sans la conviction des cycles précédents. La tendance générale reste prudente, loin de l’élan explosif qui caractérisait les grands rallyes du passé.
Le Bitcoin n’est pas manipulé, il est simplement devenu un actif adulte, absorbé dans la mécanique froide des marchés financiers traditionnels. C’est précisément ce que beaucoup réclamaient. Et c’est peut-être la raison pour laquelle les 150 000 $ se font attendre.
