Core Scientific a payé 41,9 millions de dollars pour rompre son contrat de machines de minage de bitcoin avec Block et sa division Proto. L’entreprise renonce ainsi à un projet qui devait lui apporter environ 15 EH/s de puissance supplémentaire. Ce retrait n’est pas un simple ajustement. Il confirme que l’ancien géant du minage transforme désormais ses centres de données en infrastructures destinées à l’intelligence artificielle.
Bitcoin perd un contrat de minage représentant 15 EH/s
Ce choix prolonge une tendance déjà visible lorsque Core Scientific affichait un rendement IA exceptionnel. L’accord annulé avait été annoncé en juillet 2024. Block devait fournir à Core Scientific des puces de minage gravées en 3 nanomètres. L’ensemble du matériel devait représenter environ 15 EH/s de puissance informatique, avec une option permettant d’augmenter encore le volume commandé.
Block présentait alors ce contrat comme une étape majeure pour sa division Proto. Dans son communiqué de juillet 2024, l’entreprise indiquait que Core Scientific devenait le premier client de grande taille pour ses nouveaux ASIC Bitcoin. Deux ans plus tard, le signal envoyé est beaucoup moins favorable au minage.
Core Scientific a finalement accepté une charge de 41,9 millions de dollars pour mettre fin au contrat. Selon Protos, la résiliation couvre les commandes existantes et les livraisons futures prévues avec Block et Proto. Les modalités précises du paiement n’ont pas été détaillées dans le rapport trimestriel.
Cette décision ferme la porte à une expansion importante de la flotte Bitcoin de l’entreprise. Core Scientific affirme désormais ne plus vouloir acheter de nouvelles machines pour maintenir ou augmenter son hashrate. Elle continuera à exploiter ses équipements restants afin d’en tirer des liquidités, avant de les vendre ou de les retirer progressivement.
Les revenus liés à l’IA écrasent désormais le minage
Le deuxième trimestre montre pourquoi Core Scientific accepte de payer aussi cher pour sortir du contrat. Les revenus de colocation à haute densité ont atteint 136,7 millions de dollars, contre seulement 10,6 millions un an plus tôt. Cette activité représente désormais 83 % du chiffre d’affaires trimestriel.
À l’inverse, les revenus issus du minage direct de bitcoin ont chuté de 66 %, passant de 62,4 à 21,5 millions de dollars. Leur poids dans le chiffre d’affaires est tombé de 80 % à seulement 13 % en un an. La production de BTC a également diminué de 53 % sur la période.
Core Scientific réaffecte donc l’électricité de ses machines de minage à des centres de données capables d’accueillir des processeurs graphiques et d’autres équipements informatiques très puissants. L’entreprise disposait de 395 MW de capacité facturable au 30 juin, puis de 437 MW à la mi-juillet. Son chiffre d’affaires total a plus que doublé pour atteindre 164,2 millions de dollars, comme l’a aussi relevé Investing.com dans son suivi des résultats trimestriels.
Core Scientific devient surtout un propriétaire d’infrastructures IA
La transformation dépasse une simple diversification. Core Scientific présente maintenant la colocation à haute densité comme son activité principale. Sur les six premiers mois de 2026, elle a généré 77 % des revenus, contre seulement 12 % durant la même période en 2025.
L’entreprise a conclu un partenariat avec AMD pouvant couvrir jusqu’à 2,5 GW de capacité. Les premiers contrats portent sur environ 530 MW répartis entre cinq sites pendant quinze ans. Ils pourraient produire plus de 14 milliards de dollars de revenus contractuels de base. Sa capacité totale louée atteint déjà environ 1,1 GW.
Le modèle devient plus prévisible que le minage de bitcoin. Les contrats de centres de données s’étendent sur plusieurs années et produisent des paiements réguliers. Le minage dépend davantage du prix du BTC, de la difficulté du réseau, des frais, du coût de l’électricité et de l’efficacité des machines. C’est la même équation qui pousse d’autres acteurs à comparer le rendement du Bitcoin et celui de l’IA par unité d’électricité.
Le virage vers l’IA apporte aussi de nouveaux risques
L’IA ne garantit pourtant pas une rentabilité facile. Core Scientific a dépensé 797,5 millions de dollars au deuxième trimestre, contre 121,3 millions un an auparavant. La construction et la conversion de centres de données nécessitent des transformateurs, des systèmes de refroidissement et des équipements électriques coûteux.
L’entreprise affichait également 4,3 milliards de dollars de dette à long terme et environ un milliard de dollars d’engagements d’achat ou de construction à la fin de juin. Elle disposait en parallèle de 1,82 milliard de dollars de liquidités. Son changement de modèle exige donc beaucoup de capitaux avant que toutes les nouvelles capacités deviennent facturables.
La concentration des clients représente un autre danger. CoreWeave a fourni toute l’activité de colocation actuelle et environ 77 % du chiffre d’affaires du premier semestre. Le partenariat avec AMD doit progressivement diversifier cette dépendance, mais plusieurs années seront nécessaires pour construire et livrer les capacités promises.
Core Scientific ne quitte pas immédiatement Bitcoin. Ses dernières activités de minage hébergé devraient se terminer avant la fin de 2026, tandis que le minage direct diminuera progressivement. Le paiement de 42 millions de dollars envoie néanmoins un message limpide : pour cette entreprise, les mégawatts valent désormais davantage lorsqu’ils alimentent l’IA que lorsqu’ils produisent des BTC. Pour le secteur, ce basculement arrive aussi dans un moment où d’anciens géants du minage Bitcoin restent sous pression.
En bref
- Core Scientific paie 41,9 millions de dollars pour annuler un contrat de minage Bitcoin.
- Ses revenus de colocation IA ont atteint 136,7 millions de dollars au deuxième trimestre.
- L’entreprise reste exposée à une dette élevée et à une forte concentration de clients.
