La nomination de Todd Blanche au poste de procureur général des États-Unis arrive devant le Sénat dans un moment très sensible pour la crypto. Ce vote dépasse largement sa carrière personnelle. Blanche pourrait diriger le ministère de la Justice chargé d’appliquer les règles éthiques du CLARITY Act. Or, plusieurs démocrates doutent de son indépendance face à Donald Trump.
Todd Blanche arrive devant un Sénat divisé
Cette nomination intervient alors que la Maison-Blanche disait avoir débloqué le volet éthique du CLARITY Act. La commission judiciaire du Sénat doit encore faire avancer le dossier Blanche avant un éventuel vote en séance plénière.
La page officielle de la commission judiciaire du Sénat indique que son audition de nomination s’est tenue le 15 juillet 2026. Le lendemain, une seconde journée d’audition a permis d’entendre plusieurs témoins sur sa candidature.
Blanche occupe déjà les fonctions de procureur général par intérim depuis avril 2026. Il a auparavant travaillé comme avocat personnel de Donald Trump. Cette proximité alimente les critiques démocrates et complique le débat sur l’application future des règles éthiques visant les intérêts crypto de l’exécutif.
Plusieurs élus estiment qu’un ancien avocat du président ne peut pas superviser de manière crédible des enquêtes visant les intérêts financiers de son ancien client. Des organisations juridiques et civiques ont également demandé au Sénat de rejeter sa nomination, invoquant des doutes sur l’indépendance du ministère de la Justice.
Le CLARITY Act dépend du pouvoir du ministère de la Justice
Le CLARITY Act doit établir un cadre national pour le marché crypto américain. Mais son adoption ne dépend plus seulement de la répartition des compétences entre la SEC et la CFTC. Le débat porte désormais sur la capacité réelle des autorités à appliquer ses règles éthiques.
Le compromis discuté interdirait à certains responsables fédéraux, dont le président, d’émettre ou de promouvoir directement des actifs numériques pendant une période déterminée. Le ministère de la Justice jouerait un rôle central dans l’application de ces restrictions.
Pour plusieurs démocrates, ce mécanisme manque de crédibilité. Ils craignent qu’un DOJ dirigé par un proche de Trump hésite à enquêter sur les activités crypto du président ou de sa famille. Cette inquiétude rejoint les débats provoqués par les 1,4 milliard de dollars de revenus crypto attribués à Trump.
La nomination de Blanche devient donc un test politique. Les sénateurs ne votent pas seulement pour choisir le prochain procureur général. Ils décident aussi si le futur contrôleur des règles éthiques du CLARITY Act paraît assez indépendant pour convaincre l’opposition.
Un fonds controversé fragilise encore Blanche
La confirmation de Blanche est déjà compliquée par le projet de fonds dit « anti-weaponization ». Ce mécanisme devait être financé dans le cadre d’un accord lié à une procédure fiscale engagée par Trump. Ses détracteurs craignent qu’il puisse servir à indemniser des alliés politiques du président.
L’Associated Press rapporte que le fonds de 1,8 milliard de dollars est au cœur du blocage entre la Maison-Blanche et les sénateurs républicains John Cornyn et Thom Tillis. Les deux élus réclament des garanties écrites confirmant que le projet ne sera pas réactivé.
Blanche a assuré que le fonds était abandonné. Cornyn et Tillis exigent toutefois une confirmation formelle du ministère de la Justice. Donald Trump a brouillé le message en défendant publiquement le principe du fonds, tout en affirmant ensuite que le projet était mort.
Cette confusion renforce les inquiétudes autour du CLARITY Act. Si le DOJ ne peut pas rassurer deux sénateurs républicains sur une question interne, les démocrates auront encore plus de mal à lui confier le contrôle des intérêts crypto du président.
Les opposants invoquent l’indépendance du DOJ
Les critiques de Blanche ne se limitent pas au fonds contesté. Dans une lettre publiée début juillet, CREW estime que sa confirmation transformerait le DOJ en instrument politique au service de Trump. L’organisation affirme que son parcours pose une menace directe pour la gouvernance éthique et la responsabilité publique.
La Leadership Conference on Civil and Human Rights et plusieurs dizaines d’organisations ont également demandé le rejet de sa nomination. Elles soutiennent que le ministère de la Justice doit rester capable d’appliquer la loi sans dépendre des intérêts personnels du président.
Les républicains favorables à Blanche présentent une lecture inverse. Chuck Grassley a salué son engagement pour l’ordre public et la transparence. Dans un communiqué officiel, le président de la commission judiciaire a jugé Blanche qualifié pour diriger le ministère.
Cette fracture rend le vote plus lourd qu’une confirmation ordinaire. Le DOJ est déjà au centre du compromis éthique du CLARITY Act. Sa crédibilité devient donc un élément directement lié à la capacité de la loi crypto à obtenir des voix démocrates.
Le vote peut débloquer ou condamner la loi crypto
Une confirmation rapide renforcerait la position de la Maison-Blanche. Elle permettrait à l’administration de présenter un ministère de la Justice pleinement installé avant le vote du CLARITY Act. Mais elle pourrait aussi durcir l’opposition démocrate.
Si Blanche est confirmé sans garanties supplémentaires, certains sénateurs pourraient refuser tout accord éthique laissant l’application de la loi au DOJ. Le texte aurait alors plus de difficulté à réunir les voix nécessaires. Ce risque est d’autant plus fort que le Sénat a déjà reporté le CLARITY Act faute de calendrier et de consensus suffisant.
Un rejet ou un nouveau report produirait l’effet inverse. Il fragiliserait Trump, mais retarderait aussi les négociations sur la régulation crypto. Le Sénat approche de sa pause d’août et dispose de peu de temps pour résoudre ces conflits.
Selon l’AP, Trump a même envisagé de retirer temporairement la nomination de Blanche ou de le maintenir comme responsable par intérim si les sénateurs ne le confirmaient pas. Cette option préserverait le contrôle de l’administration sur le DOJ, mais elle ne résoudrait pas le problème de confiance qui pèse sur le CLARITY Act.
Le sort de la loi crypto américaine se joue donc désormais loin des questions purement techniques. La loi dépend d’un problème de confiance institutionnelle. Les élus doivent déterminer non seulement quelles règles adopter, mais aussi qui aura réellement le pouvoir de les appliquer.
En bref
Todd Blanche doit franchir un vote important au Sénat.
Le DOJ pourrait appliquer les règles éthiques du CLARITY Act.
Les liens entre Blanche et Trump inquiètent les démocrates.
