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Bitcoin : Washington sanctionne BitBank pour des transferts vers l’IRGC

Des centaines de millions de dollars en Bitcoin auraient transité par BitBank vers les Gardiens de la révolution iraniens entre juin et juillet 2026. Le Trésor américain a placé l’exchange iranien sous sanctions le 17 septembre, avec son développeur et trois proches du financier Babak Zanjani. Washington affirme également que la plateforme a servi à transférer les paiements encaissés par Hormuz Safe, le dispositif maritime iranien associé au détroit d’Ormuz. L’affaire révèle surtout une nouvelle étape dans la bataille financière autour de Bitcoin : contrairement à l’USDT, le BTC ne possède aucun émetteur capable de le geler. Les États-Unis déplacent donc leur pression vers les entreprises et les personnes qui permettent de l’utiliser.

BitBank visée par des sanctions américaines pour des transferts EN bitcoin vers l’IRGC.
Washington sanctionne BitBank pour des transferts présumés liés à l’IRGC.

Des centaines de millions de dollars en Bitcoin auraient transité par BitBank vers les Gardiens de la révolution iraniens entre juin et juillet 2026. Le Trésor américain a placé l’exchange iranien sous sanctions le 17 septembre, avec son développeur et trois proches du financier Babak Zanjani. Washington affirme également que la plateforme a servi à transférer les paiements encaissés par Hormuz Safe, le dispositif maritime iranien associé au détroit d’Ormuz. L’affaire révèle surtout une nouvelle étape dans la bataille financière autour de Bitcoin : contrairement à l’USDT, le BTC ne possède aucun émetteur capable de le geler. Les États-Unis déplacent donc leur pression vers les entreprises et les personnes qui permettent de l’utiliser.

BitBank aurait transféré des centaines de millions en Bitcoin

La nouvelle sanction repose sur une accusation particulièrement lourde. Selon l’Office of Foreign Assets Control, BitBank aurait servi entre juin et juillet 2026 à faciliter le transfert de centaines de millions de dollars de Bitcoin vers le Corps des gardiens de la révolution islamique, ou IRGC. Le Trésor américain n’a pas présenté BitBank comme un simple exchange utilisé ponctuellement par des clients sanctionnés : il le décrit comme un élément central de l’infrastructure financière numérique construite autour de Babak Zanjani.

L’affaire prolonge une séquence déjà visible avec les stablecoins. Bref Crypto avait détaillé en mai comment Tether avait gelé plus de 344 millions d’USDT liés à deux adresses attribuées par les autorités américaines à des réseaux iraniens. Avec Bitcoin, l’équation devient beaucoup moins directe : aucune société comparable à Tether ne peut appuyer sur un bouton pour rendre les BTC inutilisables.

Le communiqué officiel du Trésor américain indique également que BitBank est contrôlé par Babak Zanjani, un financier iranien déjà inscrit sur les listes de sanctions américaines. L’OFAC a placé simultanément sous sanctions Pishtaz Simorgh Electronic Trade Company, qui développe le logiciel de BitBank, ainsi que Hossein Ali Zaker Hossein, Mohammad Mahdi Zaker Hossein et Seyed Adel Heidari.

Il faut ici conserver une distinction importante. Les transferts vers l’IRGC sont des affirmations du Trésor américain. Reuters rapporte les mêmes accusations en les attribuant à Washington, mais les montants détaillés et les flux n’ont pas été publiquement documentés transaction par transaction dans le communiqué consulté.

L’action américaine porte donc sur une infrastructure que Washington estime utilisée pour contourner les sanctions, pas sur Bitcoin en tant que protocole.

Ormuz transforme Bitcoin en moyen de règlement stratégique

BitBank apparaît aussi dans un dossier beaucoup plus large : le détroit d’Ormuz.

Depuis juin, Hormuz Safe Marine Services Authority aurait utilisé l’exchange pour transférer les paiements reçus vers les autorités iraniennes, selon l’OFAC. Cette structure avait déjà été sanctionnée par Washington après que le Trésor l’eut accusée d’accepter des paiements en Bitcoin et d’autres actifs numériques dans le cadre de services liés au passage maritime.

Le sujet dépasse largement la crypto. Le détroit reste l’un des points les plus sensibles du commerce énergétique mondial, et les tensions militaires de 2026 ont déjà perturbé le trafic et les prix du pétrole. Bref Crypto suivait encore fin août les nouvelles frappes américaines autour d’Ormuz et la riposte iranienne, alors que le risque sur les routes maritimes remontait brutalement.

Ce contexte explique pourquoi un système de paiement alternatif intéresse Téhéran. Les sanctions coupent ou compliquent l’accès à certaines banques, devises et infrastructures de règlement internationales. Bitcoin permet, techniquement, de transférer de la valeur sans demander l’autorisation d’une banque correspondante américaine et sans dépendre d’un opérateur capable d’empêcher la transaction au niveau du protocole.

Cela ne signifie pas pour autant que Bitcoin rende les sanctions inutiles. Un paiement BTC laisse une trace publique. Si l’adresse du bénéficiaire finit par être identifiée, les autorités peuvent suivre les mouvements ultérieurs et exercer une pression sur les exchanges, dépositaires, courtiers ou sociétés qui touchent ces bitcoins.

La situation autour d’Ormuz illustre parfaitement ce paradoxe. Bitcoin peut contourner une partie de l’infrastructure bancaire traditionnelle. Il ne fait pas disparaître les intermédiaires dont beaucoup d’utilisateurs ont encore besoin pour acheter, vendre ou convertir leurs BTC.

BitBank se situe précisément à cet endroit.

Washington ne peut pas ordonner au réseau Bitcoin d’annuler un paiement. Il peut essayer de rendre l’exchange qui facilite ce paiement beaucoup plus difficile à utiliser.

Babak Zanjani revient au centre du réseau

Le nom de Babak Zanjani n’apparaît pas pour la première fois dans les dossiers américains.

Le financier iranien avait été condamné à mort en Iran en 2016 pour des faits liés au détournement de fonds associés à la National Iranian Oil Company, entreprise elle-même sanctionnée par les États-Unis. Sa peine a ensuite été commuée en 2024. En 2025, il est revenu publiquement dans plusieurs projets économiques et d’infrastructure liés à l’Iran.

La partie numérique de son réseau avait déjà attiré l’attention de l’OFAC.

Le Trésor avait pris une première série de mesures le 30 janvier 2026 contre Zanjani ainsi que des projets d’actifs numériques comme Zedcex et Zedxion. Une nouvelle vague de sanctions avait suivi le 24 juillet contre plusieurs structures commerciales associées à son groupe.

TRM Labs, qui a travaillé sur cette infrastructure, indique avoir élargi son analyse au-delà des seules transactions blockchain. La société s’est intéressée aux registres d’entreprises, aux plateformes de paiement, à l’infrastructure numérique et aux différentes entités commerciales entourant Zanjani. Cette cartographie a notamment identifié plusieurs sociétés ensuite visées par l’OFAC.

BitBank constituait encore une autre pièce du puzzle.

L’exchange est publiquement promu par Zanjani depuis au moins 2024, selon le Trésor. Plusieurs entreprises appartenant à son réseau le mentionnaient également comme partenaire. Pishtaz Simorgh, le développeur de la plateforme, est lui-même une filiale de Dot One Value Creation Group, déjà sanctionné auparavant.

Le modèle décrit par Washington mélange donc entreprises visibles et circuits financiers beaucoup plus discrets. Certaines structures fournissent des services commerciaux classiques. D’autres auraient servi, selon l’OFAC, à transférer des actifs numériques et à contourner les restrictions financières.

Ce mélange rend les sanctions plus complexes.

Couper une seule adresse blockchain ne suffit pas lorsqu’un réseau peut en créer une autre. Washington cherche désormais à remonter jusqu’aux personnes qui contrôlent les entreprises, développent les plateformes ou organisent les transactions.

Bitcoin résiste au gel, pas à la surveillance

Le contraste avec l’USDT devient ici particulièrement instructif.

En avril, Tether avait aidé à bloquer plus de 344 millions de dollars d’USDT sur deux adresses Tron attribuées par les autorités américaines à des intérêts iraniens. Bref Crypto avait ensuite montré comment Arkham avait cartographié les portefeuilles attribués à la banque centrale iranienne, donnant une visibilité supplémentaire sur leurs historiques de transactions.

Cette opération était possible parce que l’USDT possède un émetteur.

Tether peut inscrire certaines adresses sur une liste noire et empêcher les tokens concernés de circuler normalement. Même si l’USDT utilise une blockchain publique, sa couche monétaire reste administrée par une entreprise.

Bitcoin fonctionne autrement.

Il n’existe pas de société Bitcoin capable de bloquer une adresse. Aucun directeur général ne peut annuler une transaction validée. Aucun gouvernement ne peut appeler un émetteur central pour lui demander de brûler des BTC détenus par une adresse donnée.

C’est un avantage évident pour toute personne qui cherche à déplacer de la valeur sans dépendre d’un intermédiaire.

C’est également un problème pour l’application traditionnelle des sanctions.

Les autorités doivent alors travailler autour du protocole plutôt que dans le protocole. Elles peuvent sanctionner une adresse. Surveiller ses mouvements. Identifier ses propriétaires supposés. Bloquer des biens détenus par des entreprises sous juridiction américaine. Menacer des intermédiaires de sanctions secondaires. Elles ne peuvent cependant pas empêcher le réseau mondial de valider une transaction Bitcoin conforme aux règles de consensus.

Cette différence explique probablement pourquoi Washington insiste de plus en plus sur les exchanges.

Un Bitcoin conservé en autocustodie reste techniquement mobile.

Un utilisateur qui veut convertir plusieurs centaines de millions de dollars en fiat, payer une entreprise réglementée ou passer par une plateforme centralisée redevient beaucoup plus exposé aux contrôles.

La décentralisation de Bitcoin déplace donc le point de contrôle.

Elle ne le supprime pas.

Washington vise maintenant tout l’écosystème crypto iranien

BitBank n’est pas une sanction isolée.

Le 2 juin, l’OFAC avait déjà désigné Nobitex, présenté par le Trésor comme le plus grand exchange crypto iranien, ainsi que Wallex, Bitpin et Ramzinex. Washington avait affirmé que Nobitex avait traité plus de la moitié des entrées d’actifs numériques vers l’Iran en 2025 et facilité des transactions impliquant l’IRGC et différentes entités sanctionnées.

Deux mois plus tard, le 7 août, le Trésor annonçait de nouvelles mesures contre des plateformes que les autorités américaines accusaient d’avoir permis le blanchiment de volumes importants d’actifs numériques pour des réseaux liés à l’Iran. L’OFAC visait alors notamment des structures qu’elle considérait comme utilisées pour maintenir un accès indirect au système financier international.

Le changement majeur arrive le 24 août avec Operation Economic Outcast. Washington étend explicitement sa campagne aux infrastructures et acteurs internationaux susceptibles de faciliter certaines activités du secteur numérique iranien. Bitcoin Magazine décrivait alors cette décision comme une nouvelle étape de l’offensive américaine contre l’économie crypto de Téhéran.

BitBank arrive moins d’un mois plus tard.

La progression est assez nette. D’abord des wallets et transactions spécifiques. Ensuite de grands exchanges domestiques. Puis le secteur des actifs numériques dans son ensemble. Enfin des développeurs et dirigeants associés aux infrastructures visées.

Le Trésor avertit désormais que des entreprises étrangères peuvent également s’exposer à des sanctions si elles facilitent certaines transactions avec les entités bloquées. Le communiqué du 17 septembre insiste sur le risque d’être exclu du système financier américain et sur les sanctions secondaires pouvant viser des acteurs non américains.

Il ne s’agit donc plus seulement d’une bataille entre Washington et quelques exchanges basés à Téhéran.

Tout prestataire international qui touche ces flux doit évaluer son exposition.

Les sanctions peuvent isoler BitBank sans arrêter Bitcoin

Concrètement, l’inscription sous sanctions entraîne le blocage des biens et intérêts dans des biens de BitBank et des personnes désignées lorsqu’ils se trouvent aux États-Unis ou sous le contrôle de personnes américaines. Les entités détenues à 50 % ou plus par des personnes bloquées sont également concernées. Les transactions impliquant ces acteurs deviennent en principe interdites pour les personnes américaines, sauf licence ou exemption applicable.

Cela peut avoir des conséquences importantes pour un exchange.

Ses partenaires peuvent partir.

Les fournisseurs d’infrastructure internationaux peuvent couper leurs services.

Des plateformes étrangères peuvent refuser les dépôts provenant d’adresses associées à BitBank.

Des banques peuvent éviter toute relation avec des entreprises ayant traité avec la plateforme.

Les fournisseurs de données et sociétés d’analyse blockchain peuvent également ajouter les adresses identifiées à leurs systèmes de surveillance.

La liquidité devient alors le problème central.

Un exchange peut techniquement continuer à recevoir des bitcoins, mais leur transformation en dollars, dirhams, euros ou autres actifs devient beaucoup plus compliquée si la majorité des acteurs réglementés refuse d’être la contrepartie.

C’est là que les sanctions américaines conservent une grande puissance même face à un réseau décentralisé.

Elles ne cassent pas Bitcoin.

Elles compliquent son utilisation économique à grande échelle.

Ce mécanisme possède toutefois des limites. Les transferts peer-to-peer restent possibles, de nouvelles adresses peuvent être générées et certaines contreparties peuvent choisir d’ignorer la juridiction américaine. Le suivi devient alors un jeu permanent entre analyse blockchain, nouvelles adresses, intermédiaires et structures juridiques.

Le résultat n’est donc ni « Bitcoin rend les sanctions inutiles », ni « Washington peut bloquer Bitcoin ».

Les deux affirmations seraient trop simples.

Une blockchain publique peut aussi devenir une arme de conformité

L’utilisation de Bitcoin par des entités sanctionnées met enfin en lumière une contradiction apparente du réseau.

Bitcoin est difficile à censurer au niveau du protocole.

Il est aussi extrêmement transparent.

Toutes les transactions restent inscrites dans une blockchain accessible publiquement. Les adresses sont pseudonymes, pas nécessairement anonymes. Lorsqu’une entreprise d’analyse, un exchange ou une autorité relie une adresse à une personne, toute une partie de son historique financier peut devenir visible.

C’est ce qui rend l’analyse on-chain si puissante dans les dossiers de sanctions.

Les enquêteurs ne voient pas directement « Babak Zanjani » écrit dans une transaction Bitcoin. Ils peuvent en revanche partir d’une adresse identifiée, observer ses contreparties, suivre les mouvements ultérieurs et rechercher le moment où les fonds rencontrent une plateforme disposant d’informations KYC.

Cette logique avait déjà été visible avec les stablecoins iraniens. L’USDT ajoutait simplement une étape supplémentaire : une fois les adresses identifiées, Tether pouvait aussi bloquer les tokens.

Bitcoin retire cette dernière option.

Les autres restent.

C’est probablement la véritable leçon de BitBank. Bitcoin offre à un État ou une entreprise sanctionnée un rail que Washington ne contrôle pas directement. Mais la blockchain n’efface ni la surveillance, ni les sanctions appliquées aux personnes, ni le besoin de liquidité.

L’OFAC semble l’avoir intégré.

Plutôt que de chercher à arrêter Bitcoin, les États-Unis sanctionnent désormais les portes permettant de passer de Bitcoin au reste de l’économie.

BitBank.

Son développeur.

Ses dirigeants.

Les entreprises partenaires.

Puis, potentiellement, les acteurs internationaux qui continueraient à leur fournir des services.

Cette stratégie peut rendre l’usage de Bitcoin beaucoup plus coûteux sans toucher au protocole lui-même.

Et c’est précisément ce qui distingue cette nouvelle offensive des gels d’USDT observés quelques mois plus tôt.

Avec un stablecoin centralisé, Washington peut remonter jusqu’à l’émetteur.

Avec Bitcoin, il doit encercler le réseau.

Le protocole continue de produire un bloc après l’autre.

La bataille se déplace tout autour.

Sources citées3
Auteur

Mosengo Léon

Mosengo Léon est un analyste crypto et rédacteur pour <em>BrefCrypto.com</em>, reconnu pour ses analyses approfondies des marchés Bitcoin et cryptomonnaies, l’impact des événements structurants comme les crises et levées de fonds, et sa capacité à rendre accessibles les enjeux techniques et économiques de la blockchain pour investisseurs et passionnés