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Crypto : NEAR s’envole avec ses perpetuals confidentiels

NEAR vient de signer l’un des rallyes les plus violents parmi les grandes cryptos de septembre. Le token est passé d’environ 2,30 dollars le 13 septembre à 3,59 dollars le 19, soit près de 56 % en six jours selon CoinGecko, avec des pointes encore plus hautes en séance. Derrière cette accélération se trouve un produit inhabituel : NEAR a lancé le 17 septembre des perpetual futures qu’il présente comme « confidential by default », avec Hyperliquid pour l’exécution et NEAR Intents pour masquer le lien entre le trader, ses fonds et sa position. La confidentialité ne rend toutefois pas les trades invisibles. C’est précisément là que le produit devient intéressant.

Un trader reste masqué par une couche de confidentialité devant un marché de produits dérivés visible
NEAR cherche à protéger le lien entre le trader et sa position sans rendre le marché Hyperliquid invisible.

Crypto : NEAR explose après plusieurs semaines d’accumulation

Le mouvement de prix a été brutal. Le 13 septembre, NEAR clôturait autour de 2,30 dollars. Le 16, il atteignait 2,62 dollars. Puis 3,15 dollars le 17 et 3,76 dollars le 18, avant de terminer le 19 autour de 3,59 dollars. CoinGecko évaluait alors sa capitalisation à près de 4,9 milliards de dollars, avec presque 2 milliards de dollars échangés sur 24 heures.

Le contraste est notable avec la situation observée quelques jours plus tôt sur le marché des altcoins. NEAR figurait alors parmi les actifs dont le CVD restait négatif, signe que les vendeurs agressifs dominaient encore certains flux. Depuis, le marché a complètement changé de rythme.

Le chiffre de +80 % en sept jours partagé sur les réseaux sociaux mérite néanmoins d’être nuancé. La série quotidienne de CoinGecko donne plutôt une progression d’environ 50 à 60 % selon les points de départ et d’arrivée retenus. Certains pics intraday ou certaines plateformes peuvent évidemment afficher des amplitudes supérieures, mais 4,20 dollars comme prix durable n’apparaît pas dans les principales données vérifiées.

La hausse reste largement suffisante pour parler de rallye.

Le 18 septembre, NEAR gagnait encore près de 30 % en vingt-quatre heures et son volume approchait 1,8 milliard de dollars.

Les perpetuals deviennent confidentiels par défaut

Le catalyseur le plus visible est arrivé le 17 septembre.

NEAR a intégré sur near.com des perpetual futures reposant sur Hyperliquid, avec une couche de confidentialité activée par défaut. Le protocole présente cette fonctionnalité comme la première offre de perpetuals « confidential by default » du secteur. Cette formulation vient de NEAR et doit donc être comprise comme une revendication du projet, pas comme un classement indépendant de toutes les plateformes DeFi existantes.

Le principe est simple : un trader peut ouvrir une position sur un perpetual Hyperliquid sans rendre publiquement évident que cette position lui appartient.

Cela change beaucoup de choses dans un environnement blockchain.

Sur une chaîne publique classique, un analyste suffisamment motivé peut suivre un wallet, observer ses dépôts, regarder quand les fonds arrivent sur un protocole et parfois reconstruire une stratégie complète. Pour un particulier achetant 200 dollars d’un token, l’enjeu reste limité. Pour un fonds, une whale ou une trésorerie gérant plusieurs millions, l’information peut avoir de la valeur.

NEAR cherche précisément à casser ce lien.

Le projet explique que ses Confidential Intents utilisent une couche d’exécution où certaines informations ne sont pas publiées comme sur une blockchain classique. L’objectif est d’éviter l’exposition des stratégies, le frontrunning et une partie du MEV.

Le perpetual lui-même n’est pourtant pas totalement invisible.

Et cette nuance est essentielle.

Le trade reste visible sur Hyperliquid

NEAR ne transforme pas Hyperliquid en dark pool.

Les positions continuent d’exister dans l’infrastructure de marché de Hyperliquid et l’activité du carnet d’ordres reste observable. Ce qui devient difficile à retracer, c’est la relation entre le compte public du trader, la provenance de ses fonds et la position correspondante.

Autrement dit, le marché sait qu’une position existe.

Il ne sait pas nécessairement qui l’a ouverte.

Cette architecture est plus subtile qu’une blockchain de confidentialité totale. Elle permet de conserver un marché où l’exécution reste observable tout en protégeant davantage l’identité économique du trader.

BubbleNexus résume le mécanisme de manière assez claire : les positions sont visibles sur le carnet d’ordres de Hyperliquid, mais la couche confidentielle empêche d’associer facilement une position particulière à son dépôt initial et au wallet qui l’a financée.

Cette différence peut sembler mineure.

Elle ne l’est pas.

Les traders professionnels détestent révéler leurs intentions. Sur un marché traditionnel, une grande institution ne publie pas volontairement avant exécution le montant exact qu’elle souhaite acheter ou vendre, son niveau d’entrée et la structure de sa position.

Les blockchains publiques ont longtemps fait exactement l’inverse.

Tout est visible.

Adresse.

Montant.

Timing.

Historique.

Dans certaines situations, cette transparence devient un coût.

NEAR essaie donc d’ajouter une propriété souvent absente de la DeFi : la possibilité de négocier publiquement sans devoir exposer publiquement toute sa stratégie.

Une private shard et un pont sécurisé par TEE

Techniquement, la confidentialité repose sur une infrastructure distincte du NEAR public classique.

NEAR indique que Confidential Intents fonctionne sur une private shard dédiée, opérée par un ensemble de validateurs permissionnés indépendants. Cette shard communique ensuite avec le mainnet grâce à un pont reposant sur des Trusted Execution Environments, ou TEE.

Un TEE peut être décrit simplement comme une zone protégée à l’intérieur d’un processeur. Le code qui s’y exécute est isolé du reste de la machine, de manière à limiter l’accès aux données sensibles.

NEAR préfère cette approche à une architecture entièrement fondée sur des preuves zero-knowledge.

Le compromis est intéressant.

Les preuves ZK peuvent offrir des garanties cryptographiques très fortes, mais elles ajoutent souvent de la complexité, des coûts de calcul et parfois une expérience utilisateur lourde. NEAR affirme que son système évite la génération de preuves côté client, les synchronisations complexes et les wallets spécialisés.

La contrepartie existe aussi.

Une architecture reposant sur des TEE et un ensemble de validateurs permissionnés n’offre pas exactement le même modèle de confiance qu’un protocole entièrement public et vérifiable par n’importe qui.

Il faut donc éviter le raccourci « confidentialité = aucune confiance nécessaire ».

Le modèle protège mieux certaines données.

Il introduit aussi ses propres hypothèses techniques.

Cela devient particulièrement important lorsqu’un produit autorise du trading à effet de levier pouvant représenter des millions de dollars.

Hyperliquid apporte le marché, NEAR apporte la couche privée

NEAR n’a pas construit un nouvel exchange de perpetuals à partir de zéro.

C’est probablement l’un des choix les plus intelligents du produit.

Hyperliquid fournit l’infrastructure de trading, le carnet d’ordres, la liquidité et les marchés dérivés. NEAR ajoute surtout sa couche de routage, d’abstraction cross-chain et désormais de confidentialité.

Hyperliquid a lui-même changé de statut ces derniers mois. Début septembre, HYPE est entré dans le Nasdaq CME Crypto Index avec un poids initial de 3,36 %, presque au niveau de Solana. Le réseau n’est donc plus un simple DEX expérimental caché au fond de la DeFi. Son infrastructure traite désormais suffisamment de volume pour attirer les indices institutionnels.

NEAR récupère cette profondeur au lieu d’essayer de la recréer.

Le reste passe par NEAR Intents.

Le protocole annonce désormais plus de 29 milliards de dollars de volume historique à travers 35 blockchains. Bitcoin, Ethereum, Solana, Arbitrum, XRP Ledger, Avalanche, Cardano, Zcash et plusieurs autres réseaux apparaissent dans l’écosystème pris en charge.

L’utilisateur n’a donc pas nécessairement à transférer manuellement ses actifs vers Hyperliquid avant de commencer.

NEAR Intents peut gérer une partie du routage et des conversions.

Ce détail explique pourquoi le produit dépasse la simple confidentialité.

NEAR essaie aussi de masquer la complexité du cross-chain.

Le produit attaque un vrai problème de la DeFi

La confidentialité a longtemps été traitée dans la crypto comme un sujet presque idéologique.

Bitcoin est transparent.

Monero masque les transactions.

Zcash permet des transactions protégées.

Le débat tournait autour de l’anonymat, de la surveillance et parfois des sanctions.

Le cas de NEAR est différent.

La confidentialité devient ici un outil de marché.

Lorsqu’un ordre important apparaît avant exécution, des bots peuvent tenter de le frontrun. Lorsqu’un trader déplace beaucoup de collatéral, ses concurrents peuvent anticiper une future position. Lorsqu’une adresse connue commence à accumuler un actif, des milliers de personnes peuvent copier le mouvement.

NEAR met directement en avant ces problèmes : ordre, paire, direction et timing peuvent tous être visibles avant règlement sur les systèmes publics traditionnels. Sa couche confidentielle cherche à réduire cette exposition.

Cette évolution rejoint un mouvement plus large que Bref Crypto avait déjà identifié parmi les narratives crypto de 2026. La confidentialité ne concerne plus seulement les privacy coins. Elle commence à devenir une fonction intégrée aux applications financières.

Un fonds peut vouloir prouver qu’il respecte certaines règles sans publier toute sa stratégie.

Une entreprise peut vouloir régler un fournisseur sans rendre son contrat visible à tous.

Un trader peut vouloir prendre une position sans afficher l’adresse qui contrôle ses autres actifs.

NEAR prévoit même de la selective disclosure, permettant de révéler certaines informations lorsqu’elles sont nécessaires pour la conformité sans publier toute l’activité.

C’est beaucoup plus proche des besoins institutionnels que l’anonymat absolu.

Le rallye NEAR ne vient probablement pas d’un seul produit

Il serait pourtant trop facile d’expliquer toute la hausse du token uniquement par les perpetuals confidentiels.

NEAR avait déjà commencé à progresser avant le lancement.

Le 5 septembre, le token clôturait autour de 2,19 dollars. Le 9, il atteignait 2,48 dollars. Après quelques séances d’hésitation, l’accélération s’est vraiment produite entre le 16 et le 18 septembre.

Le contexte général aide également.

Bitcoin est revenu au-dessus de 80 000 dollars.

Ethereum a repris 2 600 dollars.

Solana, Arbitrum et plusieurs Layer 1 ont fortement progressé.

Le marché commence à reprendre davantage de risque sur les altcoins.

NEAR ajoute simplement une narrative particulièrement bien placée : confidentialité, trading dérivé, Hyperliquid et abstraction cross-chain en même temps.

Le projet bénéficie également de l’intérêt croissant autour de Confidential Intents. Plusieurs sources du secteur indiquent que la valeur déposée dans cette infrastructure confidentielle a dépassé 70 millions de dollars, déclenchant un premier jalon du programme d’incitation associé.

Ces facteurs peuvent se renforcer mutuellement.

Produit lancé.

Volume en hausse.

Token qui monte.

Davantage de visibilité.

Encore plus de traders.

Le danger est évidemment le même dans l’autre sens.

Un prix qui avance beaucoup plus vite que l’adoption réelle peut aussi corriger violemment lorsque la spéculation ralentit.

Après +50 %, le marché devient beaucoup plus exigeant

Le prix actuel oblige justement à calmer légèrement l’enthousiasme.

Le 20 septembre, plusieurs indicateurs techniques plaçaient NEAR dans une zone de surachat, avec un RSI autour ou au-dessus de 70 selon les plateformes. Une analyse publiée ce dimanche situait le token autour de 3,49 dollars après un recul d’environ 5 % et un sommet de séance proche de 3,75 dollars.

Après un mouvement de 50 à 60 % en une semaine, une correction n’aurait rien d’étonnant.

Le volume a également explosé. CoinGecko enregistrait environ 228 millions de dollars le 14 septembre, puis 582 millions le 17, 1,28 milliard le 18 et presque 1,98 milliard le 19.

C’est plutôt sain pour la profondeur du rallye.

Mais cela montre aussi que beaucoup de positions spéculatives viennent d’entrer très rapidement.

La question suivante est donc moins excitante que le pump : ces traders resteront-ils lorsque la nouveauté du lancement sera passée ?

Le prix de NEAR doit maintenant trouver un équilibre entre une infrastructure qui s’améliore réellement et des anticipations qui ont déjà beaucoup accéléré.

C’est souvent là que les altcoins sont les plus difficiles à lire.

Un bon produit peut justifier une revalorisation.

Il ne justifie pas n’importe quel prix.

La confidentialité devra encore prouver son avantage

Le lancement de NEAR est néanmoins plus intéressant que la seule bougie du token.

La crypto cherche depuis des années à résoudre une contradiction.

Les blockchains publiques sont utiles parce qu’elles sont transparentes.

Cette transparence permet de vérifier l’état du système sans faire confiance à une banque.

Mais la finance réelle fonctionne rarement avec une transparence totale.

Une entreprise ne veut pas publier sa trésorerie transaction par transaction.

Un fonds ne veut pas révéler chaque mouvement avant exécution.

Un market maker ne veut pas donner gratuitement toute sa stratégie.

La solution ne consiste donc peut-être pas à choisir entre tout public et tout privé.

Elle pourrait consister à rendre certaines informations vérifiables et d’autres confidentielles.

C’est précisément le terrain que NEAR essaie d’occuper.

Le protocole n’est d’ailleurs pas seul. Le retour de Zcash et de la confidentialité comme thème majeur de marché montre que le sujet dépasse désormais les communautés cypherpunk traditionnelles.

NEAR tente simplement une autre approche.

Pas une monnaie privée.

Pas une blockchain entièrement opaque.

Une infrastructure publique capable de créer des zones d’exécution confidentielles.

Si cette architecture attire réellement du volume institutionnel, le lancement des perpetuals du 17 septembre pourra être regardé plus tard comme une étape importante.

Si l’usage reste marginal, il restera surtout associé à un pump spectaculaire de NEAR.

Pour l’instant, les deux histoires avancent ensemble.

Le token s’est envolé.

Le produit existe réellement.

Et pour une fois dans la crypto, la confidentialité n’est pas vendue pour cacher le marché, mais pour éviter que le marché puisse lire le trader avant qu’il ait fini de trader.

Sources citées1
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Auteur

Guy Gomez

<strong>Guy Gomez</strong> est <strong>analyste et journaliste spécialisé en cryptomonnaies chez BrefCrypto</strong>. Ses articles se distinguent par une <strong>lecture experte des marchés</strong>, intégrant cycles, psychologie des investisseurs et rapports de force macro-économiques. Il analyse avec précision les <strong>enjeux réglementaires internationaux</strong>, en évaluant leur impact concret sur Bitcoin, les altcoins et l’adoption institutionnelle. Guy Gomez accorde une place centrale aux <strong>risques systémiques et à la sécurité</strong>, en décortiquant les mécanismes de fraude, d’ingénierie sociale et les erreurs récurrentes des investisseurs. Il apporte enfin un <strong>regard stratégique sur l’Afrique</strong>, où il étudie l’équilibre entre régulation, souveraineté financière et usages réels des crypto-actifs.