L’affaire traîne devant les tribunaux depuis plusieurs années, avec des investisseurs incapables de récupérer leurs fonds, des comptes bancaires gelés et une enquête réglementaire toujours lourde de conséquences.
Crypto Afrique : NTC perd son recours
La décision arrive alors que l’Afrique du Sud renforce progressivement son encadrement du secteur crypto. NTC et son directeur unique, Edwin Thabo Letopa, demandaient au Pretoria High Court d’annuler ou de réexaminer l’ordonnance de liquidation provisoire prononcée le 10 septembre 2025.
Leur argument : NTC aurait déjà contesté la procédure sans avoir été correctement informé de l’audience qui avait abouti à cette ordonnance.
Le juge Anthony Millar n’a pas suivi cette lecture. La demande a été rejetée avec dépens, selon Moneyweb.
Les difficultés avaient commencé bien avant. Dès 2023, 21 investisseurs avaient demandé la liquidation de NTC après avoir rencontré des problèmes de retrait. Ils évoquaient notamment fraude, insolvabilité et risque de dissipation des fonds, des accusations contestées par l’entreprise.
484 millions de rands sous la loupe
NTC affirmait lever de l’argent au moyen de titres portant intérêt afin de financer principalement de l’arbitrage crypto : acheter des actifs numériques sur un marché où ils sont moins chers puis les revendre ailleurs.
Une analyse des flux de trésorerie réalisée par PwC a cependant trouvé peu de preuves que les quelque 484 millions de rands collectés aient été utilisés comme annoncé. Selon les éléments rapportés par Moneyweb, des montants importants ont plutôt été transférés vers des parties liées et d’autres comptes.
L’analyse suggère également que des capitaux provenant de nouveaux investisseurs auraient pu servir, au moins partiellement, à payer des investisseurs plus anciens.
Ce point rejoint précisément le schéma étudié dans de nombreuses affaires d’arnaques crypto et de faux investissements. Dans le cas de NTC, il faut toutefois rester précis : le National Director of Public Prosecutions avait allégué un fonctionnement de type Ponzi, mais une précédente procédure de préservation d’actifs avait été rejetée faute d’éléments suffisants pour établir cette accusation à ce stade.
NTC continue de soutenir qu’elle dispose d’actifs suffisants et que ses difficultés de paiement viennent surtout du gel de certains comptes.
La FSCA avait déjà lancé l’alerte
Le régulateur sud-africain avait pourtant tiré la sonnette d’alarme dès mai 2024. La Financial Sector Conduct Authority avait appelé le public à la prudence concernant NTC, Arbitrawallet, Edwin Letopa et plusieurs personnes associées. Selon la FSCA, les parties concernées étaient soupçonnées de fournir des services financiers sans les autorisations nécessaires.
FNB et la South African Reserve Bank avaient également gelé 57,5 millions de rands sur le principal compte professionnel de NTC. Un autre compte contenant 58 millions de rands n’avait pas été bloqué.
Le dossier a ensuite pris une dimension beaucoup plus sombre. Bouwer van Niekerk, avocat du praticien chargé du sauvetage de NTC, a été abattu dans son cabinet à Johannesburg le 5 septembre 2025. Un suspect a depuis été arrêté et inculpé. Il faut toutefois distinguer ce fait de la procédure financière : les éléments actuellement disponibles ne permettent pas d’attribuer judiciairement son assassinat à NTC.
Pour le marché sud-africain, l’affaire tombe au mauvais moment. Le pays tente justement de structurer un secteur où les autorités renforcent le contrôle des flux crypto transfrontaliers.
NTC vendait l’arbitrage crypto comme moteur de rendement. Deux ans plus tard, la question n’est plus de savoir combien cette stratégie pouvait rapporter, mais combien d’argent les investisseurs pourront réellement récupérer.