Sur le papier, pourtant, acheter du Bitcoin avec des dinars, recevoir des revenus étrangers en USDT ou envoyer des crypto-actifs hors du pays se heurte encore à un droit des changes élaboré à une époque où Bitcoin n’existait pas.
Le texte central reste la loi n°76-18 du 21 janvier 1976 relative aux changes et au commerce extérieur. L’article 21 exige notamment que les règlements entre résidents soient effectués en Tunisie et interdit, sauf dérogation de la Banque centrale de Tunisie, qu’une obligation entre résidents soit libellée dans une monnaie autre que le dinar. Le Code contient également des sanctions contre les manœuvres destinées à contourner la réglementation des changes.
Voilà toute l’ambiguïté de la crypto en Tunisie.
Il n’existe pas, en septembre 2026, un texte équivalent à la loi algérienne disant noir sur blanc : « détenir Bitcoin est interdit ».
Il n’existe pas non plus de système pleinement ouvert permettant à un exchange de demander tranquillement une licence VASP tunisienne, connecter le dinar à USDT et servir les particuliers.
Entre les deux, le marché continue.
Bitcoin circule.
USDT aussi.
Le P2P persiste.
Et la législation essaie toujours de rattraper la technologie.
Une réforme majeure pourrait modifier cette situation. Le gouvernement avait validé en mars 2024 un projet de nouveau Code des changes qui prévoyait notamment d’autoriser et encadrer les transactions en crypto-actifs. Une nouvelle proposition, enregistrée sous le numéro 2025/115, est arrivée devant l’Assemblée le 20 octobre 2025. Elle a fait l’objet de plusieurs auditions parlementaires en 2026. Au 25 septembre, le site officiel du Parlement la classe toujours parmi les textes « soumis aux commissions », et non parmi les lois promulguées.
Il serait donc prématuré d’écrire :
« la Tunisie vient de légaliser la crypto ».
Pas encore.
Le plus intéressant se trouve peut-être dans la direction prise par cette réforme. L’ancien système part du principe que l’opération internationale doit être contrôlée avant de se produire. Le futur Code cherche davantage à autoriser certaines transactions, organiser les crypto-actifs, permettre davantage de comptes en devises et mieux intégrer les revenus générés par les activités numériques internationales.
Cette évolution arrive au moment où l’économie tunisienne devient elle-même de plus en plus numérique.
En juillet 2025, La Poste Tunisienne a lancé un nouveau Wallet e-Dinar, accessible même aux personnes sans compte bancaire. Il permet de transférer de l’argent via D17, payer des commerçants, régler l’électricité, l’eau, Internet, les services administratifs et effectuer des retraits sans carte.
Attention au nom.
e-Dinar n’est pas une cryptomonnaie.
Ce n’est pas non plus la CBDC tunisienne dont certains articles parlent encore à tort.
Il s’agit d’un wallet de paiement lié à un compte électronique en dinars.
Pendant que cette infrastructure officielle se développe, les crypto-actifs proposent autre chose : accès mondial, self-custody, dollar numérique via USDT, trading international et paiements impossibles à enfermer entièrement dans le réseau financier national.
Le conflit tunisien n’oppose donc pas l’argent numérique au cash.
Il oppose surtout deux manières de faire circuler l’argent numérique.
Une première à l’intérieur d’une architecture en dinars contrôlée par les institutions tunisiennes.
Une seconde fondée sur des blockchains mondiales.
C’est beaucoup plus intéressant.
En bref
- La Tunisie ne possède pas, en septembre 2026, une interdiction pénale générale de détention de Bitcoin comparable à celle de l’Algérie.
- Le Code des changes de 1976 reste le cadre principal actuellement en vigueur pour les opérations financières internationales.
- Ce droit peut rendre problématiques de nombreuses opérations crypto impliquant devises, paiements internationaux, transferts ou sorties de capitaux.
- Le projet de nouveau Code des changes prévoit une ouverture aux crypto-actifs, mais la proposition n°2025/115 reste en commission parlementaire en septembre 2026.
- La Tunisie est 42e mondiale dans l’indice d’adoption crypto 2025 de TRM Labs, contre 47e dans le classement 2024 recalculé.
- En 2021, une affaire très médiatisée concernant Bitcoin et le minage avait abouti à un non-lieu, illustrant les difficultés à appliquer directement les anciennes infractions de change à une technologie non prévue par les textes.
- Le gouvernement avait déjà validé en 2024 un projet de Code des changes prévoyant l’autorisation et l’encadrement des transactions en crypto-actifs.
- L’actuel projet parlementaire veut intégrer plus largement les activités numériques et internationales dans le cadre légal plutôt que les laisser dans des circuits informels.
- Les remittances reçues représentaient environ 6,3 % du PIB tunisien en 2024, ce qui donne aux paiements transfrontaliers un poids économique réel.
- L’inflation atteignait 5,4 % en août 2026.
- La Poste Tunisienne a lancé le Wallet e-Dinar en juillet 2025, utilisable même sans compte bancaire traditionnel.
- e-Dinar est de la monnaie électronique en dinars, pas une cryptomonnaie et pas une CBDC.
- La BCT avait déjà démenti en 2019 avoir lancé une CBDC tunisienne, après que la démonstration privée d’une solution théorique avait été présentée à tort comme un lancement officiel.
- Aucun lancement officiel d’un dinar numérique de Banque centrale accessible au grand public n’est établi dans les sources officielles consultées au 25 septembre 2026.
- La fiscalité crypto reste elle aussi sans régime spécifique suffisamment clair pour annoncer un taux universel applicable à toutes les plus-values Bitcoin.
La crypto en Tunisie reste coincée dans le Code des changes
Le point de départ est moins spectaculaire qu’une interdiction. Il est aussi plus compliqué. La Tunisie utilise encore une réglementation des changes dont la structure essentielle remonte à 1976, alors que les stablecoins sont désormais utilisés comme infrastructure de paiement dans de nombreux marchés. Cette contradiction explique pourquoi Bitcoin et USDT peuvent exister techniquement dans le pays sans bénéficier d’un véritable marché réglementé comparable à ceux de Maurice ou d’Afrique du Sud.
Le Bitcoin n’existait évidemment pas en 1976
La loi n°76-18 ne parle ni de blockchain, ni de wallet, ni de stablecoin.
Elle réglemente les relations financières entre la Tunisie et l’étranger.
Son architecture repose sur une distinction entre résidents et non-résidents et sur un principe central : plusieurs opérations impliquant des devises, avoirs étrangers ou transferts internationaux doivent respecter les conditions déterminées par la réglementation des changes.
Cette logique avait du sens dans le contexte monétaire de l’époque.
Une banque voit un transfert.
Une autorité peut demander une justification.
Un intermédiaire agréé exécute l’opération.
Puis Bitcoin arrive.
Un wallet ne demande pas si son propriétaire est résident tunisien.
Ethereum non plus.
Tether peut circuler sur Tron un dimanche à trois heures du matin.
L’infrastructure technique ne partage donc pas la logique territoriale de la loi.
Le dinar reste au centre des règlements internes
L’article 21 du Code reste particulièrement important.
Il dispose que les règlements entre résidents doivent être effectués en Tunisie. Sauf autorisation de la Banque centrale après avis du ministre des Finances, un résident ne doit pas contracter envers un autre résident une obligation libellée dans une monnaie autre que le dinar.
Le texte résume même la philosophie :
le dinar doit être à la fois monnaie de compte et monnaie de règlement.
Cela ne dit pas expressément :
« Bitcoin est interdit ».
Le problème apparaît lorsque deux résidents veulent utiliser une valeur privée hors dinar comme unité de règlement.
Le droit existant n’a tout simplement pas été conçu pour cela.
USDT complique encore davantage le problème
Comme l’explique notre guide complet sur Bitcoin, Bitcoin peut être considéré comme un actif.
USDT vise directement une valeur de 1 dollar.
Économiquement, la question se rapproche donc beaucoup plus de celle des devises.
Un Tunisien qui échange des dinars contre USDT n’achète pas simplement une technologie.
Il obtient une représentation numérique d’une valeur en dollar.
Voilà pourquoi le stablecoin rencontre immédiatement la réglementation des changes.
L’enjeu n’est pas seulement :
« la Tunisie aime-t-elle la crypto ? »
Il devient :
« un résident peut-il transformer des dinars en exposition dollar et transférer cette valeur à l’étranger sans passer par les mécanismes prévus par le droit des changes ? »
Cette question est beaucoup plus sensible.
Les règles sanctionnent aussi le contournement
L’article 23 considère comme infractions les manœuvres destinées à éluder les obligations ou interdictions établies par la réglementation des changes.
Une blockchain ne crée donc pas automatiquement une exception.
Si une opération économique serait soumise à une obligation lorsqu’elle passe par une banque, la réaliser via un token ne garantit pas qu’elle sorte légalement du champ du droit.
Technique et légalité restent deux choses différentes.
Cela explique les anciennes affaires Bitcoin
Dès 2020, le ministère de l’Intérieur documentait une enquête dans laquelle une personne reconnaissait vendre du Bitcoin contre des paiements provenant de plusieurs acheteurs tunisiens. Du matériel informatique et près de 23 870 dinars avaient été saisis dans le cadre de l’enquête, laquelle comportait également des accusations distinctes de piratage de données de cartes de paiement.
Le détail est important.
Certaines affaires crypto contiennent plusieurs infractions potentielles.
Fraude bancaire.
Vol.
Change.
Blanchiment.
Bitcoin peut être présent sans être nécessairement l’infraction principale.
Puis arrive l’affaire de 2021
Cette année-là, l’arrestation d’un jeune lié à des activités de crypto et de minage déclenche un débat national beaucoup plus large.
L’enquête se heurte à un problème simple :
quel texte pénal appliquer ?
Une expertise judiciaire conclut que l’activité de minage n’était pas réglementée par la loi tunisienne. L’affaire aboutit finalement à un non-lieu.
Ce précédent est important.
Il démontre les limites d’une stratégie consistant à appliquer automatiquement des textes anciens à des technologies nouvelles.
Le tribunal n’a pas « légalisé Bitcoin »
Il faut néanmoins éviter l’exagération inverse.
Un non-lieu dans une affaire ne crée pas automatiquement un grand régime juridique autorisant :
exchanges ;
paiements ;
minage industriel ;
custody ;
ICO ;
stablecoins.
L’affaire de 2021 montre surtout qu’une infraction pénale doit avoir une base juridique claire.
C’est très différent d’une licence VASP.
Le vide juridique devient alors politiquement difficile à maintenir
Après l’affaire, plusieurs propositions apparaissent pour moderniser la législation.
Une proposition parlementaire de 2021 envisageait même un chapitre détaillé permettant le minage, déclarations fiscales, paiements dans certains cas et obligations de reporting. Elle n’est pas devenue le cadre général actuellement applicable.
Cette tentative reste révélatrice.
Le problème avait été identifié depuis longtemps.
La solution législative, elle, tarde.
La BCT expérimente pourtant la technologie
La contradiction tunisienne apparaît encore en 2020.
La Banque centrale lance sa sandbox réglementaire.
Parmi les premières expérimentations sélectionnées figurent des solutions liées à :
l’identification à distance ;
la compensation transfrontalière ;
la cryptomonnaie ;
la monnaie digitale de banque centrale ;
l’intelligence artificielle ;
la blockchain.
Le régulateur n’ignore donc pas la technologie.
Il l’étudie.
Cela n’équivaut toujours pas à légaliser commercialement chaque projet testé.
L’ancien gouverneur avait même formulé une position nuancée
Lors d’un événement consacré à la crypto et à la finance en 2020, la BCT rapportait une position selon laquelle réprimer une technologie dès son émergence constituerait une erreur et qu’il fallait plutôt l’observer, la comprendre et l’expérimenter afin de pouvoir ensuite la superviser efficacement.
Cinq ans plus tard, cette philosophie se retrouve indirectement dans la réforme du Code des changes.
La question n’est plus seulement :
bloquer ou ne pas bloquer ?
Elle devient :
comment encadrer ?
Le gouvernement valide une réforme en mars 2024
Le conseil ministériel adopte alors un projet de nouveau Code des changes.
Le communiqué officiel cite explicitement parmi ses orientations :
la libéralisation progressive de certains transferts ;
la modernisation des comptes en devises ;
la digitalisation des opérations financières internationales ;
la création d’un statut d’opérateur de change agréé ;
et l’autorisation des transactions en crypto-actifs.
Voilà un tournant important.
La direction choisie n’est pas celle de l’Algérie.
Alger renforce l’interdiction.
Tunis envisage l’intégration.
Le texte n’est pourtant pas devenu la loi applicable
C’est la nuance qui doit dominer cet article.
Plusieurs versions et initiatives législatives ont circulé depuis 2024.
La proposition actuellement visible sur le site de l’Assemblée porte le numéro 2025/115.
Elle est déposée le 20 octobre 2025.
Transmise à la Commission des finances le 29 janvier 2026.
Puis viennent plusieurs auditions :
23 février ;
20 avril ;
11 mai ;
14 mai ;
1er juin.
Au 25 septembre 2026, le statut officiel reste :
texte soumis aux commissions.
Pas loi promulguée.
La Tunisie est donc dans une période intermédiaire
L’ancien droit continue à produire ses effets.
Le futur droit annonce une approche plus ouverte.
Les utilisateurs, entreprises et fintechs se retrouvent entre les deux.
C’est probablement la situation la plus inconfortable.
Une interdiction nette est restrictive mais lisible.
Une licence claire est contraignante mais lisible.
Une réforme attendue depuis plusieurs années laisse davantage d’incertitudes.
Le projet veut reconnaître les revenus numériques
Les débats parlementaires de février 2026 montrent que les promoteurs du nouveau Code veulent notamment intégrer les revenus issus :
du travail à distance ;
des plateformes internationales ;
des activités numériques ;
des transactions financières nouvelles.
L’objectif affiché est de réduire le recours aux circuits non organisés.
La logique est intéressante.
Un freelance qui ne peut pas facilement recevoir ses revenus légalement cherchera une alternative.
PayPal.
Compte étranger.
Stablecoin.
P2P.
Le droit peut créer lui-même une partie de l’économie qu’il cherche ensuite à contrôler.
La loi de finances 2026 commence déjà à ouvrir les comptes en devises
La réforme générale n’est pas encore votée, mais certaines évolutions ont été intégrées séparément.
La loi de finances 2026 permet notamment sous conditions à des Tunisiens résidents d’ouvrir des comptes en devises auprès d’intermédiaires agréés, sans le même niveau d’autorisation préalable qu’auparavant pour l’ouverture elle-même.
Ce changement peut sembler technique.
Il touche directement l’un des moteurs potentiels de la demande pour USDT.
Plus le dollar et l’euro deviennent accessibles légalement, moins le stablecoin est nécessaire uniquement pour obtenir une exposition en devise.
Cela ne rend pas le dinar convertible librement
Il faut rester précis.
Une ouverture ciblée de comptes en devises ne signifie pas :
tout résident peut convertir librement n’importe quel montant en dollars et l’envoyer où il veut.
La réglementation des changes continue.
Les intermédiaires agréés continuent.
Les conditions continuent.
Le système devient plus souple.
Il ne devient pas une libre convertibilité totale.
Bitcoin et USDT ne sont donc pas juridiquement équivalents
Les deux sont des crypto-actifs.
Économiquement, leurs fonctions diffèrent.
Bitcoin possède un prix flottant.
USDT vise le dollar.
Lorsque le droit se concentre sur les devises et les transferts internationaux, USDT peut devenir plus sensible que Bitcoin.
Pour un utilisateur cherchant simplement une exposition spéculative à BTC, le problème se situe principalement au niveau de l’acquisition et du transfert.
Pour USDT, la dimension de change apparaît immédiatement.
Le futur Code semble l’avoir compris
Le projet gouvernemental de 2024 ne se contentait pas d’utiliser le mot « Bitcoin ».
Il parlait de crypto-actifs.
C’est beaucoup plus large.
Stablecoins.
Tokens.
Actifs transférables numériquement.
L’ambition est donc de créer une catégorie juridique moderne plutôt que d’ajouter une exception artisanale au texte de 1976.
Dans certains projets, la détention serait déclarée
Une version de travail du projet de Code prévoyait notamment que la détention de crypto-actifs par un résident soit déclarée à la Banque centrale et que certaines acquisitions contre dinars ou devises nécessitent une autorisation préalable.
Attention :
il s’agit d’un projet.
Pas de la loi actuellement applicable.
Le détail peut encore changer avant adoption.
C’est pourtant un indice sur la philosophie retenue
Le futur modèle ne ressemble pas à :
« faites tout ce que vous voulez avec Bitcoin ».
Il ressemble davantage à :
« nous reconnaissons les crypto-actifs, mais nous les connectons aux règles de déclaration et de change ».
Cette approche paraît beaucoup plus probable pour la Tunisie qu’une libéralisation totale.
Un exchange légal tunisien resterait donc très surveillé
Imaginons le futur.
Un exchange veut proposer TND → USDT.
Il devra probablement faire beaucoup plus que créer une société.
KYC.
AML.
Origine des fonds.
Contrôle des transferts.
Reporting.
Cybersécurité.
Protection du consommateur.
Relations bancaires.
Règles de change.
C’est ainsi que fonctionnent déjà les régimes modernes ailleurs.
Bref Crypto documente ce mouvement sur le continent, où les stablecoins et les paiements transfrontaliers prennent une place croissante.
Le GAFI pousse lui aussi vers cette direction
En juillet 2026, le GAFI indiquait que 83 % des juridictions interrogées avaient désormais adopté une législation mettant en œuvre la Travel Rule pour les actifs virtuels, contre 73 % en 2025.
Le rapport rappelle que les pays doivent :
évaluer le risque ;
licencier ou enregistrer les VASP ;
les superviser ;
imposer la diligence client ;
conserver les données ;
transmettre les informations sur l’émetteur et le bénéficiaire.
La Tunisie ne pourra probablement pas construire son cadre en dehors de ces standards.
Une légalisation future ne signifiera donc pas anonymat
C’est probablement le point qui décevra certains utilisateurs.
Passer d’un marché gris à un marché réglementé ne produit pas moins de contrôle institutionnel.
Cela en produit davantage.
Un VASP licencié connaît son client.
Peut déclarer certaines opérations.
Peut bloquer un compte selon les procédures.
Doit coopérer avec les autorités compétentes.
La différence est que l’utilisateur gagne également un interlocuteur réglementé.
Aujourd’hui, cette protection reste limitée
Si un Tunisien traite avec un exchange offshore non licencié localement et perd ses fonds, quelle autorité financière tunisienne supervise directement la plateforme ?
C’est précisément le problème du vide réglementaire.
Le produit existe.
Le client existe.
Le superviseur domestique clairement compétent sur l’intermédiaire peut manquer.
Le futur Code cherche en partie à combler ce fossé.
USDT répond surtout au problème du dollar et des frontières
La deuxième moitié du dossier tunisien se trouve moins dans Bitcoin que dans USDT. TRM Labs classe la Tunisie 42e mondiale en 2025 et souligne que l’adoption continue en Afrique du Nord malgré des restrictions importantes en Tunisie, Algérie, Maroc et Égypte. Le phénomène rejoint ce que Bref Crypto observe ailleurs : les stablecoins deviennent progressivement des rails de paiement plutôt que de simples outils de trading.
La Tunisie n’est pas en hyperinflation
En août 2026, l’inflation s’établit à 5,4 %.
En juillet :
5,1 %.
En juin :
5,3 %.
Le pays ne se trouve donc pas dans le scénario zimbabwéen d’une monnaie ayant connu de très fortes ruptures historiques récentes.
Le dinar perd du pouvoir d’achat.
Il ne s’effondre pas de plusieurs dizaines de pourcents chaque mois.
La demande de stablecoins doit donc être expliquée autrement.
L’accès aux devises est une partie de la réponse
La Tunisie conserve une réglementation des changes restrictive.
Cela ne signifie pas que personne ne peut détenir de dollars ou d’euros.
Cela signifie que les conditions d’acquisition, de conservation et de transfert sont encadrées.
Pour un particulier ou une petite entreprise numérique, la friction peut être importante.
USDT crée une solution technique.
Quelques clics.
Un wallet.
Un vendeur P2P.
Le dollar numérique arrive.
La question juridique vient ensuite.
Cette facilité explique l’attrait du P2P
Une plateforme P2P met en relation deux utilisateurs.
L’un possède des dinars.
L’autre de l’USDT.
Le paiement fiat passe par un moyen local.
Le stablecoin se déplace sur blockchain.
Aucune banque tunisienne n’achète nécessairement directement du Tether.
Le système découpe une transaction de change économique en deux transferts distincts.
C’est élégant techniquement.
Beaucoup plus difficile à superviser.
Les banques ne voient qu’une partie de la transaction
Un virement de 1 000 TND entre deux Tunisiens peut avoir des dizaines de justifications.
Remboursement.
Achat.
Prêt familial.
Prestation.
P2P crypto.
La blockchain contient l’autre moitié.
Relier les deux exige davantage que la lecture du libellé bancaire.
Voilà pourquoi les interdictions et restrictions générales déplacent souvent l’activité au lieu de la faire disparaître totalement.
TRM le constate à l’échelle régionale
Son rapport 2025 note explicitement une progression de l’adoption en Afrique du Nord malgré les interdictions ou restrictions formelles.
Tunisie :
42e.
Algérie :
33e.
Maroc :
21e.
Égypte :
20e.
Ces positions ne signifient pas que chaque pays possède le même droit.
Elles montrent quelque chose de plus simple :
la demande existe.
Le classement tunisien mérite d’être pris au sérieux
42e mondial n’est pas une anecdote.
TRM construit son indice à partir de données on-chain attribuées aux services et de données de trafic web, ajustées à la taille économique des pays.
Ce n’est pas un recensement.
Il serait donc faux d’en déduire un nombre précis de détenteurs.
Mais la Tunisie apparaît assez haut pour écarter l’idée d’un marché négligeable.
Chainalysis adopte une méthodologie différente
L’indice Chainalysis 2025 repose sur plusieurs sous-indices d’activité centralisée, retail, DeFi et institutionnelle ajustés notamment au PIB par habitant.
La Tunisie ne figure pas dans son top 20 mondial publié.
Il n’y a aucune contradiction.
Deux méthodologies peuvent produire des rangs différents.
La bonne pratique consiste à annoncer clairement la source de chaque classement.
Les remittances représentent 6,3 % du PIB
Voilà un chiffre beaucoup plus concret.
La Banque mondiale estime que les transferts personnels reçus par la Tunisie représentaient environ 6,3 % du PIB en 2024.
Pour une économie de plus de 50 milliards de dollars, le montant n’est pas marginal.
La diaspora tunisienne constitue un véritable flux financier.
France.
Italie.
Allemagne.
Autres marchés européens.
Les paiements transfrontaliers concernent donc des millions de familles directement ou indirectement.
Le stablecoin peut théoriquement réduire certaines frictions
Une personne travaille en France.
Elle veut envoyer l’équivalent de 500 euros.
Le stablecoin peut servir de rail intermédiaire.
EUR → stablecoin.
Transfert blockchain.
Stablecoin → TND.
Le règlement technique peut être extrêmement rapide.
Mais la conversion locale reste le point décisif.
Le coût réel ne se limite jamais au gas
Une transaction Tron peut coûter peu.
Cela ne signifie pas qu’un transfert Paris-Tunis via USDT coûte peu.
Il faut additionner :
achat du token ;
spread ;
frais de plateforme ;
transaction blockchain ;
conversion en dinars ;
éventuel cash-out.
Le prix final doit être comparé à celui des remittance providers.
Pas au gas seul.
La réglementation peut ajouter un coût supplémentaire
Si le marché fonctionne essentiellement via des circuits P2P ou offshore, les utilisateurs supportent aussi :
risque de fraude ;
risque de contrepartie ;
risque de blocage bancaire ;
risque réglementaire ;
absence de recours clair.
Un futur VASP licencié pourrait coûter légèrement plus cher qu’un vendeur Telegram tout en réduire fortement certains de ces risques.
Le choix économique n’est donc pas uniquement le spread.
Les freelances constituent probablement un deuxième moteur
La Tunisie possède un important vivier de développeurs, ingénieurs, designers, consultants et travailleurs numériques.
Le Parlement cite justement le travail à distance et les plateformes internationales parmi les activités que le nouveau Code des changes doit mieux intégrer dans le système officiel.
C’est révélateur.
Un freelance n’utilise pas forcément USDT parce qu’il croit à une révolution monétaire.
Il peut simplement vouloir être payé.
Le problème est parfois plus banal que Bitcoin
Client à New York.
Freelance à Tunis.
Le client utilise une plateforme qui paie en dollars.
Le travailleur doit rapatrier son revenu.
Le processus bancaire peut être lourd ou ne pas convenir à toutes les plateformes.
USDT apparaît comme solution technique.
Voilà comment un stablecoin entre dans la vie réelle.
Pas forcément par spéculation.
Le nouveau Code pourrait donc faire baisser certains usages informels
Si la réforme permet réellement :
comptes en devises plus accessibles ;
paiements internationaux plus simples ;
revenus des plateformes mieux reconnus ;
transactions crypto encadrées ;
une partie des utilisateurs pourrait revenir vers le système réglementé.
Ce serait un résultat intéressant.
La meilleure manière de réduire un marché parallèle n’est pas toujours d’ajouter une sanction.
Parfois, il faut réduire la raison économique qui pousse à l’utiliser.
L’Afrique du Sud rencontre déjà une autre version du problème
Même dans un marché où les exchanges sont réglementés, les transferts crypto internationaux et les stablecoins posent encore des questions de contrôle des capitaux.
Bref Crypto suit directement ce dossier : l’Afrique du Sud veut durcir les transferts crypto transfrontaliers.
La Tunisie part d’un cadre plus ancien et plus restrictif.
Le problème final est pourtant proche.
Comment appliquer des règles nationales de change à une infrastructure mondiale ?
USDT fonctionne 24h/24
Le droit des changes possède des horaires administratifs.
La blockchain n’en a pas.
Cette différence paraît banale.
Elle modifie profondément l’expérience.
Un freelance peut recevoir un paiement à 2 heures du matin.
Un commerçant peut régler un fournisseur le dimanche.
Un exchange fonctionne à Noël.
Le marché mondial ne ferme plus.
Les paiements officiels tunisiens progressent cependant rapidement
La réponse institutionnelle n’est pas de rester immobile.
La Poste Tunisienne développe depuis plusieurs années :
D17 ;
e-Dinar Smart ;
QR ;
paiement Internet ;
portefeuille électronique.
En juillet 2025, elle ajoute le Wallet e-Dinar, accessible sur présentation d’une carte d’identité et d’un numéro de téléphone, même sans compte bancaire.
C’est un changement important pour l’inclusion.
Wallet e-Dinar ressemble superficiellement à un wallet crypto
L’utilisateur possède :
un compte virtuel ;
une application ;
un solde ;
des transferts ;
des paiements ;
des retraits.
L’expérience ressemble à celle d’une fintech.
Sous le capot, tout change.
Le solde est en dinars.
La Poste gère l’infrastructure.
L’utilisateur ne possède pas une clé privée contrôlant des tokens sur une blockchain publique.
Le compte peut être récupéré ou administré dans le système postal.
D17 ajoute l’expérience mobile
Le wallet permet notamment d’effectuer des transferts via D17.
Paiement de factures.
Mandats.
Commerçants.
Services administratifs.
Frais universitaires.
Retraits sans carte.
Pour le paiement quotidien tunisien, l’offre est déjà très large.
USDT doit donc trouver un avantage qui dépasse :
« payer avec un téléphone ».
e-Dinar Smart fonctionne même depuis bien plus longtemps
La carte e-Dinar Smart est prépayée, rechargeable et disponible dans les bureaux de poste.
Elle permet :
paiements Internet ;
TPE ;
retraits ;
suivi des transactions.
La Tunisie possède donc une longue histoire de monnaie électronique.
Une nouvelle fois :
monnaie électronique n’est pas cryptomonnaie.
Le réseau postal change également la logique de l’inclusion
La Poste dispose de plus de mille bureaux répartis sur le territoire selon ses informations institutionnelles.
Une blockchain n’a pas de bureau.
C’est un avantage en termes de décentralisation.
C’est parfois un inconvénient lorsque l’utilisateur veut récupérer un compte, déposer du cash ou demander de l’aide.
Chaque infrastructure résout un problème différent.
Bitcoin reste intéressant pour la self-custody
C’est probablement la propriété que D17 ne cherche pas à reproduire.
Un utilisateur Bitcoin peut contrôler directement sa clé.
Il n’a pas besoin qu’une institution maintienne son compte actif.
Cette autonomie est radicale.
Elle comporte une responsabilité tout aussi radicale.
Perdre sa seed phrase peut signifier perdre les fonds.
USDT n’offre même pas exactement la même autonomie
Un utilisateur peut conserver USDT dans un wallet personnel.
Le token reste néanmoins émis par une entreprise et peut comporter des fonctions administratives au niveau du contrat selon la blockchain et l’émetteur.
Bitcoin et Tether ne doivent donc pas être confondus sous l’étiquette « crypto décentralisée ».
Leurs modèles de contrôle sont différents.
Le futur tunisien peut justement distinguer ces actifs
Un bon cadre réglementaire ne devrait pas traiter de manière identique :
Bitcoin ;
stablecoin ;
token représentant une action ;
utility token ;
NFT ;
CBDC.
Les risques diffèrent.
Les fonctions aussi.
La réforme du Code des changes constitue une première porte.
Un véritable cadre VASP devra probablement aller plus loin.
Les stablecoins posent désormais un problème mondial
En mars 2026, le GAFI publie un rapport spécifique sur les stablecoins et les transactions P2P utilisant des wallets non hébergés. Il souligne notamment la croissance rapide de ces actifs et leurs risques d’utilisation dans des flux illicites.
Cela signifie qu’un futur cadre tunisien ne pourra probablement pas se limiter à :
« USDT autorisé ».
Il faudra déterminer :
qui peut le distribuer ?
quelles réserves ?
quel KYC ?
quel reporting ?
quels transferts ?
quelle relation avec le contrôle des changes ?
Le cas nigérian montre l’échelle possible du phénomène
Bref Crypto a documenté comment les stablecoins représentent déjà une part majeure des flux crypto au Nigeria.
La Tunisie est beaucoup plus petite.
Son cadre monétaire est différent.
Le parallèle reste utile.
Une fois que le dollar numérique devient facile à utiliser, il ne reste plus un simple actif crypto.
Il commence à concurrencer certaines fonctions monétaires nationales.
La Tunisie devra donc choisir entre intégration et déplacement vers l’informel
Une interdiction complète reste théoriquement possible.
Le pays pourrait aussi suivre la trajectoire annoncée depuis 2024 :
reconnaître ;
déclarer ;
autoriser ;
superviser ;
taxer lorsque nécessaire.
La deuxième solution offre davantage de visibilité.
Elle exige également un régulateur capable de suivre les blockchains et les entreprises internationales.
La fiscalité devra être clarifiée elle aussi
Aujourd’hui, annoncer :
« les plus-values Bitcoin sont taxées à X % en Tunisie »
serait trop simpliste.
Les textes fiscaux généraux imposent différentes catégories de revenus selon leur nature, mais il n’existe pas encore un régime public crypto suffisamment clair permettant d’appliquer un même taux universel à toute opération.
Un trader professionnel n’est pas nécessairement dans la même situation qu’un détenteur occasionnel.
Une société payée en USDT non plus.
Le futur Code pourrait rendre ce travail beaucoup plus facile
Une fois le crypto-actif défini légalement, plusieurs questions deviennent traitables.
Valeur au moment de l’acquisition.
Valeur au moment de la cession.
Revenu professionnel.
Plus-value.
Paiement en nature.
Reporting.
Sans définition claire, l’administration fiscale doit interpréter des catégories anciennes.
C’est rarement idéal.
Le minage reste lui aussi dans une situation différente de l’Algérie
La Tunisie n’a pas adopté, dans les textes actuels vérifiés, une loi pénale générale interdisant le minage comme l’Angola ou l’Algérie.
L’affaire de 2021 avait précisément mis en évidence cette absence de qualification claire.
Cela ne signifie pas qu’un grand site industriel pourrait s’installer sans se soucier :
de l’électricité ;
de l’entreprise ;
de la fiscalité ;
des importations ;
des changes.
Une activité peut ne pas être interdite par un texte crypto spécifique tout en relevant de plusieurs autres législations.
La Tunisie ne semble pas destinée à devenir un hub mondial de minage
Le pays importe une partie de son énergie et connaît régulièrement des contraintes énergétiques.
Son avantage comparatif crypto se situe probablement ailleurs.
Développeurs.
Fintech.
Paiements.
Freelance.
Services numériques.
Diaspora.
Tokenisation.
La qualité du capital humain peut compter davantage que le prix du kilowattheure.
e-Dinar, CBDC et réforme : 2027 sera le vrai tournant
Le troisième dossier est celui qui crée le plus de confusion sur Internet. La Tunisie est régulièrement présentée comme « le premier pays à avoir lancé une CBDC ». C’est faux. e-Dinar existe réellement, mais il appartient à l’écosystème de La Poste. La BCT avait explicitement démenti avoir lancé une monnaie numérique de banque centrale en 2019.
Tout part d’une mauvaise interprétation en 2019
Cette année-là, des articles internationaux affirment que la Banque centrale tunisienne aurait lancé un « e-dinar » reposant sur une blockchain développée avec une entreprise étrangère.
La nouvelle se répand rapidement.
Tunisie première CBDC au monde.
Dinar tokenisé.
Blockchain nationale.
La BCT intervient.
La Banque centrale dément
Son communiqué indique qu’aucune relation n’a été engagée avec une entreprise nationale ou étrangère pour créer une monnaie numérique.
L’événement à l’origine des rumeurs était une démonstration technique d’une solution théorique présentée par une startup privée lors d’un événement indépendant.
La BCT précise alors que les CBDC figurent parmi les options qu’elle étudie, mais qu’elles sont toujours au stade de réflexion.
La distinction reste valable.
Prototype privé ≠ CBDC.
Le mot e-Dinar existait déjà de toute façon
La Poste Tunisienne utilisait depuis longtemps la marque e-Dinar pour ses solutions de paiement électronique.
e-Dinar Smart, par exemple, correspond à une carte prépayée liée à un compte virtuel.
Elle peut être rechargée en espèces, par virement ou via des cartes de paiement.
Aucune blockchain publique n’est nécessaire.
Pas de mining.
Pas de Bitcoin.
Pas de token TND sur Ethereum.
Le Wallet e-Dinar 2025 poursuit cette logique
Le produit lancé le 15 juillet 2025 va plus loin dans l’expérience mobile.
Ouverture avec identité et téléphone.
Compte électronique.
D17.
Transfert.
Factures.
Commerçants.
Retraits sans carte.
Cela ressemble de plus en plus à une banque numérique légère.
Ce n’est toujours pas une CBDC.
Une CBDC serait émise par la Banque centrale
Voilà le critère essentiel.
Une Central Bank Digital Currency représente une forme numérique de monnaie centrale.
L’émetteur est la Banque centrale.
Le Wallet e-Dinar est fourni dans l’écosystème postal et repose sur de la monnaie électronique ou des comptes existants.
Les deux peuvent afficher « 100 TND » à l’écran.
Le bilan sous-jacent n’est pas nécessairement le même.
Pourquoi lancer une CBDC si e-Dinar fonctionne déjà ?
C’est précisément la bonne question.
La Tunisie possède :
cartes ;
D17 ;
e-Dinar ;
banques mobiles ;
paiement Internet ;
QR.
Une CBDC retail doit donc résoudre autre chose que :
« permettre de payer avec un téléphone ».
Sinon, elle ajoute simplement une infrastructure supplémentaire.
Les paiements transfrontaliers peuvent être un meilleur cas
La Tunisie entretient des liens économiques et humains très forts avec l’Europe.
France.
Italie.
Allemagne.
Les remittances représentent 6,3 % du PIB.
Une infrastructure numérique de règlement international pourrait donc avoir davantage de valeur qu’une nouvelle application domestique.
Mais une CBDC tunisienne seule ne résout pas le cross-border.
Il faut que l’autre système soit compatible.
Les stablecoins possèdent déjà cette interopérabilité
USDT peut circuler sur les mêmes blockchains depuis des dizaines de pays.
C’est son énorme avantage.
Pas besoin que les banques centrales concluent d’abord un accord bilatéral.
La contrepartie :
émetteur privé ;
risque de réserve ;
risque réglementaire ;
dollarisation potentielle.
La Banque centrale obtient moins de contrôle.
Une CBDC tunisienne préserverait l’unité dinar
C’est son principal avantage monétaire.
Un TND numérique resterait un TND.
USDT reste un dollar.
Plus une économie utilise des stablecoins en dollars, plus une partie de ses paiements et de son épargne peut se déplacer vers une unité étrangère.
C’est exactement le débat sur la dollarisation numérique qui apparaît ailleurs en Afrique.
Le futur Code des changes devra donc penser au-delà de Bitcoin
La réforme sera insuffisante si elle répond uniquement à :
« peut-on acheter du BTC ? »
Les vraies questions sont désormais :
peut-on émettre un stablecoin ?
un Tunisien peut-il détenir USDT ?
comment déclarer les actifs ?
un exchange étranger peut-il servir le marché ?
qui surveille la custody ?
comment appliquer la Travel Rule ?
comment traiter DeFi ?
comment taxer ?
quels plafonds pour les transferts ?
Cette liste décrit un véritable régime crypto.
Le Code des changes n’en est qu’une partie.
La BCT possède déjà la sandbox pour apprendre
L’infrastructure expérimentale lancée en 2020 reste importante parce qu’elle permet au régulateur d’observer les produits avant de les autoriser pleinement.
Ce modèle est utile pour :
stablecoin ;
wallet ;
tokenisation ;
cross-border ;
KYC numérique.
Il évite de rédiger une loi entière autour d’une technologie jamais testée localement.
Les VASP devront probablement devenir la prochaine pièce
Aujourd’hui, la Tunisie ne dispose pas d’un registre public de VASP comparable à Maurice, l’Afrique du Sud ou certains autres marchés déjà structurés.
C’est un manque important.
Un utilisateur devrait pouvoir vérifier facilement :
nom juridique ;
numéro d’autorisation ;
services autorisés ;
adresse ;
sanctions éventuelles.
Sans ce registre, la publicité commerciale remplit le vide.
C’est rarement une bonne idée.
Une plateforme accessible n’est pas une plateforme autorisée
Ce principe doit rester central.
Binance, Bybit ou n’importe quelle autre application peut être techniquement accessible.
Cela ne crée pas une licence tunisienne.
Un VPN ne crée pas non plus une autorisation.
La disponibilité d’un bouton « TND » dans une interface ne possède aucune valeur juridique à elle seule.
Le P2P n’offre pas davantage de garantie
Deux utilisateurs peuvent techniquement échanger.
Le problème devient :
fraude ;
faux paiement ;
compte volé ;
token contrefait ;
escrow ;
risque de change ;
origine des fonds.
L’absence d’intermédiaire réglementé réduit certaines contraintes.
Elle réduit aussi certains recours.
Les faux USDT deviennent particulièrement dangereux
Un escroc peut créer un token sur une blockchain et lui donner un nom ressemblant à Tether.
L’utilisateur voit :
1 000 USDT.
Mais le contrat n’est pas celui du véritable actif.
Un cadre réglementé n’empêche pas tous les faux tokens.
Il peut au moins imposer certaines obligations aux intermédiaires qui les listent.
La sécurité personnelle reste donc essentielle
Seed phrase.
Mots de récupération.
Clés privées.
Ces informations ne doivent jamais être transmises à :
la BCT ;
la Poste ;
un exchange ;
un faux support ;
un influenceur ;
un prétendu conseiller.
Celui qui obtient la clé peut généralement déplacer les fonds.
Le droit ne peut pas annuler une transaction blockchain valide aussi facilement qu’une transaction bancaire contestée.
Le marché tunisien pourrait pourtant devenir très intéressant
Le pays combine plusieurs caractéristiques.
Population éduquée.
Développeurs.
Diaspora importante.
Proximité de l’Europe.
Économie de services.
Startups.
Contrôle des changes contraignant.
Adoption crypto déjà visible.
Si le cadre devient plus clair, l’écosystème peut progresser rapidement.
La Tunisie n’a pas besoin de copier Maurice
Maurice se positionne comme centre financier international pour VASP et custody.
La Tunisie possède un profil différent.
Son marché intérieur est beaucoup plus important.
Son vivier technologique peut soutenir :
paiement ;
software ;
freelance ;
Web3 ;
services de conformité ;
tokenisation.
L’objectif réglementaire peut donc être différent.
Elle n’a pas besoin non plus de copier l’Algérie
L’Algérie vient de renforcer fortement son interdiction.
La Tunisie a choisi jusqu’ici une trajectoire davantage tournée vers la réforme du droit des changes.
Deux pays voisins.
Deux philosophies.
TRM place malgré tout les deux dans le top 50 mondial d’adoption 2025.
Le comparatif d’ici 2027 sera particulièrement instructif.
Le Maroc ajoute un troisième modèle
Le Maroc a lui aussi connu une longue phase restrictive avant de travailler vers une réglementation formelle.
L’Afrique du Nord devient donc un véritable laboratoire.
Égypte.
Maroc.
Algérie.
Tunisie.
Tous possèdent une activité crypto significative.
Tous ont historiquement imposé des restrictions.
Leurs réponses commencent à diverger.
Peut-on légalement posséder Bitcoin en Tunisie ?
Il n’existe pas, dans les textes actuellement en vigueur vérifiés pour ce guide, une disposition générale comparable à la loi algérienne de 2025 criminalisant expressément la simple détention de Bitcoin.
L’affaire de 2021 s’est d’ailleurs terminée par un non-lieu.
Cela ne signifie pas que toutes les opérations permettant d’obtenir ou déplacer BTC sont automatiquement autorisées.
Le droit des changes reste déterminant.
Peut-on acheter du Bitcoin avec des dinars ?
C’est précisément l’un des points juridiquement délicats.
Une conversion de dinars vers un actif virtuel international peut rencontrer les règles de change et de transfert.
Le futur Code veut clarifier cette situation.
Le fait qu’une transaction P2P soit techniquement possible ne constitue pas une autorisation.
Bitcoin est-il monnaie légale ?
Non.
Le dinar tunisien demeure la monnaie nationale.
Bitcoin ne bénéficie pas du statut de legal tender.
Aucun commerçant n’est obligé de l’accepter.
USDT est-il légal ?
La réponse actuelle ne se résume pas bien à oui ou non.
Il n’existe pas une loi tunisienne moderne fournissant à USDT le statut clairement réglementé qu’il possède dans certaines juridictions.
Son acquisition, sa détention et surtout son utilisation dans des transferts ou paiements internationaux peuvent rencontrer directement la réglementation des changes.
Le futur Code vise justement à donner une base plus claire aux crypto-actifs.
Peut-on payer en Bitcoin entre deux Tunisiens ?
Le Code des changes impose en principe que les règlements entre résidents s’effectuent en Tunisie et que le dinar soit monnaie de compte et de règlement, sauf dérogation dans les situations prévues.
Un paiement BTC entre résidents ne doit donc pas être présenté comme un moyen de paiement ordinaire officiellement reconnu.
Peut-on miner Bitcoin ?
Aucune interdiction générale spécifique comparable à celle de l’Angola n’a été identifiée dans les textes actuellement applicables.
L’affaire de 2021 avait même fait apparaître l’absence de texte pénal spécifique sur le minage.
Cela ne dispense pas d’autres obligations juridiques, fiscales ou énergétiques.
Binance est-il agréé par la Tunisie ?
L’accessibilité technique d’une plateforme ne démontre pas une licence tunisienne.
Le pays ne dispose pas encore du régime VASP pleinement opérationnel et public que le futur cadre pourrait créer.
Il faut donc éviter de qualifier une plateforme étrangère d’« exchange agréé tunisien » sans autorisation vérifiable.
Peut-on recevoir un salaire en USDT ?
Le wallet peut techniquement recevoir les tokens.
Le problème juridique ne s’arrête pas à la blockchain.
Revenu.
Fiscalité.
Change.
Rapatriement éventuel.
Comptabilité.
Nature du contrat.
Ces obligations continuent d’exister.
Un freelance peut-il facturer un étranger en crypto ?
C’est justement l’un des cas que la réforme cherche à mieux intégrer.
Le droit actuel reste beaucoup plus adapté aux circuits bancaires traditionnels qu’aux revenus crypto.
Un prestataire ne devrait pas considérer qu’un paiement USDT dispense des règles fiscales et de change.
Les profits Bitcoin sont-ils taxés ?
Il n’existe pas encore de régime crypto simple permettant d’appliquer automatiquement un taux unique à chaque plus-value.
Les règles générales sur le revenu et l’activité économique peuvent devenir pertinentes selon le cas.
Le futur cadre devra probablement préciser cette question.
Wallet e-Dinar est-il une CBDC ?
Non.
La Poste Tunisienne le décrit comme un portefeuille virtuel lié à un compte électronique.
Il permet des paiements numériques en dinars.
Cela ne le transforme pas en monnaie numérique de Banque centrale.
e-Dinar utilise-t-il Bitcoin ?
Non.
Les services e-Dinar appartiennent à l’infrastructure de paiement tunisienne traditionnelle.
Ils ne nécessitent pas le réseau Bitcoin.
La Tunisie possède-t-elle actuellement une CBDC ?
Aucun lancement officiel d’une CBDC grand public n’a été identifié dans les sources de la BCT consultées pour cette mise à jour.
La Banque centrale avait démenti dès 2019 les affirmations selon lesquelles elle aurait lancé une CBDC avec une entreprise étrangère.
Pourquoi cette fausse information revient-elle toujours ?
Parce que plusieurs éléments ont été mélangés.
e-Dinar de La Poste.
Proof of concept privé de 2019.
Recherche de la BCT sur les CBDC.
Sandbox.
Blockchain.
Le tout a fini par devenir :
« la Tunisie a lancé la première CBDC du monde ».
Ce n’est pas ce que la BCT avait annoncé.
Le nouveau Code des changes sera-t-il adopté en 2026 ?
Impossible de l’affirmer au 25 septembre.
Le dossier officiel de l’Assemblée reste au stade de la commission.
Une adoption future est possible.
Il serait prématuré de la dater sans calendrier officiel.
Le projet légalise-t-il complètement la crypto ?
Même dans les versions proposées, le modèle envisagé reste encadré.
Déclaration.
Autorisation de certaines acquisitions.
Règles de change.
Le projet ne ressemble donc pas à une libéralisation absolue.
Quel serait le principal changement ?
La sécurité juridique.
Aujourd’hui, beaucoup d’opérations crypto doivent être analysées indirectement à travers des règles anciennes.
Demain, un texte pourrait définir directement :
crypto-actif ;
détention ;
acquisition ;
transfert ;
obligations.
C’est déjà une amélioration considérable.
Pourquoi 2027 devient-il important ?
Parce que plusieurs tendances convergent.
Le Parlement travaille sur le Code des changes.
La loi de finances 2026 a commencé à ouvrir certaines possibilités en devises.
Le Wallet e-Dinar se développe.
Les stablecoins deviennent une infrastructure mondiale de paiement.
La pression des standards GAFI augmente.
L’adoption tunisienne reste élevée malgré les restrictions.
Le statu quo devient de plus en plus difficile à maintenir.
Conclusion
Le cas tunisien est plus subtil qu’une simple étiquette :
« crypto interdite ».
Et c’est précisément pour cela qu’il mérite d’être correctement expliqué.
Le droit tunisien applicable en septembre 2026 ne contient pas la criminalisation générale de la détention de Bitcoin que l’Algérie vient d’adopter.
Il n’offre pas non plus un marché réglementé comparable à Maurice.
La Tunisie se trouve entre les deux.
L’ancienne architecture de change existe toujours.
Le texte central remonte à 1976.
Il impose au dinar un rôle central dans les règlements domestiques.
Il encadre les relations financières avec l’étranger.
Il permet de sanctionner les manœuvres destinées à contourner les obligations de change.
Puis Bitcoin est arrivé.
USDT ensuite.
Freelance international.
Wallets.
P2P.
DeFi.
Une économie numérique mondiale qui ne demande pas à la législation tunisienne comment elle souhaite fonctionner.
Le résultat est visible dans les chiffres.
TRM Labs place la Tunisie 42e mondiale pour l’adoption crypto en 2025, en progression par rapport au 47e rang recalculé de 2024.
Ce classement ne dit pas combien de Tunisiens possèdent Bitcoin.
Il dit quelque chose de presque plus important :
l’activité n’est pas marginale malgré les restrictions.
Le deuxième chiffre concerne la diaspora.
Les remittances représentaient 6,3 % du PIB en 2024.
Voilà un marché réel.
Des familles.
Des travailleurs.
Des freelances.
Des entreprises.
Des étudiants.
Des paiements transfrontaliers qui doivent entrer et sortir d’un système monétaire encore fortement encadré.
C’est précisément là que USDT devient intéressant.
Pas nécessairement parce que les Tunisiens veulent remplacer leur monnaie par la crypto.
Parce qu’un dollar numérique mondial peut résoudre certaines frictions que le dinar ne résout pas encore facilement.
Le troisième élément est la réforme.
En mars 2024, le gouvernement avait explicitement annoncé que le nouveau Code des changes devait permettre d’encadrer les transactions en crypto-actifs.
En 2025, une nouvelle proposition arrive au Parlement.
En 2026, les auditions se multiplient.
Le texte reste pourtant en commission au 25 septembre.
Ce point est acquis.
Le reste reste à confirmer.
La Tunisie n’a donc pas encore fait le saut.
Elle prépare la piste.
Pendant ce temps, la finance officielle ne reste pas immobile.
La Poste Tunisienne a lancé un nouveau Wallet e-Dinar.
D17 se développe.
Les paiements numériques progressent.
Les comptes électroniques deviennent accessibles à des citoyens sans compte bancaire traditionnel.
Et c’est exactement là qu’il faut éviter l’une des plus vieilles erreurs de la crypto africaine.
e-Dinar n’est pas une CBDC.
La BCT avait déjà dû le rappeler indirectement en 2019 lorsqu’une démonstration privée avait été transformée dans la presse internationale en lancement d’une monnaie numérique de Banque centrale. La BCT avait démenti toute émission et expliqué que les CBDC se trouvaient seulement dans son champ d’étude.
Sept ans plus tard, aucun lancement officiel comparable n’est établi.
Cela ne signifie pas que le sujet est abandonné.
Simplement qu’il ne faut pas inventer une CBDC qui n’existe pas.
La trajectoire tunisienne semble beaucoup plus pragmatique.
Moderniser les paiements existants.
Ouvrir progressivement certaines opérations en devises.
Repenser le Code des changes.
Puis décider quelle place accorder aux crypto-actifs.
C’est probablement plus lent qu’une annonce « Bitcoin légal dès demain ».
C’est aussi plus sérieux.
Le pays devra néanmoins aller jusqu’au bout.
Reconnaître Bitcoin dans un Code des changes ne suffira pas.
Il faudra déterminer qui peut fournir les services.
Créer un système d’enregistrement ou de licences VASP.
Publier un registre.
Organiser le KYC.
Intégrer la Travel Rule.
Protéger la custody.
Définir la fiscalité.
Clarifier les wallets personnels.
Traiter les stablecoins.
Contrôler les plateformes étrangères.
Déterminer comment un freelance peut être payé.
Et surtout, connecter ces règles au contrôle des changes sans recréer une procédure tellement lourde que les utilisateurs préfèrent rester sur le P2P.
Voilà le vrai défi.
Une réglementation peut être légalement parfaite et économiquement inutile.
Si acheter 500 USDT légalement prend dix formulaires, trois autorisations et deux semaines, l’utilisateur trouvera quelqu’un sur Telegram.
L’État aura une loi.
Le marché restera ailleurs.
À l’inverse, un cadre raisonnable pourrait faire revenir une partie de l’activité vers des intermédiaires identifiables.
C’est également là que le débat tunisien rejoint le reste du continent. Bref Crypto observe déjà comment les banques africaines accélèrent dans les paiements numériques, la blockchain et les stablecoins.
La frontière entre « finance traditionnelle » et « crypto » devient moins claire.
Les stablecoins ressemblent de plus en plus à des rails.
Les banques développent des tokens.
Les systèmes fiat deviennent instantanés.
Les wallets postaux ressemblent à des applications fintech.
Les blockchains se connectent au mobile money.
La Tunisie doit donc éviter de réglementer le marché de 2017 en 2027.
Le sujet n’est plus seulement Bitcoin.
C’est la circulation numérique de la valeur.
Et sur ce point, le pays possède une occasion rare.
Son vieux Code des changes est devenu une contrainte.
Sa réécriture peut devenir une opportunité.
La prochaine étape déterminera si Tunis rejoint progressivement les juridictions qui réglementent leurs VASP, ou si l’incertitude continue à pousser une activité classée 42e mondiale vers les exchanges offshore et le P2P.
Cette décision n’a pas encore été prise dans la loi.
C’est exactement ce qui rend 2027 beaucoup plus important pour la crypto tunisienne que 2026.
Sources principales
Le droit des changes actuellement applicable repose toujours principalement sur la loi n°76-18 du 21 janvier 1976, que le ministère des Finances continue de référencer comme le cadre réglementaire des changes. Son article 21 encadre notamment les règlements entre résidents et consacre le dinar comme monnaie de compte et de règlement dans les conditions prévues.
Le projet de réforme du Code des changes a été officiellement adopté en Conseil ministériel en mars 2024 avec, parmi ses orientations annoncées, l’intégration des transactions en crypto-actifs.
La proposition parlementaire n°2025/115 a été déposée en octobre 2025. Le dossier de l’Assemblée la classe toujours, en septembre 2026, parmi les propositions examinées en commission et retrace les différentes auditions organisées jusqu’en juin.
La progression de l’adoption repose sur le 2025 Crypto Adoption and Stablecoin Usage Report de TRM Labs, qui place la Tunisie au 42e rang mondial en 2025.
Les données macroéconomiques proviennent de l’Institut national de la statistique et de la Banque mondiale : l’inflation atteignait 5,4 % en août 2026 et les remittances reçues représentaient 6,3 % du PIB en 2024.
Les informations sur le Wallet e-Dinar, D17 et e-Dinar Smart proviennent directement de La Poste Tunisienne.
Enfin, la distinction entre e-Dinar et une véritable CBDC repose notamment sur le démenti de 2019 de la Banque centrale, qui avait rejeté les informations annonçant le lancement d’une monnaie numérique officielle et expliqué que le CBDC demeurait alors au stade de l’étude.