Les 206 milliards $ reposent surtout sur Anthropic
Le chiffre viral attribue 170,5 milliards $ à l’ancienne participation de FTX dans Anthropic, soit environ 340 fois les 500 millions investis. Pourtant, les documents disponibles racontent une histoire plus compliquée. BrefCrypto revenait récemment sur la nouvelle bataille judiciaire de Sam Bankman-Fried autour de FTX, dans laquelle la valeur ultérieure des actifs occupe justement une place importante.
FTX avait initialement acquis 13,56 % d’Anthropic, avant que les levées de fonds suivantes ne diluent cette participation. En février 2024, Reuters indiquait que l’exchange en faillite détenait encore 7,84 % de la société.
Anthropic a depuis explosé. La société a annoncé en mai 2026 une levée de 65 milliards $ pour une valorisation post-money de 965 milliards $.
Même en appliquant généreusement les 7,84 % de 2024 à cette valorisation, on obtient environ 75,7 milliards $, et non 170,5 milliards. Ce calcul reste lui-même optimiste puisqu’il ne tient pas compte d’une éventuelle dilution supplémentaire lors des tours suivants.
Le raccourci des 170,5 milliards semble donc transformer directement le chèque initial de 500 millions en investissement multiplié par 340, sans reconstruire précisément la participation au capital.
Solana, Cursor et SpaceX restent des paris impressionnants
Le reste du portefeuille est beaucoup plus défendable.
Alameda avait accumulé près de 60 millions de SOL au début de l’histoire de Solana. Avec SOL autour de 120 dollars actuellement, cette position approcherait bien les 7 milliards $. L’administrateur de FTX détenait encore 41 millions de SOL verrouillés en 2024 avant d’en vendre une grande partie.
Cursor offre le cas le plus spectaculaire. Alameda avait investi seulement 200 000 $ dans Anysphere en 2022 pour environ 5 % du capital. L’administrateur de FTX a revendu cette participation au même prix en 2023. Avec l’opération valorisant Cursor à 60 milliards $, cette ancienne position atteint théoriquement 3 milliards $, soit près de 15 000 fois l’investissement initial.
SpaceX ajoute encore environ 15 milliards $ selon les estimations publiées par Forbes. FTX avait versé 700 millions $ à K5 Global, dont environ 200 millions avaient ensuite été exposés à SpaceX. Forbes évaluait déjà cette position indirecte jusqu’à 15 milliards au printemps.
On comprend mieux pourquoi les investissements de SBF fascinent encore. Cela ne change toutefois rien à la leçon laissée par l’effondrement de FTX pour les investisseurs crypto : posséder des actifs prometteurs ne compense pas une crise de liquidité lorsque les clients réclament leur argent.
Un portefeuille probablement supérieur à 100 milliards $
Robinhood complète le tableau. FTX avait payé environ 648 millions $ pour 55 millions d’actions. Avec Robinhood autour de 119 dollars, cette position vaudrait aujourd’hui environ 6,6 milliards $. La capitalisation du courtier tourne autour de 107 milliards.
Genesis Digital est plus difficile à valoriser précisément puisque l’entreprise reste privée. Alameda y avait investi environ 1,15 milliard $, mais une procédure ultérieure de FTX décrivait déjà certaines valorisations utilisées à l’époque comme extrêmement élevées. Attribuer aujourd’hui 3,5 milliards $ à cette participation doit donc rester une estimation, pas une valeur de marché observable.
En reprenant les hypothèses relativement solides pour Solana, SpaceX, Cursor, Robinhood et une estimation généreuse d’Anthropic, on arrive davantage dans une zone de 110 à 120 milliards $ que de 206 milliards. Forbes aboutissait d’ailleurs à environ 100 milliards $ quelques mois plus tôt.
Cela reste extraordinaire pour un portefeuille constitué quelques années auparavant. Cela ne signifie pas pour autant que les liquidateurs ont simplement « perdu » 200 milliards. Ils devaient convertir des actifs parfois illiquides en cash, rembourser les créanciers et gérer une faillite où FTX ne disposait plus des cryptos que ses clients pensaient détenir. Le groupe prévoit depuis plusieurs années des milliards de dollars de distributions issus précisément de ces ventes d’actifs.
Ironie supplémentaire : au moment où les marchés crypto cherchent désormais à tokeniser jusqu’aux introductions en Bourse, certaines des meilleures participations technologiques de l’histoire récente sont passées par le bilan d’un exchange crypto disparu.