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Crypto : CZ voit les IPO migrer vers la blockchain

CZ estime que les IPO finiront on-chain alors que les actions tokenisées atteignent 2,88 Md$ et que la SEC adapte ses règles à la blockchain.

Une action traditionnelle se transforme en titres numériques inscrits dans un registre blockchain
CZ estime que les introductions en Bourse finiront par utiliser directement des infrastructures blockchain.

Changpeng Zhao estime que les introductions en bourse finiront par migrer sur la blockchain. Le fondateur de Binance l’a affirmé ce 8 septembre alors que CoinGape rapporte plus de 30 milliards de dollars de volume cumulé en trois mois sur bStocks, la gamme d’actions tokenisées de Binance. Le marché reste encore minuscule face aux Bourses traditionnelles : RWA.xyz comptabilisait 2,88 milliards de dollars d’actions tokenisées distribuées on-chain au 7 septembre. Pourtant, l’idée défendue par CZ n’est plus seulement théorique. La SEC adapte ses règles aux registres blockchain et Securitize travaille déjà avec Cantor Fitzgerald sur une infrastructure permettant aux entreprises de réaliser de véritables IPO on-chain.

CZ ne parle plus seulement d’actions tokenisées

« IPOs will move on-chain. » La phrase de Changpeng Zhao est courte. Elle prolonge toutefois une position qu’il défend depuis plusieurs mois.

En juin, CZ appelait déjà les gouvernements à tokeniser leurs marchés boursiers afin de permettre aux investisseurs étrangers d’y accéder plus facilement. En août, il présentait même la tokenisation comme un outil permettant aux États d’attirer du capital international.

Cette vision rejoint la montée des RWA parmi les principales narratives crypto de 2026. Le changement est néanmoins important : jusqu’ici, la majorité des produits disponibles représentent des actions déjà cotées. CZ pousse désormais la logique jusqu’au moment où l’entreprise entre elle-même en Bourse.

Le timing est révélateur. Les bStocks auraient dépassé 30 milliards de dollars de volume cumulé en trois mois. Fin juillet, Binance Research ne recensait encore que 8,7 milliards, avec une capitalisation supérieure à 500 millions de dollars. En juillet seulement, 7,4 milliards de dollars de volume on-chain avaient été enregistrés.

Les chiffres accélèrent vite.

Cela ne signifie toujours pas que Wall Street vient de basculer sur blockchain. Entre acheter un token Nvidia et réaliser l’IPO d’une entreprise directement on-chain, plusieurs couches juridiques et techniques séparent encore les deux marchés.

Une action tokenisée n’est pas forcément une vraie action

C’est probablement la distinction la plus importante dans ce débat.

Le terme « action tokenisée » recouvre aujourd’hui plusieurs produits très différents. Certains tokens correspondent à de véritables titres dont la propriété est enregistrée sur blockchain. D’autres sont émis par un tiers qui conserve l’action traditionnelle et remet au client un token représentant économiquement celle-ci. D’autres encore ne sont que des dérivés reproduisant son prix.

La SEC elle-même distingue depuis janvier les titres tokenisés par l’émetteur ou pour son compte de ceux créés par des tiers indépendants. Les droits du détenteur peuvent changer considérablement d’un modèle à l’autre.

Prenons Binance.

Ses bStocks sont présentés comme des titres tokenisés garantis 1 pour 1 par les actions correspondantes et proposés à certains utilisateurs dans le cadre réglementaire de l’ADGM. Binance précise elle-même que ces produits ont leur propre structure juridique et leurs propres droits.

À côté, Binance propose des contrats perpétuels pré-IPO. Le contrat Tesla lancé précédemment par Binance illustre cette autre famille de produits.

Un pre-IPO perpetual ne donne aucune action.

Le trader prend une position sur la valorisation anticipée d’une société avant son introduction en Bourse. Le contrat peut ensuite basculer vers un perpétuel classique lorsque l’action commence officiellement à coter.

Ce n’est donc pas une IPO on-chain.

Les contrats SpaceX ont déjà testé le marché avant la cotation

L’exemple SpaceX montre néanmoins pourquoi CZ pense que la prochaine étape est proche.

Le 21 mai, Binance a lancé SPCXUSDT, son premier contrat perpétuel pré-IPO. Le produit permettait aux traders de spéculer sur la valorisation attendue de SpaceX avant que son action ne soit disponible sur le Nasdaq. Le levier était plafonné à 5x et, faute de véritable cours boursier, le prix provenait essentiellement du carnet d’ordres Binance.

La demande a été spectaculaire.

Autour de l’introduction de SpaceX, Binance affirme que SPCXUSDT a brièvement été son deuxième contrat perpétuel le plus échangé derrière BTCUSDT, avec plus de 5,6 milliards de dollars de volume sur une période de 24 heures et plus de 9 milliards depuis le lancement du produit.

Binance a depuis appliqué la même mécanique à OpenAI, Anthropic ou encore Quantinuum avec des contrats pré-IPO dédiés.

Le signal commercial est assez clair : les utilisateurs crypto veulent accéder à des entreprises avant leur cotation traditionnelle.

La limite l’est tout autant. Ces traders n’apportent pas de capital à SpaceX lorsqu’ils achètent SPCXUSDT. Ils échangent un dérivé entre eux.

Une véritable IPO on-chain ferait autre chose : l’entreprise émettrait ses titres dans le cadre de sa levée de capitaux et la blockchain participerait directement à l’enregistrement, la distribution ou au règlement des actions.

C’est précisément ce que d’autres acteurs construisent déjà.

Securitize et Cantor préparent de vraies IPO on-chain

Le projet le plus concret ne vient d’ailleurs pas de Binance.

Le 15 juillet, Securitize et Cantor Fitzgerald ont annoncé une collaboration visant explicitement à permettre aux entreprises de réaliser des introductions en Bourse et des émissions secondaires utilisant une infrastructure blockchain. Cantor apporte son activité de banque d’investissement ; Securitize fournit l’émission, les registres et l’infrastructure réglementée de tokenisation.

Ce n’est pas seulement un communiqué marketing.

En mai, Securitize Markets a obtenu l’autorisation de la FINRA d’élargir les activités de son broker-dealer. L’entreprise peut désormais conserver des titres tokenisés, effectuer des règlements atomiques entre titres et stablecoins et participer comme underwriter ou membre d’un groupe de placement à des émissions initiales et secondaires.

Le règlement atomique mérite une explication.

Dans une transaction traditionnelle, le transfert du titre et celui de l’argent passent par plusieurs intermédiaires et systèmes. Avec une architecture correctement conçue sur blockchain, les deux mouvements peuvent être conditionnés l’un à l’autre : le titre change de propriétaire si, et seulement si, le paiement est effectué.

Securitize a même servi de cobaye à sa propre thèse. Lors de son entrée en Bourse en juillet sous le ticker SECZ, l’entreprise a également placé ses actions sur blockchain dès le premier jour de cotation. Elle affirme être la première société américaine à l’avoir fait dans cette configuration.

RWA.xyz valorisait au 7 septembre cette version on-chain de SECZ à environ 192 millions de dollars.

L’IPO entièrement blockchain n’est donc plus très loin du terrain réglementé.

La SEC commence elle aussi à modifier ses règles

Washington évolue au même moment.

Le 1er septembre, la SEC a proposé la plus importante modernisation depuis plusieurs décennies des règles applicables aux transfer agents, ces intermédiaires chargés notamment de maintenir les registres officiels de propriété des actions.

La proposition mentionne explicitement l’utilisation de la blockchain pour les émissions de titres et les transferts d’actions. Le président de la SEC, Paul Atkins, estime que les règles doivent désormais refléter ces nouveaux processus.

Ce changement paraît administratif. Il touche pourtant le cœur du problème.

Tokeniser une représentation économique d’Apple est relativement simple. Faire en sorte que le registre officiel d’Apple considère le détenteur du token comme le véritable actionnaire est beaucoup plus ambitieux.

La SEC propose d’ailleurs que les transfer agents déclarent le nombre de titres tokenisés dont ils assurent le suivi, leur nature et leur modèle de tokenisation. Le régulateur distingue également les produits sponsorisés par l’émetteur des versions créées par des tiers.

La commissaire Hester Peirce pose déjà la question suivante : si les titres migrent on-chain, faut-il continuer à identifier les actionnaires uniquement avec leur nom et leur adresse physique, ou également accepter des identifiants tels qu’une adresse de wallet ?

Nous sommes loin d’une autorisation générale des IPO blockchain.

La proposition confirme néanmoins que la SEC ne traite plus la tokenisation comme une curiosité expérimentale.

Elle commence à adapter l’infrastructure réglementaire qui pourrait la rendre ordinaire.

Les actions tokenisées passent déjà à 2,88 milliards $

Le marché actuel permet de mesurer à la fois la progression et tout ce qu’il reste à parcourir.

Selon RWA.xyz, les actions tokenisées représentaient 2,88 milliards de dollars de valeur distribuée on-chain au 7 septembre, en hausse de 13,6 % sur trente jours. Le nombre de détenteurs atteignait 2,78 millions.

Ondo arrive en tête avec environ 875,7 millions de dollars, devant xStocks à 631,1 millions et bStocks à 624,3 millions. Securitize suit avec 274,1 millions. À eux quatre, ces acteurs concentrent l’essentiel du marché actuel.

Quelques mois suffisent pour mesurer l’accélération.

À la fin du premier trimestre 2026, CoinGecko n’évaluait les actions tokenisées qu’à 486,7 millions de dollars. Elles étaient encore à seulement 2,09 millions fin juin 2025. Passer de moins de 500 millions fin mars à près de 2,9 milliards début septembre représente une multiplication proche de six en cinq mois.

Le volume progresse encore plus vite.

RWA.xyz affichait 15,47 milliards de dollars de transferts sur trente jours au 7 septembre. Attention toutefois à ne pas appeler automatiquement cela du « volume de trading » : les mouvements on-chain peuvent aussi inclure règlements, transferts entre wallets ou mouvements de custody.

Même remarque pour les 30 milliards de bStocks avancés pour bStocks : il s’agit d’un volume cumulé, pas de 30 milliards de dollars investis dans ces titres.

Le marché devient actif. Sa taille patrimoniale reste encore modeste.

Londres veut lui aussi faire coter les actions 24 heures sur 24

Le mouvement ne se limite plus aux entreprises crypto.

Le London Stock Exchange Group vient de s’associer à Payward, maison mère de Kraken, pour préparer des actions britanniques tokenisées sur sa future plateforme LSE 24. Le lancement est prévu en 2027, sous réserve des autorisations réglementaires.

Le projet doit combiner titres traditionnels et infrastructure blockchain tout en élargissant les horaires de cotation.

C’est un élément important dans la thèse de CZ.

La tokenisation est souvent vendue avec quatre promesses : trading 24/7, fractionnement des actions, règlement plus rapide et accès mondial. En pratique, chaque avantage pose aussi une nouvelle question.

Que se passe-t-il lorsqu’une action tokenisée se négocie un dimanche alors que le marché où se forme son prix principal est fermé ? Comment gère-t-on dividendes, votes, splits ou OPA ? Qui porte le risque lorsqu’un token est émis par un intermédiaire et non par l’entreprise elle-même ? Que devient la liquidité lorsque le même titre existe sur Ethereum, Solana, BNB Chain et plusieurs plateformes fermées ?

Les droits sont loin d’être uniformes. Reuters rappelait déjà que certains produits tokenisés ne donnent ni droit de vote ni propriété directe de l’action sous-jacente.

La blockchain réduit certaines frictions.

Elle ne supprime pas le droit des sociétés.

L’IPO on-chain pourrait surtout changer les marchés émergents

C’est peut-être là que la déclaration de CZ mérite d’être prise au sérieux.

Une entreprise américaine cotée au Nasdaq possède déjà accès à l’un des marchés de capitaux les plus liquides du monde. Le bénéfice marginal d’une blockchain existe, mais son financement fonctionne déjà.

Pour une entreprise située dans un marché plus petit, la situation est différente.

Binance affirme qu’au début de son offre d’actions traditionnelles, plus de 80 % du volume provenait d’utilisateurs des marchés émergents, et qu’environ 39 % des opérations étaient inférieures à 100 dollars.

C’est exactement le public auquel parle CZ lorsqu’il explique que la tokenisation peut permettre à un pays de vendre ses actions à des acheteurs du monde entier.

Une entreprise africaine, asiatique ou latino-américaine correctement réglementée pourrait théoriquement émettre des titres fractionnés accessibles depuis plusieurs juridictions, régler les transactions en stablecoins et maintenir un registre numérique pratiquement en temps réel.

Théoriquement.

Car accéder « au monde entier » ne dispense ni du KYC, ni des lois sur les valeurs mobilières, ni des restrictions transfrontalières. Une blockchain mondiale ne crée pas automatiquement un marché financier mondial juridiquement unifié.

C’est d’ailleurs ce qui distingue la transformation actuelle des anciennes promesses RWA. Citi estime désormais que les titres tokenisés pourraient représenter plusieurs milliers de milliards de dollars d’ici 2030, mais l’essentiel du travail se joue aujourd’hui dans des sujets beaucoup moins spectaculaires : transfer agents, custody, registre des actionnaires et règlement.

Et pourtant, c’est probablement là que se construit la finance on-chain.

La prédiction de CZ reste une prédiction. Toutes les IPO ne sont pas sur le point d’abandonner le Nasdaq ou le NYSE pour BNB Chain.

La tendance sous-jacente est en revanche beaucoup plus difficile à ignorer qu’il y a un an. Les actions tokenisées approchent 3 milliards de dollars, Binance revendique des dizaines de milliards de volume, la SEC réécrit des règles datant pour certaines des années 1970 et Securitize dispose désormais des autorisations nécessaires pour participer à des émissions initiales tokenisées avec Cantor Fitzgerald.

La prochaine étape ne consiste donc plus simplement à mettre Tesla dans un wallet crypto.

Elle consiste à faire en sorte que l’action naisse elle-même sur ces nouveaux rails financiers.

Si cela arrive à grande échelle, CZ aura décrit moins une révolution des IPO qu’un changement d’infrastructure : l’entreprise entrera toujours en Bourse, les investisseurs achèteront toujours des titres et les régulateurs resteront présents. Simplement, une partie du registre, du règlement et de la distribution se fera sur blockchain.

C’est moins spectaculaire qu’un remplacement de Wall Street.

Et probablement beaucoup plus réaliste.

À propos de l’auteur

Mosengo Léon

Mosengo Léon

Mosengo Léon est un analyste crypto et rédacteur pour BrefCrypto.com, reconnu pour ses analyses approfondies des marchés Bitcoin et cryptomonnaies, l’impact des événements structurants comme les crises et levées de fonds, et sa capacité à rendre accessibles les enjeux techniques et économiques de la blockchain pour investisseurs et passionnés