Goldman apporte 100 milliards $ dans les rails crypto
FTIXX devient le premier fonds externe proposé sur Lynq. L’opération prolonge un mouvement déjà bien engagé à Wall Street : BlackRock, JPMorgan et Goldman Sachs participent également aux travaux de la DTCC sur la tokenisation des marchés.
Le fonds concerné est le Goldman Sachs Financial Square Treasury Instruments Fund, classe institutionnelle FTIXX. Il investit exclusivement dans des titres du Trésor américain et cherche à maintenir une liquidité quotidienne. Au 31 mars 2026, Goldman Sachs Asset Management affichait 100,22 milliards $ d’actifs dans le fonds. Son rendement courant sur sept jours atteignait encore 3,59 % au 9 septembre.
Pour les entreprises crypto, l’intérêt est assez concret. Une société comme un market maker peut disposer de dizaines ou centaines de millions de dollars qui attendent parfois quelques heures ou quelques jours avant d’être redéployés.
Sur Lynq, ce cash pourra être placé dans FTIXX au lieu de rester inutilisé.
Wintermute, Galaxy, B2C2, FalconX, Crypto.com et Fireblocks figurent déjà parmi les entreprises utilisant ou connectées à l’écosystème Lynq. Plus de 30 institutions y seraient intégrées.
Les 100 milliards $ ne sont pas tokenisés
La nuance change presque toute l’histoire.
Goldman Sachs ne tokenise pas ici 100 milliards de dollars de Treasuries. FTIXX conserve sa structure juridique et financière traditionnelle. Lynq devient seulement un nouveau canal permettant aux entreprises du secteur crypto d’y accéder. Les transactions passent par tZERO Securities, broker-dealer enregistré auprès de la SEC.
Lynq fonctionne pourtant sur une blockchain privée et permissionnée construite autour d’Avalanche. Son infrastructure permet notamment le règlement en temps réel et cherche à conserver le rendement des liquidités pendant qu’elles attendent d’être utilisées.
C’est différent de BUIDL de BlackRock ou BENJI de Franklin Templeton. Dans ces modèles, des parts du fonds existent directement sous une représentation tokenisée. BrefCrypto avait déjà identifié les bons du Trésor et fonds monétaires comme l’un des premiers usages réellement solides des RWA.
Goldman suit d’ailleurs lui-même les deux chemins. Son site répertorie désormais une classe Token Shares, ticker GDTXX, pour le Financial Square Treasury Instruments Fund. Et depuis 2025, Goldman travaille avec BNY sur des représentations numériques de fonds monétaires via GS DAP.
FTIXX sur Lynq reste cependant autre chose : le fonds ne devient pas un token. C’est l’infrastructure crypto qui vient jusqu’au fonds.
Wall Street rapproche le cash des marchés crypto
Cette différence peut sembler technique. Elle raconte pourtant assez bien l’institutionnalisation actuelle du secteur.
Les grandes entreprises de trading crypto ont besoin de collatéral, de règlement et de trésorerie. Or conserver plusieurs millions de dollars sans rendement entre deux transactions coûte de l’argent. Avec un fonds de Treasuries accessible depuis le même environnement opérationnel, une partie de ce capital peut continuer à produire un rendement avant d’être réutilisée.
Le mouvement ressemble donc moins à une adoption spéculative de Bitcoin ou d’Ethereum qu’à une fusion progressive des infrastructures.
Goldman ne demande pas à un trésorier institutionnel de remplacer ses bons du Trésor par un nouveau token. Il lui permet de conserver son produit financier familier tout en le rapprochant des entreprises qui fonctionnent déjà avec des rails blockchain.
Cette approche coexistera probablement avec la tokenisation pure. Franklin Templeton utilise déjà BENJI pour ses fonds monétaires on-chain, pendant que BlackRock pousse BUIDL et que Goldman développe lui-même ses propres parts tokenisées.
Lynq ne gère encore qu’environ 89 millions de dollars d’actifs, selon les chiffres cités par son dirigeant. Face aux quelque 100 milliards de FTIXX, l’écart est immense. Personne ne doit donc lire cette annonce comme 100 milliards de dollars arrivant soudainement sur Avalanche.
Le signal est ailleurs : un fonds traditionnel de cette taille considère désormais les entreprises crypto comme un canal de distribution suffisamment sérieux pour adapter son infrastructure.
La frontière entre finance traditionnelle et crypto ne disparaît pas d’un coup. Elle devient simplement de moins en moins utile.