GoTyme donne du poids à la coalition crypto
CATASTROPHE comptait déjà plusieurs poids lourds de l’écosystème local. L’arrivée de GoTyme change néanmoins la photographie. Une banque réglementée se retrouve désormais aux côtés de plateformes crypto pour contester certaines dispositions proposées par le Trésor et la South African Reserve Bank.
BrefCrypto avait déjà détaillé la fronde contre les restrictions crypto transfrontalières en Afrique du Sud. GoTyme reprend essentiellement le même argument : une activité financière comparable devrait recevoir un traitement réglementaire comparable, quelle que soit la technologie utilisée.
« Ce n’est pas une position contre la réglementation de la crypto », a expliqué la porte-parole de GoTyme, Pontsho Ramontsha, à TechCentral. La banque estime au contraire que les règles doivent être cohérentes et fondées sur le risque plutôt que sur l’étiquette technologique utilisée pour effectuer le paiement.
Le soutien n’est plus marginal. Farzam Ehsani, patron de VALR, indiquait récemment que la campagne avait réuni 203 organisations et 5 677 personnes.
GoTyme possède aussi un intérêt stratégique dans cette évolution. Sa banque sœur aux Philippines propose déjà l’achat et la vente de Bitcoin, Ethereum, Solana et d’autres actifs depuis son application bancaire. Cette activité est réglementée localement comme service d’actifs virtuels.
La frontière entre banque et crypto n’est donc plus très nette pour le groupe.
La self-custody devient une voie à sens unique
Le projet réglementaire sud-africain repose sur une logique assez simple : les autorités veulent pouvoir surveiller les mouvements de capitaux lorsqu’ils passent par les cryptomonnaies.
Le projet officiel de Crypto Asset Manual publié par la SARB considère notamment comme transfrontalier le transfert entre un prestataire crypto autorisé en Afrique du Sud et une plateforme étrangère, ou le transfert depuis un prestataire local vers certains wallets non custodiaux.
Pour les entreprises, la proposition est particulièrement restrictive. À ce stade, seuls les particuliers pourraient externaliser certaines cryptos via des prestataires agréés dans les limites prévues par leurs allocations de change. Les sociétés résidentes ne disposeraient pas de la même possibilité pour des transactions assimilées à des importations ou exportations de capitaux.
CATASTROPHE conteste aussi une autre disposition : un particulier pourrait transférer ses actifs depuis un exchange sud-africain réglementé vers son wallet personnel, alors que le trajet inverse serait considéré comme non permis dans certaines circonstances.
Dit autrement : les cryptos pourraient quitter l’environnement réglementé beaucoup plus facilement qu’elles ne pourraient y revenir.
C’est précisément le paradoxe dénoncé par la coalition. Une réglementation conçue pour améliorer la traçabilité pourrait pousser davantage de fonds vers les plateformes offshore et les échanges hors des circuits locaux.
La SARB défend une autre préoccupation. Les cryptos étant intrinsèquement transfrontalières, elles peuvent faciliter le contournement des contrôles de capitaux. L’objectif affiché est donc de limiter l’arbitrage réglementaire et de permettre à Financial Surveillance de mieux identifier les flux illicites.
Les textes ne sont toujours pas définitifs.
Les stablecoins rendent le débat beaucoup plus urgent
Ce débat aurait eu beaucoup moins de poids si les paiements crypto sud-africains n’avaient pas déjà progressé de 176 %. Ce n’est plus le cas.
BrefCrypto relevait récemment que près de 27 milliards de rands d’USDT avaient circulé sur trois grandes plateformes sud-africaines sur l’année terminée en avril 2026. Le pays comptait parallèlement environ 310 prestataires crypto licenciés à la fin mars.
Les stablecoins compliquent particulièrement l’équation réglementaire. Une entreprise peut recevoir un dollar bancaire classique depuis l’étranger par l’intermédiaire d’une banque, ou recevoir l’équivalent en USDT en quelques minutes sur une blockchain. Économiquement, le paiement peut avoir le même objectif. Juridiquement, le canal change tout.
GoTyme considère justement que cette différence ne devrait pas conduire automatiquement à interdire le deuxième canal.
La banque avertit également qu’une réglementation trop restrictive pourrait produire l’effet opposé à celui recherché. Les utilisateurs ne cesseraient pas nécessairement d’utiliser la crypto. Ils pourraient simplement migrer vers des plateformes étrangères moins visibles pour les autorités sud-africaines.
Le problème devient encore plus intéressant lorsque l’on regarde les Philippines. GoTyme y possède déjà une licence de Virtual Asset Service Provider et propose directement onze cryptomonnaies ainsi que PAX Gold dans son application. Les transferts externes sont pour l’instant bloqués dans ce produit : tout reste dans l’écosystème GoTyme.
Cette expérience montre au moins une chose : une banque du groupe sait déjà intégrer la crypto dans un environnement réglementé.
L’Afrique du Sud doit maintenant déterminer jusqu’où elle veut permettre le même rapprochement.
La consultation publique autour du Crypto Asset Manual se termine le 30 septembre 2026. La SARB a elle-même précisé que son approche reste susceptible d’être modifiée après examen des commentaires reçus.