Bitcoin Afrique : Wheatley conteste les faits
L’affaire avait déjà secoué Africa Bitcoin Corporation en septembre. BrefCrypto rapportait alors que la FSCA avait sanctionné trois dirigeants d’ABC pour des transactions réalisées en 2022, plusieurs années avant que l’entreprise n’adopte sa stratégie Bitcoin.
Wheatley donne désormais sa version détaillée.
À l’époque, la société s’appelait encore Altvest et préparait une offre permettant aux particuliers d’investir dans des actifs privés et alternatifs. Elle avait acquis un courtier opérant sur le Cape Town Stock Exchange.
Selon Wheatley, les tests de la plateforme avaient révélé plusieurs problèmes : valorisations incorrectes des portefeuilles, mauvais calcul des coûts d’acquisition et erreurs potentielles sur les plus-values ou moins-values fiscales.
Face à ces problèmes, il aurait demandé à son épouse, Tatum Keshwar-Wheatley, et à un analyste d’effectuer des transactions depuis leurs comptes concernés tout en prenant des captures d’écran.
Trois opérations ont finalement été exécutées pour 50 actions et 301 rands.
La FSCA en tire une conclusion radicalement différente : les trois personnes auraient agi de concert pour créer un prix artificiellement élevé et donner une image trompeuse de la demande ou de l’activité sur le titre.
Un cours passé de 6 à 6,20 rands
Wheatley ne nie pas que les transactions aient fait bouger le prix. Il reconnaît notamment qu’une opération a fait passer l’action de 6 à 6,20 rands.
Il conteste en revanche l’intention.
L’ancien dirigeant affirme n’avoir réalisé aucun bénéfice en revendant ensuite ses actions. Il assure au contraire avoir continué à investir près de 15 millions de rands supplémentaires dans l’entreprise et augmenté sa participation d’environ un tiers.
Son argument ne revient donc pas à dire que la méthode était correcte. Wheatley reconnaît lui-même que procéder à de véritables transactions pour tester la plateforme était une mauvaise idée et qu’une sanction peut se justifier. Il attaque surtout la qualification de manipulation volontaire du marché et la sévérité de la peine prononcée.
La FSCA affirme de son côté que les transactions coordonnées entre le 5 et le 8 septembre 2022 ont artificiellement influencé le cours et créé une apparence fausse ou trompeuse de l’activité sur l’action Altvest.
La distinction compte.
301 rands décrivent la valeur des trois transactions, pas nécessairement leur capacité à influencer un titre peu liquide. Sur une action faiblement échangée, même des ordres très petits peuvent modifier le prix affiché.
C’est précisément ce que le Tribunal devra désormais apprécier.
Le dossier freine Africa Bitcoin Corporation
Wheatley a demandé deux choses au Financial Services Tribunal : la reconsidération de la décision de la FSCA et la suspension temporaire des sanctions pendant l’examen du recours.
Le Tribunal est indépendant de la FSCA et peut réexaminer les décisions de régulateurs financiers sud-africains. Wheatley espère qu’une première audience sur la suspension puisse intervenir avant la fin octobre, tandis que la procédure sur le fond pourrait prendre beaucoup plus longtemps.
Entre-temps, les conséquences dépassent sa situation personnelle.
Wheatley a quitté ses fonctions de CEO. Stafford Masie dirige désormais provisoirement Africa Bitcoin Corporation, après une crise de gouvernance que BrefCrypto avait détaillée dès les premières sanctions de la FSCA.
Le groupe conserve environ 5,5 BTC, très loin de son ambition initiale de lever plusieurs milliards de rands pour construire une importante trésorerie Bitcoin. Wheatley affirme que la procédure réglementaire a également interrompu une levée de capitaux et le projet de cotation sur l’Aquis Exchange à Londres. Cette cotation avait déjà pris du retard au mois d’août.
Le Bitcoin n’est pourtant toujours pas à l’origine de l’affaire.
Les transactions remontent à septembre 2022. La stratégie de trésorerie BTC est arrivée plusieurs années plus tard et Africa Bitcoin Corporation elle-même n’a pas été sanctionnée dans cette procédure.
Reste une question de marché beaucoup plus classique : trois opérations totalisant 301 rands étaient-elles de mauvais tests internes ou une manipulation coordonnée du cours ?
La FSCA a déjà rendu son verdict.
Wheatley veut maintenant convaincre le Tribunal qu’elle est allée beaucoup trop loin.