Le réseau bitcoin vient d’encaisser un choc net : environ 10 % du hashrate aurait été mis hors ligne ces derniers jours, sur fond de baisse de prix et de marges minières compressées. Cette mise à l’arrêt coïncide avec une chute de difficulté à 125,86 T, un ajustement rare par son amplitude.
En bref :
- Le hashrate de bitcoin recule d’environ 10 %, signe d’arrêts forcés chez certains mineurs.
- La difficulté tombe à 125,86 T, un ajustement majeur.
- La rentabilité et l’énergie deviennent les vrais arbitres du marché.
Un hashrate qui décroche, un réseau qui s’ajuste
Selon Peter Todd, développeur Bitcoin Core, la puissance de hachage “suit de près le prix”. Sa lecture est simple : quand le marché recule, une partie des machines devient non rentable, donc elle s’éteint.
La conséquence mécanique, c’est l’ajustement de difficulté. Les données relayées ces derniers jours indiquent une difficulté tombée à 125,86 T, après un pic local autour de 155,97 T en novembre. Autrement dit, le réseau a dû “rendre la route praticable” parce que trop de mineurs ont quitté la file.
Ce mouvement a aussi un effet secondaire souvent mal compris. Une difficulté plus basse peut accélérer la production de blocs pendant un temps, puis revenir vers l’équilibre. Cela aide les mineurs restants à respirer, mais ça ne crée pas, par magie, une hausse durable du bitcoin. Ça soulage une industrie, pas le marché entier.
La capitulation des mineurs Bitcoin, version “comptabilité froide”
Le vrai cœur du sujet, c’est la rentabilité. Bloomberg rapporte que le hashprice, un indicateur de revenu par unité de puissance, est tombé autour de 0,03 $ par terahash, un plus bas historique. Quand ce chiffre s’écrase, beaucoup d’opérations passent en mode survie.
Dans ce contexte, “capituler” ne veut pas toujours dire vendre tout son bitcoin. Cela veut souvent dire arrêter de brûler du cash. Les mineurs qui n’ont pas un coût d’électricité très bas, ou qui ont une dette mal calibrée, n’ont plus de marge d’erreur. Ils réduisent, ils coupent, ils attendent mieux.
Le marché boursier le sent aussi. Les actions des grands mineurs deviennent un baromètre nerveux : quand la rentabilité tombe, le risque perçu grimpe, et les cours encaissent. Ce n’est pas un détail, car ces entreprises financent souvent leur croissance sur les marchés. Une semaine difficile peut vite devenir un trimestre compliqué.
Énergie, météo, et le facteur “hors modèle” aux États-Unis
Il y a ensuite ce que les graphiques oublient. Les tempêtes hivernales et les pannes prolongées dans le Sud des États-Unis ont mis une pression réelle sur l’électricité disponible, notamment dans des zones comme le Tennessee et le Mississippi, avec des coupures qui durent. Or une partie du minage est justement concentrée là où l’énergie est abondante… jusqu’au jour où elle ne l’est plus.
Bloomberg a aussi pointé l’impact direct sur certaines pools et opérations américaines, avec des baisses marquées de production pendant l’épisode météo. Ce type d’événement accélère les décisions : on n’optimise plus, on débranche.
La morale est simple. Le hashrate ne baisse pas uniquement à cause du prix du bitcoin. Il baisse aussi parce que le monde physique s’invite à la table : météo, réseau électrique, coûts variables. Quand ces facteurs frappent en même temps que le marché recule, la capitulation devient plus rapide, donc plus visible.
Ce que ça change pour le bitcoin, cette semaine
À court terme, une baisse de hashrate et de difficulté peut calmer la pression sur les mineurs restants. Moins de concurrence, un peu plus de revenus par machine, un peu moins d’urgence. C’est un amortisseur, pas une solution structurelle.
Pour le prix du bitcoin, l’effet est ambigu. Si les mineurs vendent moins parce qu’ils soufflent, le marché peut se stabiliser. Mais si la macro redevient agressive et que la volatilité repart, les mêmes acteurs fragiles risquent de revenir vendre, ou de couper encore. Le réseau s’adaptera, mais les investisseurs n’aiment pas les semaines où tout dépend d’un chiffre.
C’est là que le mot “capitulation” prend son vrai sens. Ce n’est pas un événement unique, c’est une phase. On la reconnaît quand la rentabilité tombe, quand le hashrate décroche, et quand l’industrie se met à parler plus d’électricité que de vision. En ce moment, bitcoin est exactement dans ce couloir.
