Il y a des ventes qui ne pèsent presque rien en volume… et qui pourtant font trembler l’architecture entière d’un récit. Les 57,55 BTC liés au dossier Samourai Wallet ne représentent pas grand-chose à l’échelle de Bitcoin. Mais politiquement, c’est une allumette jetée dans une pièce déjà remplie de vapeurs.
Un ordre présidentiel… et une vente de Bitcoin qui ressemble à une entorse.
Le cœur de l’affaire, c’est l’Executive Order 14233, signé le 6 mars 2025, qui pose une règle simple sur le papier : le Bitcoin “déposé” dans la Strategic Bitcoin Reserve est censé être conservé et non vendu.
Ce texte et sa communication officielle ont été présentés comme un tournant : l’État ne se contente plus de saisir, il “stocke”, façon Fort Knox numérique. L’idée centrale est limpide : arrêter la logique historique où les États vendent trop tôt, souvent au pire moment, et finissent par regretter plus tard, un contraste qui rappelle aussi certaines réserves plus fantomatiques comme en témoigne l’exemple du Venezuela.
C’est là que la sortie de route devient gênante : si les BTC de Samourai ont été vendus (ou préparés à l’être) au lieu d’être orientés vers la réserve, la question n’est pas “57 BTC de moins”. La question devient : qui pilote vraiment la doctrine Bitcoin de Washington, la Maison-Blanche ou les réflexes administratifs du DOJ ?
Et on glisse naturellement vers la critique de Lummis : si les États-Unis veulent parler “réserve stratégique”, ils ne peuvent pas donner l’impression de gérer Bitcoin comme un objet encombrant qu’on écoule dès qu’il arrive sur le bureau.
USMS, DOJ, Coinbase Prime : la plomberie d’une vente qui laisse des traces
Les faits judiciaires, eux, sont moins romanesques. Les fondateurs de Samourai Wallet Keonne Rodriguez et William Lonergan Hill ont accepté des conditions de plaider-coupable, incluant des montants de confiscation.
Ensuite, la mécanique se déplace sur la chaîne. Des données on-chain relayées par plusieurs médias indiquent un mouvement de 57,553 BTC le 3 novembre 2025 vers une adresse identifiée comme Coinbase Prime deposit, ce qui ressemble fortement à une préparation de liquidation plutôt qu’à une mise au coffre.
Mais nuance importante, et c’est là que beaucoup se font piéger : la blockchain ne “prouve” pas le prix d’exécution, ni même la vente finale. Elle montre des transferts. Point. Un dépôt chez un courtier peut être une vente… ou une simple mise en conservation via un prestataire.
Sauf qu’ici, un détail met de l’huile sur le feu : l’adresse de dépôt serait aujourd’hui à zéro, ce qui alimente la thèse d’une liquidation déjà effectuée. C’est exactement le genre de zone grise qui déclenche une réaction politique : quand tout est “possible” mais rien n’est “clair”, le marché remplit les blancs avec sa propre histoire.
Le vrai risque : le signal envoyé, pas les 57 BTC
Ce que Lummis pointe, au fond, c’est la psychologie des investisseurs. Bitcoin n’aime pas seulement les mauvaises nouvelles. Il déteste l’incohérence. Une réserve stratégique suppose une chaîne de commandement lisible, sinon on obtient l’inverse : une réserve “symbolique” et des ventes “par habitude”.
Deuxième effet pervers : si le DOJ (ou une autre branche) peut vendre malgré une directive présidentielle, alors la Strategic Bitcoin Reserve devient un concept conditionnel, soumis à la bureaucratie, aux calendriers judiciaires, ou aux interprétations internes. Et à ce moment-là, on ne parle plus de réserve. On parle de politique à géométrie variable.
Troisième angle, plus “marché” : ces épisodes nourrissent l’idée d’un risque réglementaire qui ne vient pas seulement des lois, mais de leur exécution. Une vente potentielle via Coinbase Prime peut paraître banale… sauf qu’elle devient, dans l’esprit des traders, un précédent : “Si ça arrive une fois, pourquoi pas deux ?” Et la prime d’incertitude, elle, se paie immédiatement.
